Contrepoint » « Un spectre hante l’Europe : le spectre du communisme. »

« Un spectre hante l’Europe : le spectre du communisme. »

Quand je commençais à écrire ces lignes, je ne connaissais pas encore le résultat du vote interne du Parti concernant la base de discussion du congrès, mais j’étais persuadé de deux choses :

1° la base « commune », adoptée par le CN avec une majorité relative de 88 voix, soit environ 25 % de ses membres, serait également adoptée par la majorité des votants :

2° le score de ladite base commune ne manifesterait pas une adhésion massive des militants dont, je suis sûr, un bon nombre se sera abstenu ou comme moi aura voté « nul ».

Les chiffres découverts à mon retour de vacances ont confirmé ce sentiment : 50% d’abstention, 9% de blancs et nuls ce qui laisse à peine 40% d’exprimés, sur lesquels la base commune ne recueille que 60% des suffrages, soit moins de 28% des inscrits.

Cette majorité relative est d’autant plus fragile que nous connaissons tous le caractère légitimiste de beaucoup de votes, cela étant dit sans mépris de ma part, car ce légitimisme traduit la confiance et la loyauté de camarades envers une direction nationale dans la tourmente et confrontée à une situation inédite depuis la création du parti, raisons qui m’ont fait hésiter un instant dans mon choix.

Alors, pourquoi ai-je voté nul ?

Ce n’était en aucun cas parce que je me serais senti solidaire de ceux qui voulaient s’imposer dans le débat du congrès sans soumettre un texte au vote des sections, tout en soumettant cependant une “contribution” aux militants… Pour moi, on est dans le parti ou on n’y est pas ; dans le premier cas on observe les règles statutaires de fonctionnement, dans le second on reste en dehors des débats du congrès. En effet, quel est ce jeu qui consiste, sans se poser hors du parti, à chercher à le subvertir de l’intérieur et à vouloir le transformer en une autre organisation, sans accepter de se soumettre à sa démocratie interne, nouvelle organisation, de surcroît, à l’idéologie et aux contours indécis ? Quelque intérêt que puissent présenter les analyses et réflexions des “refondateurs“ sur l’ouverture nécessaire du parti, je condamne la démarche et précise donc bien que mon vote “nul” n’est en aucun cas une caution à leur position.

Comme je l’ai expliqué lors de la dernière assemblée de section, je trouvais des aspects intéressants, des remarques pertinentes dans les trois textes présentés, mais aucun n’emportait ma conviction. Fallait-il alors faire le choix du « moins pire » ? Je pense que non, car ce n’est pas avec des pis-aller qu’on peut sortir le parti de son enlisement actuel. Il est même probable que c’est le choix, pendant des années, de pis-aller qui l’a, pour une part, mené à la situation désastreuse que nous connaissons aujourd’hui, et la base commune me semble s’inscrire à sa façon dans cette longue liste de semi-renoncements.

Elle présente certes l’avantage d’une analyse assez détaillée des conditions objectives dans lesquelles nous devons inscrire aujourd’hui notre action et toute la première partie expose clairement les conséquences de la mondialisation, les politiques libérales mises en œuvre et la crise de la gauche.

Mais quid des propositions ? La base nous propose un projet de transformation graduelle de la société reposant sur de nouvelles conquêtes démocratiques, de nouveaux droits pour les citoyens, une large démocratisation qui s’étendrait aussi au contexte européen dans lequel nous nous inscririons résolument.

Perspectives rassurantes, séduisantes même, qui feraient presque oublier le paradoxe qu’il y a, après avoir détaillé la dureté des politiques libérales nationales et européennes ainsi que les régressions qu’elles imposent, à envisager d’une façon quelque peu angélique la conquête progressives de nouveaux droits, alors que nous peinons à seulement limiter un tout petit peu le recul brutal de ceux conquis par un siècle de luttes populaires. Aussi, autant je trouvais pertinente l’analyse de la situation du monde d’aujourd’hui, autant je considère peu convaincantes les perspectives proposées qui m’apparaissent finalement, et à travers leur rhétorique adroite, comme un aveu d’impuissance à promouvoir une vraie transformation sociale, au plan national comme au plan européen sinon au seul niveau de l’incantation quasi magique d’une évolution de la société vers un “communisme” certes justement revendiqué au niveau de la dénomination mais oublieux, semble-t-il, de la définition qu’en donnait Marx dans le Manifeste : « En ce sens, les communistes peuvent résumer leur théorie dans cette formule unique : abolition de la propriété privée.»

Je rappelle les quatre questions, fondamentales à mes yeux, que j’avais présentées à l’assemblée de section et sur lesquelles il faudrait que le parti ait un position claire et cohérente :

1° La manière d’envisager la transformation sociale, qu’on pourrait schématiquement déterminer par une position sur un axe allant de l’évolutionnisme (voire réformisme) à la rupture révolutionnaire brutale. La position de la base commune m’apparaît faible sur ce point, on l’aura compris à ce qui précède, même si je suis convaincu de l’exigence d’une transformation “par des voies démocratiques” de la société. Je juge nécessaire la réaffirmation nette du fait que l’émancipation humaine suppose la réappropriation collective de tout ce qui conditionne la vie de chacun, à commencer, bien sûr, par la maîtrise sociale de l’activité économique.

2° le type d’organisation communiste pour porter nos idées et nos combats, ses statuts, le fonctionnement de sa démocratie interne et surtout ses contours. La base évoque des “transformations”, à nous d’en débattre et de préciser. Pour moi, renoncer à la forme “parti”, au nom d’un prétendu rejet par “les gens” des formes traditionnelles d’organisation, revient à oublier que ce rejet est un pur produit de l’idéologie dominante de même que les concepts flous, consensuels et rassurants de “rassemblement”, “collectif”, “unité”, “réseau” etc. qui voudraient s’y substituer en gommant les contradictions du réel au profit d’une apparente homogénéité [cela n’empêche évidemment pas ces concepts de rester ponctuellement opérationnels pour des objectifs précis et limités]. Un parti demeure la forme la plus appropriée de réflexion collective et d’intervention politique dans la vie publique.

Je pense, comme je l’ai déjà dit, que le PCF devrait, quand cela est humainement possible, retrouver des modalités d’actions plus ancrées dans le terrain immédiat (entreprise, quartier, etc.); bref revenir à la cellule comme vrai centre opérationnel et à la section comme lieu de coordination des cellules.

L’administration de ce parti doit pouvoir concilier démocratie et efficacité, et cela ne peut se faire que sur la base de règles admises et respectées par tous : la souveraineté locale des communistes ne doit pas être le cache-misère de la désunion et le parti doit pouvoir parler d’une voix s’il souhaite être audible

3° la question des alliances électorales. Plus le PS dérive à droite, plus elle se pose avec acuïté : jusqu’où irons-nous à sa remorque ? Autant l’alliance à la base est la pierre angulaire de notre stratégie, et celle au sommet est souvent une nécessité tactique, autant elles ne doivent ni l’une ni l’autre nous mettre en porte-à-faux par rapport au choix de société dont nous nous réclamons. Nous avons à déterminer ensemble le seuil au-delà duquel l’alliance est inacceptable. Et à en tirer toutes les conséquences.

4° —et ce n’est pas le moindre point— le positionnement sur la question européenne. Là aussi, une clarification est nécessaire : nous avons glissé, au nom de notre tradition internationaliste vers l’acceptation des actuelles structures européennes, avec, disons-nous, la volonté de les transformer pour en faire une force de résistance à la mondialisation libérale… À l’instar des “nouvelles conquêtes démocratiques nationales”, nous sommes à nouveau dans le registre du magique ! La conscience d’une identité politique européenne n’existe pas au sein des peuples, les fondements de l’UE n’ont été conçus que comme une machine économique libérale, et ses institutions politiques sont tout sauf démocratiques… Et dans ces institutions mêmes, comme au sein des nations aux développements très inégaux, de quelles forces disposons-nous pour mener à bien la réorientation de la politique communautaire ?

Le cadre de l’expression démocratique est la Nation et c’est là que nous avons à définir ce que nous voulons comme politique européenne, ce que nous acceptons, comme ce que nous refuserons toujours. Nous devons dire clairement ce que serait notre action si nous parvenions au pouvoir, quelles que soient nos alliances pour cela, et dire aussi clairement que nous exigerions la renégociation des traités, que nous refuserions les directives libérales de la commission comme toute sanction qui nous serait infligée pour cela et que rien n’avancera avec nous sans harmonisation sociale et fiscale. Ce serait aux instances de l’Union de choisir entre nos conditions et prendre la responsabilité de nous exclure : dans un cas comme dans l’autre, nous ferions avancer l’Europe, peut-être pas tant dans une éphémère illusion institutionnelle que dans l’union grandissante des travailleurs et des peuples qui seule peut conduire au communisme (qui reste bien notre but ? rassurez-moi !).

JPR

Les différents textes soumis aux adhérents sont consultables sur le site :

http://alternativeforge.net/

2 Commentaires sur

« Un spectre hante l’Europe : le spectre du communisme. »

  • Espoir |

    Je comprends la décision de JPR, et en même temps je la trouve regrettable, car beaucoup trop d’adhérents ont choisit le vote nul ou l’abstention. Et au final, ils fragilisent le potentiel extraordinaire de ce congrès.

    Sur le principe, il n’est pas sain qu’un texte puisse être soumis aux adhérents, sans que son influence puisse être mesurée par le vote. A mon avis cette attitude hypocrite existe grâce à un bug dans les status actuels. Car les adhérents ou les observateurs politiques peuvent en déduire, qu’il a reçu l’agrément des abstentionnistes. Ce qui est probablement faux pour la grande majorité d’entre eux.

    La situation économique a chamboulée quelque peu le texte initialement présenté aux adhérents. Inévitablement, il devra être enrichi, pour intégrer la complexité des modes de vie
    des salariés, des consommateurs, des jeunes ou des retraités, qui ont évolué, avec la révolution informationnelle, les défis écologiques, le consumérisme ou l’espérance de vie.

    Mais ces évolutions ne doivent pas masquer les causes et les conséquences de la crise de l’économie capitaliste.

    Alors que ces évolutions réclament de nouveaux droits à la formation, à la connaissance, au crédit, à la santé, à l’information contradictoire, aux logements et aux transports de qualité pour l’ensemble de la population. Les états européens, le gouvernement et son super président nous proposent, dans le meilleur des cas, la récession économique avec les inévitables reculs sociaux pour les deux prochaines années.

    Cette perspective devient inacceptable pour une majorité de salariés et leurs familles qui restreignent déjà leurs loisirs, leurs frais de déplacement ou alimentaires. Mais dans le même temps, les gouvernants trouvent des milliards d’euros pour garantir le bilan des banques qui ont spéculé sans vergogne avec des milliers de milliard d’euros de titre pourris.

    Une fois les banques rassurées par les emprunts d’états, les gouvernements européens et le super président restent complaisants à l’égard des groupes industriels qui propagent le chômage technique, le blocage des salaires ou l’augmentation des horaires ou pire, la faillite de leurs sous-traitants, pour conforter leur bilan et leur permettent de reverser de nouveaux dividendes aux actionnaires, qui alimenteront à nouveau la crise.

    Dans ce contexte économique, en partie prévisible ; l’ensemble des adhérent(e)s du pcf, sont appeler à contribuer afin que le congrès apporte démocratiquement des réponses, des choix dans l’organisation de son combat politique, et permettent des alternatives économiques durables.

    Un nouvel adhérent qui a choisit le texte:
    « renforcer le pcf, renouer avec le marxisme »

  • JPR |

    Pour information, le résultat du vote du parti sur la base commune, sur le site du PCF :
    http://www.pcf.fr/spip.php?article3202

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