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Martine sonne la retraite avant la bataille
Catégorie: en FranceLe 27 janvier le COR (Conseil d’Orientation des retraites) doit rendre son rapport sur le système français, qu’il qualifierait d’«atypique» au regard d’une dizaine de pays occidentaux, du fait de la multiplicité de ses régimes et surtout parce qu’il ne fait pas grande place à des retraites complémentaires par capitalisation. On connaît trop bien le raisonnement dont les prémisses sont : d’une part, l’espérance de vie ne cesse de s’allonger, d’autre part, les cotisations des actifs ne suffisent plus à financer les retraites. La conclusion qu’en tirent nos experts libéraux est tantôt « il faut donc augmenter le nombre d’annuités de cotisation« , tantôt « il est par conséquent nécessaire de retarder l’âge du départ en retraite« , et dans le pire des cas : les deux… Ils excluent d’emblée l’hypothèse de jouer sur les cotisations, par exemple en en modifiant l’assiette, car, bien sûr, « cela constituerait une charge pour les entreprises et nuirait à leur compétitivité « …
La première hypothèse, l’augmentation du nombre des annuités en gardant 60 ans comme référence de départ a pour conséquence évidente de réduire le montant des pensions, car la plupart -et surtout en période de chômage- n’atteint pas le total nécessaire pour une pension complète.. C’est cette disposition particulièrement injuste que Balladur a prise par ordonnance pendant l’été 1993 pour les travailleurs du privé, qui virent ainsi leur nombre d’annuités passer de 37,5 à 40 : malheur à ceux qui ne totalisaient pas ces 40 années de cotisation, à ceux qui n’étaient pas entrés dans la vie active à 20 ans ou qui avaient connu le chômage, leur pension en était amoindrie d’autant ! Fillon, 10 ans après ce coup estival arbitraire, fit de même avec le secteur public, au nom de l’égalité (à sens unique, voie descendante, évidemment), et en dénonçant ces privilégiés de fonctionnaires qui ne cotisaient encore que 37,5 annuités. Savoir diviser et opposer les catégories entre elles, avec parfois l’appoint inespéré de syndicalistes croupions, tels Notat en 95 qui a soutenu le projet Juppé de réforme de de la sécurité sociale, ou Chérèque en 2003 avec celui des retraites de Fillon, qui en ajoutant la division syndicale à l’opposition privé-public, ouvraient un boulevard aux réformes libérales.
Ce premier forfait accompli, il est temps pour les rapaces d’activer le second levier : retarder l’âge de départ. Vous serez ainsi un peu plus usé à la fin de votre vie professionnelle, mais au moins, cela ne diminuera pas les pensions, voudrait-on nous faire croire. C’est à voir… En effet, actuellement, l’âge réel de cessation d’activité est en moyenne de 58 ans en France et vous ne cesserez pas plus tard l’activité que vous avez déjà cessée à 58 ans ! Repousser l’âge de la retraite ne reviendra qu’à retarder le moment où vous toucherez une pension, et comme vos années de chômage ne seront pas comptablisées, vous aurez joué, d’une réforme l’autre, perdant-perdant. Encore merci à tous ceux qui y ont contribué.
La réalité est que les cannibales de la finance ont bien de la souffrance à voir passer sous leur nez le magot de la répartition, aussi mettent-ils en place un système qui, en rendant les pensions insuffisantes, contraindra les travailleurs à cotiser pour une retraite complémentaire par capitalisation : autant d’argent soustrait à la solidarité collective pour engraisser les systèmes privés d’assurances, auprès desquels chacun devra souscrire individuellement -et en toute inégalité, à la hauteur de ses possibilités personnelles. A chacun, en quelque sorte, d’assurer son « risque » personnel, et tant pis pour les éclopés. Voyons donc ce qu’en dit le FMI, dont je ne vous rappellerai pas le nom du président : il faut « forcer les gens à épargner pour leur retraite en orientant les fonds de manière stable et permanente vers les investissements dans le secteur privé ». La Banque mondiale, quant à elle, souhaite voir se développer les fonds de pension (qui peuvent prendre des noms différents comme PERP, Perco, épargne-retraite…). Il ne s’agit donc pas de faire travailler plus longtemps pour permettre à la répartition de fonctionner, n’écoutez surtout pas les rengaines sur l’âge de la retraite de ces menteurs, le seul but est de faire baisser les pensions afin de pousser les personnes à souscrire des complémentaires pour engraisser l’industrie financière… Et on a su, avec l’affaire Enron, ce qu’il pouvait advenir des fonds de pension.
Mais alors, que faire pour maintenir le régime par répartition ? En 25 ans, la part des salaires dans le PIB a baissé de 9,3 % (120 à 170 milliards d’euros) alors que la part du capital augmentait d’autant : il y a là une marge à récupérer qui permettrait à la fois l’augmentation des salaires, et donc des cotisations, et le financement d’emplois. Rendre le droit à l’emploi « opposable », c’est-à-dire que les pouvoirs publics seraient obligés de fournir un emploi convenable à qui n’en a pas, coûterait 127 milliards par an, soit moins que la part du PIB transférée au capital, mais rapporterait, par ailleurs, 12 milliards en cotisations à la Caisse d’Assurance Vieillesse.
Des solutions, il en existe donc et cette année, dans un contexte politique qui ne lui est pas entièrement favorable, le gouvernement doit entamer la nouvelle phase de la réforme libérale des retraites. Le Syndicats, CGT, FSU, FO en tête, mais aussi CGC ont annoncé leur volonté de combattre cette nouvelle régression sociale et de mettre cette droite sarkozyste en échec : pour cela, il faut à la fois une mobilisation syndicale unitaire et une perspective politique. C’est dans ce contexte d’une lutte difficile mais non perdue d’avance que, dimanche, Martine Aubry, lors du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI a estimé qu’«on doit aller très certainement vers 61 ans ou 62 ans ». Elle s’est également dite ouverte à un débat avec le président de la République… Si le PS la suit sur une telle position, on pourra considérer que son virage « démocrate » est parachevé et qu’il n’a plus grand chose de socialiste. D’ores et déjà, la CFDT qui s’est à d’autres occasions montrée bien utile au patronat pour faire passer des mesures antisociales a déclaré par la voix de François Chérèque que « l’évolution du discours du parti socialiste est intéressante. Un consensus sur les retraites serait intelligent. La France n’a pas besoin d’un conflit d’un autre temps sur ce sujet ». En voilà une belle façon de miner le mouvement social qui s’annonce ! Et Laurence Parisot de se réjouir car pour elle, les retraites apparaissent désormais comme « un sujet beaucoup plus consensuel qu’on ne le dit ». Tout va donc pour le mieux dans le petit monde de la pensée unique du libéralisme prétendu par oxymore « social » ! Il y a là incontestablement une raison claire de faire, à l’occasion des élections régionales, un choix qui enfin remette en cause l’hégémonie sociale-libérale et remette la gauche entière de plein pied sur ses valeurs. Ce choix, c’est celui du Front de Gauche, le seul vote utile à la gauche entière.
JPR
Pour ceux qui n’aurait pas vu le lamentable spectacle de dimanche, en voici l’extrait-clé, et aussi la réaction, quelque peu embarrassée, de Benoît Hamon.





