17
Avant le second tour…
Catégorie: à Plaisir, dans les Yvelines, élections, en FranceAprès un résultat électoral décevant, il est de bon ton de sourire crânement et d’expliquer à l’opinion pourquoi et contre toute apparence, il s’agit en réalité d’un scrutin prometteur, en s’appuyant sur des chiffres manipulés, des situations non comparables, bref, de tenir le discours politique de la surface des choses, discours qui contribue aussi à ce que de moins en moins de gens ne se déplacent pour voter.
Il existe tout un vocabulaire pour traduire les déculottées électorales en novlangue positive : quand on ne progresse pas, on consolide ses positions, quand on régresse, on se reserre, on se concentre, on se met en place pour la reconquête, et, dans le pire des cas, on explique qu’on est victime d’un aléa fortuit totalement indépendant de l’enjeu du scrutin, d’une conjoncture particulière, bref, qu’on est victime des circonstances et non de ses erreurs. Je dois avouer que je ne boude pas mon plaisir quand ce sont les mulets de droite qui doivent se livrer à ce pathétique exercice oratoire, affichant des sourires crispés et sachant bien qu’au fond, personne n’est dupe de leurs laborieuses arguties. Et de temps en temps, le vernis républicain craque, et il laisse paraître la bête haineuse et autoritaire qu’il recouvrait… C’est alors un vrai bonheur —et un certain effroi aussi— de découvrir les goules hideuses qu’ils sont vraiment derrière le masque convenu.
Bon, cette introduction pour dire que je me suis bien amusé, dimanche dernier, de la déconvenue de la droite, UMP et MoDem confondus qui ont pris, disons-le, une branlée historique (et méritée !). À Plaisir, où le maire est minoritaire sur son propre territoire pour la troisième fois de suite (Européennes, Législative partielle et maintenant Régionales), la droite municipale a surtout brillé par… son absence ! La soirée électorale dans la salle du conseil, habituellement comble, qui fait office de bureau centralisateur, n’a rassemblé qu’une demi-douzaine de militants politiques sans qu’il n’y en eut un seul de l’UMP parmi eux : ceux-ci étaient tous réfugiés, avec JR, dans le bureau des élections de la Mairie, redoutant sans doute les sourires narquois qui les auraient accueillis… Au plan national, l’UMP entre en zone de turbulence interne et le petit despote se retrouve, malgré qu’ils en aient, affaibli, y compris parmi les siens, et c’est tant mieux au moment où la grande bataille politique des retraites va commencer.
Au-delà de la déroute de la droite sarkozyste, ce scrutin nous apporte quelques précieux enseignements pour l’avenir.
D’abord, bien sûr, il y a l’ampleur de l’abstention, abondamment commentée, ici pour désavouer le manque de civisme des couches populaires, là pour tenter d’expliquer le recul de l’UMP… L’explication du phénomène est plutôt à chercher dans ce que nous révèle le sondage TNS-Sofres : 60% des personnes qui ne sont pas allées voter ont agi ainsi car elles pensent que cela ne sert à rien, et 29% se servent de l’abstention pour exprimer leur mécontentement. L’aspiration populaire est celle du véritable changement social et tant que la gauche —rassemblée pour être crédible et majoritaire— n’affichera pas cette volonté claire de rupture avec tous les libéralismes et leurs terribles conséquences sociales, de larges couches de la population s’excluront de la vie démocratique, transformant de facto le suffrage universel en vote censitaire. Mais je ne vais pas répéter les mêmes analyses à chaque échéance électorale : je renvoie ceux que ça intéresse à ce que j’écrivais le 16 octobre dernier (législative), ou le 9 juillet (Européennes), voire le 21 mars 2008 après les municipales… Ce qui importe maintenant, c’est d’entendre le sens de ce silence et de proposer de vraies et sincères réponses aux questions politiques qu’il soulève, et ce ne peut évidemment être la réponse que suggère parfois la droite : rendre le vote obligatoire, ce qui reviendrait juste à masquer un phénomène social dérangeant, à dissimuler un symptôme sans combattre réellement la progression de la lourde pathologie qui ronge la société et peut conduire au pire.
Le second enseignement —mais est-il besoin d’en faire état ?— se trouve bien sûr dans la terrible sanction des politiques menées par la droite sarkozyste : c’est à peine plus d’un inscrit sur dix qui a voté pour les listes unitaires de la majorité ! Et bien sûr, la gauche se place en tête presque partout, c’est aussi, hélas ! la remontée d’un Front National conforté dans son idéologie délétère par le putride débat sur l’identité nationale de Besson et les dérapages à répétition des Hortefeux, Longuet et autre Francis Delattre, maire UMP de Franconville. Mais attention, l’erreur tentante serait de croire qu’un échec de la droite est déjà une victoire de la gauche allant au-delà d’un simple épisode électoral : l’abstention et le vote FN dans les régions ouvrières sont là pour le rappeler.
Le troisième enseignement est l’élimination sans appel des « inutiles« . Visiblement l’électorat a considéré que cela ne servait à rien de voter pour le MoDem ou le NPA. Ces deux échecs sont pour moi de réjouissantes nouvelles, non pas du fait d’une satisfaction mesquine de voir des adversaires de droite ou des rivaux de gauche battus, mais parce que la marginalisation du parti prétendu centriste éloigne la tentation d’un « regroupement démocrate » avec les sociaux-libéraux que souhaite l’aile droite du PS et parce que le revers de la formation d’Olivier Besancenot condamne la stratégie sectaire du cavalier seul qu’elle avait choisie pour ce scrutin, ce que j’ai toujours regretté, et cela d’autant plus que les résultats électoraux, là où elle s’est alliée au Front de Gauche, sont plutôt bons, dans le Limousin en particulier. Ce double échec est donc le désaveu clair de deux impasses politiques.
Enfin, le dernier enseignement est l’inscription du Front de Gauche dans la paysage politique national. Je ne pratiquerai pas ce que je dénonçais en commençant, à savoir la rodomontade triomphante des lendemains d’élection : le score du front de gauche, pour honorable qu’il soit, n’est pas à la hauteur de mes vœux. Le temps politique est différent de celui de mon impatience personnelle, mais ce scrutin installe maintenant notre formation nouvelle dans la durée, lui donne davantage de crédibilité et cette crédibilité constitue justement le support de la reconquête d’un électorat populaire aux questions duquel nous pouvons, nous, et sur des bases anticapitalistes, apporter des réponses. Notre résultat contribue à rendre nos propositions audibles et, en ce sens, il est prometteur : c’est le commencement d’une réponse à la question que je posais en juin 2008 « Que faire ? ».
Il reste encore dimanche prochain à enfoncer le clou en votant sans état d’âme pour la liste de la gauche rassemblée : le nombre d’élus du Front de Gauche (normalement entre 19 et 21), qui continueront au sein de la majorité régionale à porter le programme et les valeurs qu’ils ont défendus au premier tour, dépend de l’ampleur de la victoire.
JPR




