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Front de Gauche ?
Catégorie: Communisme, élections, en FranceC’est ce week-end que se tient la conférence Ile-de-France du Parti Communiste pour examiner la proposition nationale de listes Front de Gauche partout pour les élections régionales. Au moment où j’écris ces lignes, je ne connais pas encore la décision, mais il paraît probable que l’offre qui sera soumise au vote des militants en fin de semaine sera conforme à cette proposition nationale.
Quelle est-elle ? Au premier tour des listes partout si possible,regroupant le PCF, le Parti de Gauche, la Gauche Unitaire et d’autres acteurs du mouvement social ; ces listes seront indépendantes de celles du Parti Socialiste.
Au second tour, rassemblement de toute la gauche -et rien que la gauche, donc sans modem et assimilés- pour battre la droite.
Et au « troisième tour », si l’on peut dire, participation aux exécutifs départementaux pour influer réellement sur les politiques menées. Cette participation est nécessaire car il y a une forte attente populaire de résistance locale à la casse sociale et au démantèlement des services publics qu’impose la droite dure qui est au pouvoir avec Nicolas Sarkozy.
J’ai bien écrit au sujet du premier tour : des listes indépendantes partout « si possible« , et cette restriction me navre, car il est probable que dans deux ou trois régions, on assistera à la constitution de listes communes avec le PS dès le premier tour, et même si ce ne sont que des exceptions, elles seront contre-productives par rapport à la dynamique à gauche que l’on souhaite créer. Comme sont contre-productives les quelques défections personnelles d’élus communistes qui ne respecteront pas le choix des militants et partiront sur d’autres listes, tel Joël Canapa sur celle de Michel Vauzelle, Stéphane Gatignon sur celle de Région-Écologie ou Robert Hue qui poursuit sa dérive personnelle. C’est dommage, mais cela ne doit pas nous empêcher de faire avancer notre choix stratégique d’un Front de Gauche.
Comprenons-nous bien : ce n’est pas un choix stratégique contre le Parti Socialiste, même si souvent, j’enrage en écoutant les prises de position de certains de ses dirigeants, de Valls, Royal ou Peillon qui flirtent avec la droite à François Hollande qui affiche sereinement ses options sociales-libérales sur France inter, le 4 novembre dernier. Réaffirmons bien qu’il n’y a pas d’ennemis à gauche, mais des problèmes. De vrais problèmes qui méritent une analyse un peu plus fouillée que les anathèmes, par exemple, du NPA.
Le NPA constitue d’ailleurs précisément l’un de ces problèmes. Il semble en effet que la position intransigeante de ses dirigeants nationaux interdise son rapprochement avec le Front de Gauche (FG). Pourtant l’accord était presque atteint : les obstacles avaient été levés sur leur ralliement au premier tour et ils acceptaient la fusion des listes de toute la gauche au second tour, mais ils ont refusé la participation des listes FG aux exécutifs qui seraient à direction socialiste ou écologiste… Comment analyser un tel refus ? Et aussi, sur quelle analyse, eux-mêmes fondent-ils ce choix ?
Leur analyse est simple -voire simpliste : pour eux, il y a deux orientations à gauche qui sont inconciliables, l’une, s’inscrivant clairement dans l’économie de marché et qui, de ce fait, conduit au simple accompagnement social des politiques libérales ; elle serait incarnée par le Parti Socialiste et Europe-Ecologie et serait du coup totalement incompatible avec l’autre orientation qui vise à la transformation sociale remettant en cause radicalement le système capitaliste lui-même. C’est ainsi que le NPA justifie son refus de toute participation à des exécutifs dirigés par le PS ou Région-Ecologie ; il est certain que le raisonnement est séduisant, car bien des attendus en sont justes : oui, bien des dirigeants socialistes, ceux déjà mentionné et bien d’autres comme DSK ou des écologistes comme Daniel Cohn-Bendit, sont clairement porteur d’une ligne politique sociale-libérale, ligne que le Front de Gauche combat pourtant clairement quand il définit ainsi ses objectifs : « changer les rapports de force à gauche en faveur de la ligne de transformation sociale, battre la droite et rassembler une majorité autour d’un projet vraiment alternatif à la logique du système qui est en crise aujourd’hui.»
Alors, comment, nous, pouvons-nous analyser l’attitude de la formation d’Olivier Besancenot et Alain Krivine ? D’abord, à bien écouter leur discours, force est de constater qu’il se caractérise surtout par un travail idéologique constant contre le PCF : il s’agit pour eux de faire accréditer l’idée que celui-ci aurait trahi les intérêts qu’il est censé défendre. Même dans les discussions avec le Front de Gauche, les représentants du NPA cherchent à mettre en opposition les communistes avec leurs partenaires. En vain, fort heureusement. Cette attitude a même conduit l’hebdomadaire Marianne à considérer Olivier Besancenot comme l’idiot utile de l’aubrysme… Ce qui est grave, c’est que cette attitude du NPA affaiblit l’objectif du Front de changer le rapport de force au sein de la gauche en faisant obstacle à l’unité de tous les antilibéraux, et, en fait, elle réduit les possibilités d’une véritable alternative au système. Il faut donc bien considérer qu’au-delà du raisonnement cohérent en apparence et séduisant par sa radicalité qui amène le NPA à refuser son intégration au FG, il y a des buts inavoués, entre autres, celui de faire échouer ce rassemblement qui en profitant à toute la gauche profiterait aussi au PCF auquel les dirigeants du NPA aimerait bien donner le coup de grâce en l’isolant pour le supplanter. ils le contraindraient ainsi à rester une force d’appoint du PS, et pourraient « plumer la volaille communiste » pour devenir le centre de gravité de la gauche de la gauche. Stratégie dangereuse parce qu’elle divise ce qui laissera forcément des stigmates et parce qu’elle ne répond pas concrètement à l’urgence de la situation sociale en France. Ne reste que le minuscule espoir que la base du parti anticapitaliste se rebiffe et contraigne sa direction à réviser sa position lors de la consultation prévue début décembre.
Cela étant, on ne peut pas évacuer ces arguments du NPA sans procéder à une analyse de la façon dont le Parti Socialiste s’inscrit dans le paysage politique national. Et c’est là qu’on rencontre le vrai problème de fond de la gauche. Celui-ci se ramène à une question décisive : le Parti Socialiste est-il la formation politique que la bourgeoisie (comprenons par là : la classe possédante, celle qui détient à la fois l’essentiel du patrimoine national et les leviers du pouvoir économique) a choisi pour porter ses intérêts sur le terrain politique ? Au vu de la position du NPA qui renvoie dos à dos l’UMP et le PS comme porteur des politiques libérales, on serait tenté de répondre « oui ». Au vu aussi d’un certain sentiment populaire qui met tous les politiques dans le même sac : « tous pourris ». Mais la représentation que l’opinion se fait de la société et de la politique, reste quand même généralement marquée par le clivage droite-gauche, et le PS y reste bien une composante de cette gauche… Bon, on pourra toujours objecter un décalage entre les représentations populaires et la réalité des pratiques de pouvoir, mais il est clair que la bourgeoisie n’a pas choisi le PS comme outil privilégié de la mise en œuvre de ses politiques libérales, même s’il est arrivé aux gouvernements socialistes de les pratiquer au nom d’un prétendu réalisme économique. Les possédants, le Medef, le camp de l’argent et des actionnaires ont bien choisi Nicolas Sarkozy et l’UMP pour porter leurs intérêts. Enfin, semble-t-il, car les choses ne sont sûrement pas si simples…
Historiquement, la bourgeoisie, efficace et avisée qu’elle est, n’a jamais mis tous ses œufs dans le même panier et a toujours eu plusieurs fers au feu. Actuellement, elle sait qu’elle sera confrontée aux conséquences sociales de la politique dure de l’UMP sarkozyste, au sein de laquelle une certaine grogne se fait même déjà entendre. Elle travaille donc à faire émerger des solutions politiques qui préservent ses intérêts au-delà du sarkozysme et ces solutions passent par une forme d’organisation de la vie politique plutôt qu’un parti : le bipartisme. Ce n’est plus une formation politique précise qui mettrait en œuvre une politique de classe, mais un système de gouvernance alternée. Et comprenons bien la différence qu’il y a entre « gouvernement » et « gouvernance », car, dans ce dernier cas, il ne s’agit pas de décider du fond des choses, c’est-à-dire d’exercer le pouvoir réel, mais seulement d’adapter une « gestion » plus ou moins sociale aux « exigences » de l’économie libérale. Pour cela, il faut à la bourgeoisie un parti socialiste —voire simplement « démocrate »— détaché dans ses pratiques, sinon dans ses incantations rituelles, des fondamentaux de la gauche (égalité, partage des richesses, intérêt collectif…) et qui canalise une large part de l’opinion, marginalisant de fait ceux qui voudraient une transformation de la société et le dépassement du capitalisme.
S’aligner sur la position du NPA reviendrait à dire que le parti socialiste actuel est déjà cette force d’alternance libérale dans le cadre d’un bipartisme. C’est faux. Mais il ne faut pas non plus se leurrer, pas complètement faux ! Les forces qui voudraient aboutir à cela sont bien à l’œuvre en son sein même comme dans les médias qui procèdent au matraquage idéologique et préparent l’opinion au bipartisme avec « primaires ».
La meilleure façon de les contrer est de rendre évident le poids de la gauche de transformation sociale, et la meilleure façon d’obtenir cela est de pouvoir afficher la force et la dynamique du Front de Gauche, dans l’action, mais aussi dans les élections : tout ce qui le renforce, renforce la lutte contre la domination de la bourgeoisie, en empêchant la mise en place du système d’alternance entre le pareil et le même qu’elle veut imposer. Tout ce qui l’affaiblit par contre, comme la position actuelle du NPA, ou celle de Robert Hue, affaiblit toute la gauche. Il importe donc que le FG fasse le plus haut score possible au premier tour des régionales ; avec l’appoint du NPA, il aurait été probablement supérieur à deux chiffres et aurait interdit un regroupement de type « démocrate », d’autant plus facilement que le MoDem, aujourd’hui semble moribond.
Tout est affaire de rapport de forces, au sein de la gauche déjà pour empêcher qu’elle soit instrumentalisée comme solution de rechange au service des mêmes, contre la droite ensuite, pour lui retirer le pouvoir et le rendre au peuple.
JPR




