Ce petit dessin, c’est la carte de vœux que j’avais faite en… 1989, année du bicentenaire de la Révolution française qui, d’ailleurs, reste toujours à terminer. Hélas ! vingt ans (et un coup de scanner) après, le dessin reste d’actualité ; il a suffi changer la date. Pire : la fin d’un monde bipolaire que marqua aussi l’année 1989, n’a entrainé dans bien des domaines et bien des endroits qu’une aggravation réelle de la condition des hommes. Vingt ans de mondialisation libérale, vingt ans de régression sociale…
Rassurez-vous, je ne vais pas faire l’historique des Reagan, Thatcher, Bush père et fils ou leurs continuateurs sociaux-démocrates Blair et autre Schröder qui depuis 30 ans ont mis sur les rails et inexorablement fait avancer la contre-révolution conservatrice, mais l’évoquer aide à comprendre ce que Sarkozy a entrepris dans notre pays. Un bref bilan de la première moitié de son mandat s’impose.
Mais, d’abord, il faut projeter sur ce bilan de réformes tous azimuts une grille de lecture, car leur caractère souvent parcellaire, les hésitations voire les renoncements à leur mise en œuvre, les ballons d’essai jetés aux médias et les bonds de cabri incessants d’un domaine à un autre pourraient donner l’illusion d’un manque de cohérence, de réponses ponctuelles à des problèmes du moment, ou même de l’improvisation. Il n’en est rien… Cette grille de lecture des réformes sarkozystes, nous allons l’emprunter à l’ex-numéro 2 du Médef, Denis Kessler, qui avait tout compris (peut-être avait-il contribué à le lui dicter…) du programme de Nicolas et qui écrivait, dès octobre 2007, dans un éditorial devenu morceau d’anthologie de la régression sociale : « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! » (j’invite ceux qui ne connaîtraient pas ce texte à le découvrir sur le site du journal « Challenges« ). En bref, il s’agirait, pièce par pièce, de mettre en lambeau le programme du Conseil National de la Résistance qui constitue le socle du modèle social français.
Voyons cela.
Le CNR avait institué la Sécurité Sociale qui devait permettre l’accès de tous aux besoins essentiels dans le domaine de la santé et de la vieillesse, celui-ci était rendu possible par le prélèvement de cotisations, tant sur le travailleur que sur son employeur, en fonction des moyens de chacun d’eux, ce qui permettait ensuite de répondre aux besoins : de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins, vous connaissez la formule, et vous vous doutez de combien elle est odieuse aux nantis ! Il s’agit donc pour eux de toujours diminuer ces cotisations (qu’ils appellent indûment « charges »), quitte à faire payer le malade par le biais des franchises ou des déremboursements (encore une centaine de médicaments vont passer demain de 35% à 15% tandis que les accidentés du travail seront désormais fiscalisés : on n’arrête pas le progrès social !) ou le contraindre à, s’il le peut, souscrire une assurance complémentaire —à ses frais, bien sûr, et pour le plus grand profit des actionnaires de celle-ci : pensez donc au magot que représente la Sécu ! D’autant, qu’à côté de l’assurance-maladie, il y a l’assurance vieillesse, dont le système par répartition draine des sommes considérables. c’est sans doute pourquoi, en opposant privé-public, puis les régimes spéciaux aux autres, avec une belle persévérance les gouvernements, petit à petit démantèlent le système et font fait glisser de la protection collective à la couverture individuelle à la carte… de crédit, bien sûr.
Le CNR avait aussi considéré que certains secteurs économiques essentiels pour l’intérêt collectif devaient échapper à l’appétit des féodalités privés : l’énergie, l’assurance, la banque, le transport ferroviaire furent ainsi nationalisés. Vous n’imaginez pas qu’un tel bas de laine puisse longtemps échapper aux cannibales, d’autant que l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 avait vu une nouvelle vague de nationalisations. Dès 86, lors de la première cohabitation, on commença à privatiser et tous les gouvernements depuis ont poursuivi le mouvement, mêmes ceux de gauche, au nom d’un prétendu réalisme économique dont ils ne voulaient pas voir qu’il n’était que soumission à l’ordre libéral du monde voulu par la contre-révolution conservatrice. Sarkozy, lui, vient parachever le travail en démantelant des bastions dont l’efficacité sociale et professionnelle ne sont pourtant plus à démontrer, comme EDF, GDF, la SNCF ou la Poste.
Ajoutons encore à ces politiques que Sarkozy a poursuivies et amplifiées, l’injustice d’une fiscalité favorable aux plus nantis (paquet fiscal), l’allongement de fait du temps de travail par les mesures dérogatoires aux 35 heures, les atteintes au système éducatif (autonomie des universités, suppression de la carte scolaire, réforme du lycée…), les atteintes aussi au droit du travail (rupture conventionnelle des contrats, projet de refonte du code), et partout, la réduction de tout ce qui ressortit au service public (carte judiciaire, hôpital public, non remplacement d’un fonctionnaire sur deux…).
La dernière période de cette année 2009 a été féconde en nouveaux coups au Service Public, en particulier à travers ceux portés aux instances territoriales par la suppression de la Taxe Professionnelle et le projet de réforme. Notons simplement, pour ne pas faire trop long, que non seulement la suppression de la TP posera le problème des recettes de remplacement, mais aussi que la marge de manœuvre des territoires s’en voit sévèrement réduite, puisqu’ils ne seront plus maîtres des taux desdites recettes : ainsi, là où 100% des taux des quatre taxes étaient votés, les communes ne pourront plus jouer que sur le celui des impôts sur les ménages (habitation, foncier), les Conseils Généraux ne garderont la mainmise que sur 40% et les conseils régionaux…0%. Qui a dit « recentralisation » ? Le pouvoir est à celui qui tient les cordons de bourses.
Le programme du CNR avait été adopté en 1944 à l’unanimité de ses membres (Gaullistes, Communistes, Socialistes, droite chrétienne, et même, royalistes !). Mais c’est vrai, la droite pétainiste n’en faisait pas partie : faut-il croire que c’est elle qui est revenue au pouvoir aujourd’hui ? On y est de plus en plus porté surtout quand on observe que cette transformation en profondeur des institutions et des structures sociales s’accompagne d’un travail sur les représentations idéologiques à travers le débat nauséabond au sujet de l’identité nationale (à ce propos, je vous invite à lire le
texte de Charb paru dans l’Huma). Sarkozy, en arrivant au pouvoir se réclamait de la « droite décomplexée ». On sait maintenant ce que ça veut dire : elle retrouve ses valeurs de 1941.
Bon, il est temps que je m’arrête, j’étais parti pour les vœux de circonstance en ce dernier jour de 2009, juste pour dire qu’il fallait qu’on fasse en sorte que ça ne continue pas ainsi, et que pour cela, il faudra bien voter — c’est-à-dire Front de Gauche— aux régionales de mars, qu’il faudra se battre pour empêcher toute combinaison opportuniste avec la droite et que 2010 soit une année de reconquête et du pouvoir et de nos valeurs de gauche pour ceux qui parfois les oublient.
JPR
Pour aller dans le sens de ta remarque sur les recettes des collectivités territoriales, le président de la Fédération nationale des Travaux Publics (affiliée au Médef), Bernasconi s’inquiète des capacités d’investissement, en particulier des départements, suite à la réforme de la TP. Tu peux l’écouter sur le site de la FNTP : http://www.fntp.fr/