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Vers quel rassemblement ?

abstention

Le 21 mars 2008, après les élections municipales, je publiais sur ce blog un billet sur « l’inflexion des voix chères qui se sont tues » de même, en juin dernier après les européennes, j’écrivais « la messe est dite« .  Les mêmes causes produisant les mêmes effets, je pourrais les reproduire intégralement aujourd’hui, après le premier tour de la législative partielle qui nous concerne.  Encore une fois, le camp qui l’emporte, en progressant toujours, est celui des abstentionnistes, et avec, cette fois, presque le score d’un parti unique : plus de 70% à Plaisir !  Abstention comme toujours inégalement répartie, la rupinaille vote plus que la canaille, les nantis que leurs victimes : nous en sommes revenus, du fait de l’exclusion du peuple et de l’arrogance des élites, à une nouvelle forme de suffrage censitaire : la démocratie représentative n’est plus qu’une coquille vide : nos élus ne sont pas l’incarnation du peuple entier, mais d’une oligarchie qui se considère souvent comme une élite. Le peuple, le petit peuple des humbles, des exploités, des méprisés, lui, il a choisi, par déception, par dégoût, par rage, de se taire et c’est pourtant ce silence qu’il faut entendre si on est vraiment de gauche, car il est le seul vrai sens de ce verdict populaire qui n’est plus vraiment un suffrage universel.

Le 13ème bureau —centre ville— frôle les 40% de participation quand celle-ci atteint péniblement 17% au Valibout (17ème bureau) ou à la Haise (14ème). Comme aux échéances précédentes, ce sont ces deux quartiers populaires qui votent le moins, rejoints maintenant par l’Aqueduc : sur plus de 5000 inscrits, dans six bureaux de ces trois quartiers (n° 4, 7, 12, 14, 17, 18), quatre électeurs sur cinq ne sont pas venus voter, alors que sur le même nombre d’inscrits, dans les cinq bureaux du centre-ville, de la Boissière et des Gâtines (n° 1, 2, 3, 10, 13), la participation s’élève à presque 35% et donne la majorité absolue au candidat de l’UMP.  Les bureaux cités des quartiers populaires, eux, le relègue à 37%, tandis que les trois candidats supposés de gauche frôlent ensemble les 53% et celui du Front de gauche seul, les 10 %!  François Delapierre réalise son meilleur score au bureau n°17 du Valibout avec 16,7%.

Que dire du résultat des candidats à Plaisir ?  Douillet ne ramasse pas la mise avec un score de 43% que l’UMP aurait sûrement espéré supérieur à 50% et il devra compter sur les voix des électeurs du Modem -qui ne lui a jamais fait défaut au conseil municipal- pour l’emporter au second tour. Le tandem Douillet-Regnault doit être bien inquiet, car il vient de faire diffuser hier, sous une pseudo signature collective et anonyme un tract indigne et barbouzard qui reflète à la fois leur mépris des habitants du Valibout, leur peur d’être battus et leur bassesse personnelle (voir à la fin de ce billet). Le Parti Socialiste, sans atteindre le score d’Eddy Aït en 2007 (27,7%) se refait une petite santé (21,6%) après sa faillite des européennes (15,6%). Parcours inverse pour les écologistes qui ne confirment pas leur percée de juin.  Deux éléments positifs à relever quand même : d’abord, la croissance continue du front de Gauche, parti des 1,6 % d’Hégéra Bensalah en 2007, qui atteignait 4,8% aux européennes et grimpe à presque 6,5%, même si nous aurions préféré davantage, c’est un progrès encourageant ; ensuite, le net déclin du MoDem : Bertrand divise pratiquement par deux son score de 2007 !  Se dire ni de droite, ni de gauche, c’est être de nulle part, Le MoDem y retourne et c’est tant mieux.

À partir des observations sur l’abstention, qu’on peut faire et refaire à chaque élection depuis des années, deux stratégies de rassemblement se présentent à nous, l’une est arithmétique, purement électoraliste et opportuniste : il s’agit de prendre une calculette et de chercher avec qui s’allier parmi les candidats, en fonction du score qu’ils ont réalisé, pour obtenir le plus grand nombre de voix.  Ça, c’est son aspect arithmétique.  Elle est électoraliste aussi, car son but n’est pas de définir un horizon politique à long terme, mais de réaliser une alliance conjoncturelle, souvent à envergure variable en fonction des circonstances locales pour l’emporter lors d’un scrutin.  Elle est opportuniste enfin, car il faudra adapter son discours et ses propositions aux nouvelles « cibles »  (comme diraient les fameux « coaches » en communication qui servent désormais de conscience politique à nombre de nos personnalités publiques).

Adapter, en l’occurrence cela voudra dire arrondir les angles, faire disparaître les aspérités, aseptiser le discours en en abaissant les ambitions pour les rendre acceptables de tous, car on ne peut pas vouloir, comme disent les Italiens « à la fois le tonneau plein et la femme saoûle »!  On s’appropiera donc, dans le discours de chaque strate qu’on veut atteindre, des segments acceptables par toutes les autres, les moins clivants donc, et on produira cette novlangue crétino-centriste, cette logorrhée mièvre du consensus mou qui n’oubliera pas l’adjectif « durable » pour faire un clin d’œil aux écolos, ni d’insister sur « humaniste » pour séduire le centre ou « social » pour éviter de dire trop souvent « gauche »… Euh… Pardon, pour ne jamais dire le mot « gauche » du tout ! J’ai ainsi passé à ce crible lexical les professions de foi du premier tour de Lipietz et Bernard : le mot « gauche » n’y apparaît tout simplement pas !  Ou peut-être devrais-je compter une unique occurrence dans le texte de Frédérick Bernard au sein duquel il ne figure que dans… le logo du Parti Radical de Gauche !  On n’y trouvera pas davantage le mot « égalité », dont l’exigence est pourtant la valeur fondamentale de la gauche.  Qui peut croire qu’un discours aussi insignifiant, qu’un discours qui n’a plus aucune référence de classe et ne parle, dans le vague que de « conviction », de « solidarité », « d’écoute et de dialogue », qu’un tel tissu de « bonnes paroles » creuses, puisse susciter quelque intérêt que ce soit dans les couches de la société qui vivent la précarité, la pauvreté, le labeur dur ou le chômage, l’endettement, l’insécurité, la misère ?  Dans la même semaine où se tenait le référendum sur le statut de la Poste, on ne trouve dans ces professions de foi aucune mention des services publics, sinon pour évoquer non pas leur développement, mais leur « aménagement », ce qui ne signifie pas grand chose et que n’importe qui pourrait dire.  Le maître-mot est là : « n’importe qui pourrait le dire« : c’est le propre de ce discours politique qui croit faire le plein des voix en se vidant de sens.

Ce rassemblement « mou », tout opportuniste et conjoncturel qu’il soit, ne s’en inscrit pas moins dans une idéologie redoutable, une véritable machine de guerre à interdire la transformation sociale profonde : c’est le discours, partagé par la droite comme par une partie de la gauche, qui voudrait que la seule alternative aux politiques actuelles soit une social-démocratie ralliant jusqu’au centre, inscrite dans les logiques libérales et dont le seul rôle serait d’en atténuer à la marge les conséquences les plus insupportables ; c’est tout le débat actuel sur le bipartisme, les primaires à gauche et autres foutaises blairistes.  C’est un véritable danger pour la démocratie et qui serait de nature à stériliser pour longtemps tout espoir de transformation sociale.

J’ai commencé en disant qu’il y a deux conceptions du rassemblement ; celle que je viens de décrire n’est évidemment pas la mienne, c’est celle où, au nom d’accords entre directions d’appareils, on abandonne son logo sur un tract comme on laisse tomber, sur un champ de bataille idéologique, son pavillon dans la déroute ; c’est celle où l’on va mendier au lupanar centriste la bénédiction d’un thuriféraire de Cohn-Bendit ou d’un valet de Bayrou.  Non, le rassemblement que j’appelle de mes vœux, c’est celui qui redonnera voix aux sans voix, dignité aux méprisés et conscience politique à leur colère. C’est ce rassemblement des petits que nous devons réaliser autour de notre projet, comme il s’était réalisé en 2005 contre la constitution européenne libérale, mais nous ne pourrons le faire, nous ne pourrons gagner la confiance des victimes du capitalisme que si ce projet répond vraiment à leurs exigences, en terme de conditions de vie comme de pouvoir d’achat, de respect des personnes comme de juste rémunération de leur travail, de dignité comme de sécurité.  Et ce n’est pas irréaliste, c’est possible, mais seulement si nous nous attaquons pour de bon à la répartition de la richesse nationale, si nous créons de nouveaux droits pour tous, si nous refusons d’appliquer les directives libérales européennes, si nous reconstruisons un vrai service public d’État bâtisseur d’égalité entre les citoyens, si nous renforçons la protection sociale au lieu de toujours l’abaisser et si nous disons comment nous allons le faire, en prenant l’argent là où il est et en soumettant en toute circonstance la propriété et les intérêts privés à l’intérêt collectif. Voilà les engagements que nous devons prendre, comme nous devrons nous appuyer, ensuite et toujours, sur la force et la vigilance du peuple conscient pour les tenir, envers et contre tout, à l’instar des formes nouvelles de démocratie qui émergent en Amérique Latine.  C’est ce rassemblement-là qui importe, et lui seul.

En attendant, que faire dimanche ?  J’avoue que la décision a été difficile… Barrage à la droite me semble toujours une évidence, mais cautionner les dérives actuelles de la social-démocratie et d’Europe-Ecologie m’apparaît comme un véritable attentat contre la gauche, je me sens pris dans un piège, et quoi que je fasse, je le ferai à contre-cœur.  Cela révèle bien l’urgence de construire un autre rassemblement, celui d’une « bonne gauche », qui devra être le socle d’un nouveau regroupement, majoritaire cette fois, et sans équivoque.

Alors, et faute de mieux, je voterai contre Douillet-Regnault, contre les procédés ignobles comme celui utilisé au Valibout (ci-dessous), contre la politique pipolisée qui s’appuie sur la notoriété d’un médaillé olympique pour capter l’électorat, contre les représentants de Nicolas Sarkozy dans notre circonscription et sa politique de casse sociale.

Mais c’est la dernière fois. Si la gauche ne se ressaisit pas, à la prochaine, je grossirai les rangs de l’abstention.

Et pour se ressaisir, la gauche n’a qu’un chemin aux régionales : au premier tour, des listes du Front de Gauche partout, au second, des fusions proportionnelles à gauche chaque fois qu’il n’y a pas d’alliance avec le centre.

JPR

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3 Commentaires sur

Vers quel rassemblement ?

  • MEZIERES TILIA |

    Alors là!

    Je ne crois pas que les habitants du Valibout critiquent notre présence au coeur de leur quartier, et encore moins qu’ils cautionnent celle de la droite, surtout quand celle-ci n’y passe pas, où seulement en présence de policiers dans tout le quartier.
    Si ces habitants soutenaient tant que cela le maire ils seraient allés voter dimanche… 17% de votants, bonjour le soutien !
    Non vraiment les manoeuvres de la droite se font de plus en plus perfides… leur ferait-on si peur ?…

  • JPR |

    Au delà des coups tordus et de la peur d’être battus, ce que révèle ce genre de manipulation, c’est l’incroyable bassesse de ceux qui la mettent en œuvre. En arriver à ce niveau d’argumentation est une honte, une indignité, une abjection…
    Résultat, moi qui hésitais encore à voter dimanche, parce que j’en ai marre de toujours me contenter du « moins pire », c’est ce tract qui m’a fait prendre ma résolution : je m’empare du bulletin Bernard sans aucune illusion au sujet de ce dernier, mais pour faire barrage à de telles ordures !

  • laref |

    ziva là

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