de l’abstention, causes et conséquences…

évolution sur 50 ans de l'abstention en France*

(* pour les élections à deux tours, le taux retenu est la moyenne des deux.)

D’un taux relativement stable de l’ordre de 25 % pendant les 20 premières années de la Vème République, l’abstention ne va cesser de croître entre 1980 et aujourd’hui où elle a pu atteindre jusqu’à près de 60 % lors des dernières Européennes.  Le lien avec la crise structurelle du capitalisme et la montée du chômage s’impose comme une évidence, mais n’est pas en soi une explication : la bonne question est de se demander pourquoi une large partie de l’électorat ne croit plus qu’elle peut jouer un rôle dans la vie démocratique du pays à travers le fonctionnement des institutions et surtout n’accorde plus sa confiance aux divers partis politiques pour apporter des solutions aux problèmes concrets auxquels elle est confrontée.

La carte nationale de l’abstention montre clairement que c’est au cœur de l’électorat populaire, dans les régions à forte concentration urbaine et/ou sinistrées économiquement qu’elle est la plus massive.

cartographie "Le Monde.fr"

Ainsi, en Ile-de-France, où la participation est presque de 3 points inférieure à la moyenne nationale, c’est en Seine-Saint-Denis, département de gauche, naguère bastion communiste, que l’abstention atteint ses sommets avec plus de 63% au premier tour ; à Clichy-sous-Bois, on n’a compté que 31% de votants… À Plaisir, le 17ème bureau (Valibout) n’a voté qu’à 22% ! Une telle désaffection ne peut être vide de sens, ni simplement considérée comme de la négligence ou du désintérêt : de plus en plus d’analystes finissent par admettre que l’abstention a un sens politique, jusqu’ à ceux du Cevipof (sciences-po) qui y voient une «nouvelle conception de la citoyenneté» car l’abstention serait une sorte de «joker» servant à souligner l’insatisfaction à l’égard des offres politiques — notons que cela devrait nous inciter à réfléchir à la nôtre, car elle ne s’avère pas plus que les autres capable de capter l’attention populaire.

Symétriquement, c’est là où grâce une conjoncture particulière, une dynamique s’est créée à gauche, que l’abstention est la plus faible, et on peut constater que c’est dans ces cas que la gauche connaît de nets succès, comme la Corse ravie à la droite avec un Front de Gauche au-dessus de 10% et un président communiste, Dominique Bucchini, à l’Assemblée Territoriale, et surtout le Limousin, où le FG, après son maintien au second tour dépasse les 19% avec une liste élargie dès le premier tour au NPA et que le total des deux listes de « gauche » frôle les 70 % !

La première conclusion qu’on peut tirer des élections régionales en fait —hors cas particuliers locaux— une victoire par défaut de la gauche qui s’avère surtout une défaite de la droite, imputable davantage au rejet massif de la politique gouvernementale et du style présidentiel qu’à une quelconque adhésion populaire à nos propositions.  Ce rejet est d’ailleurs corroboré par son autre forme d’expression,  le vote Front National, dont la carte pourrait pratiquement être superposée à celle de l’abstention :

De même, d’un point de vue diachronique, la montée du vote FN est corrélée à la baisse du taux de participation aux élections : les déçus des politiques menées, soit relèguent tous les partis dans le même mépris et cessent de voter (n’a-t-on assez entendu le « tous pourris ! »), soit choisissent un populisme haineux et la désignation de boucs émissaires pour canaliser leur colère.

La montée de l’abstention concerne, à une exception près, toutes les élections nationales.  Et encore faut-il regarder de plus près cette exception que constitue la Présidentielle, et cela pour deux raisons :

1° L’incarnation personnelle de choix politiques, la présidentialistion du système dont elle constitue la partie la plus visible, la simplification-réduction, finalement, qu’elle opère, ont largement contribué à la dévalorisation du collectif en politique au profit d’une volonté individuelle et à la relégation au second plan du rôle des assemblées, ce qui a induit un certain désintérêt pour les autres scrutins, jugés désormais secondaires.  L’élection du Président de la République au suffrage universel —ce qu’on ne dénoncera jamais trop— est donc l’une des causes de ce malaise de la démocratie. Mais seulement une.

2° Malgré cette tendance à supplanter les autres élections (ce que l’inversion du calendrier —encore merci, Jospin !— n’a fait qu’accroître), et en dépit de deux exceptions qui masquent quelque peu le phénomène et qu’il faudra commenter, l’élection présidentielle connaît aussi une certaine érosion, comme l’atteste la progression de l’abstention.

De 1974 à 2002, on assiste bien à une augmentation, plus lente certes, mais claire, du taux d’abstention : plus de 10 points. La lecture est seulement rendue moins transparente par deux évènements singuliers :

• d’abord, l’élection de 1969 qui vit au second tour un taux record d’abstention (plus de 31% auxquels il faudrait ajouter 6,4% de blancs et nuls —dont le mien) du fait de l’absence de choix politique réel entre « blanc bonnet – bonnet blanc » (Pompidou-Poher) selon la formule de Jacques Duclos qui appela à se détourner des urnes au second tour.  On serait tenté par un parallèle immédiat avec la situation présente : si le taux d’abstention est aujourd’hui aussi élevé, n’est-ce pas d’une certaine façon parce que nous sommes dans la même absence de perspective entre une droite dure et une social-démocratie qui se plie aux exigences eurolibérales ?

• Ensuite, la Présidentielle de 2007 où la participation frôle les 85% après une campagne qui fut l’objet d’une véritable théâtralisation médiatique et fut surtout marqué par la captation d’une partie de la colère par le volontarisme populiste de Nicolas Sarkozy.  Sur ce point, la comparaison des courbes de l’abstention et du vote FN est révélatrice, d’une part du transfert d’une partie des voix d’extrême-droite vers le candidat de l’UMP et, d’autre part, que ce que nous disions précédemment sur la répartition géographique similaire de l’abstention et du vote FN, se vérifie aussi d’un point de vue chronologique (en vert, le vote FN) :

Il apparaît donc que l’abstention, comme le vote FN sont les produits de mêmes conjonctures où face à la crise et les souffrances qu’elle engendre, la droite poursuit impitoyablement ses « réformes » libérales de la société et la gauche est soit incapable de proposer une véritable alternative, soit ce qui est plus grave, pour une partie, n’en a pas la volonté.  Quel canal reste-t-il au mécontentement populaire sinon le rejet global « Que se vayan todos ! ».

Un autre point intéressant est de replacer la progression de l’abstention par rapports aux contextes des échéances électorales.  C’est en 1988 que pour la première fois l’abstention dépasse 30% aux élections législatives ; deux ans avant, elle était de plus de 10 points inférieure, quand la première cohabitation fut imposée en 1986 par la victoire de la droite. D’échéance en échéance, le taux d’abstention augmente, dans une parfaite alternance de 1986 à 2002 des victoires de droite et de gauche (86, droite ; 88, gauche ; 93, droite ; 97, gauche ; 2002 droite). Chaque déception amène l’électorat à rejeter les gouvernants en place, tandis que de plus en plus de citoyens s’écartent du vote qui leur donne le sentiment de ne rien changer à leur vie.  L’inversion du calendrier plaçant la Présidentielle un mois avant les législatives, marginalise encore davantage cette élection à partir de 2002.

Le premier bond du taux d’abstention au-dessus de 30% de 1988 était à mettre en rapport avec les échecs de la gauche et de la droite, et surtout, avec le recentrement rocardien du PS qui en arrive à gouverner avec des ministres UDF, le second, approchant les 40% à partir de 2002, avec le renforcement du caractère présidentiel du régime, dans le sentiment global qu’après 15 ans d’alternance, rien ne s’est amélioré dans la situation réelle des gens alors que le gouvernement Jospin a privatisé davantage que la droite et fait l’aveu de l’impuissance du politique (“L’État ne peut pas tout”).

Les élections municipales, chères, paraît-il, au cœur des Français, connaissent la même érosion de la participation, à peine atténuée par leur importance de démocratie de proximité, et c’est au même moment, en l’occurrence l’échéance de 1989, que l’abstention se met à croître pour dépasser les 30% dès la suivante et s’y maintenir en 2001 et 2008.

La fin du premier mandat de François Mitterrand marque donc la grande rupture des Français avec leur système de démocratie représentative : espérance déçue, tournant de la rigueur, soumission à l’eurolibéralisme… autant de facteurs qui ont alimenté le sentiment des « petits » d’être quantité négligeable, même aux yeux d’une gauche qui moulinait sa logorrhée autosatisfaite et supposée euphorisante mais restait aveugle à la souffrance du peuple.  Le coup de grâce au suffrage populaire fut donné un certain jour de février 2008 à Versailles où des élus indignes ont piétiné la volonté populaire en votant ou laissant passer le traité de Lisbonne, confirmant ainsi que leur légitimité morale était usurpée et rendant manifeste du même coup combien le peuple avait raison de se défier de ces prétendus élites.  On mesurera encore longtemps le mal qu’ils ont fait ce jour-là à la démocratie car ils ont rompu, avec hypocrisie pour les uns qui se sont abstenus ou arrogance pour les autres, tel Jack Lang, le contrat qui les liait à leurs mandants et constituait le cœur même du fonctionnement de nos institutions républicaines.

Ce glissement de l’abstention en France à la question européenne n’est pas fortuit, car l’Europe a été une instance déligitimante pour la représentation nationale : cette dernière, en effet, pour se défausser de ses responsabilités dans les choix libéraux dont les conséquences étaient insupportables, choisit de se présenter comme une simple instance supposée amortir la brutalité des transpositions de directives européennes ; bref, un rôle secondaire au pouvoir limité, une sorte de gouvernance provinciale au service d’un prince étranger.  Quel crédit accorder dès lors à ces hommes qui viennent solliciter nos suffrages pour n’être ensuite que les proconsuls du capital ?

Glissement d’autant moins fortuits que les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’abstention lors des dernières élections européennes est supérieure à 50% dans 18 des 27 pays, et supérieure à 60% —donc plus élevée qu’en France (59,5)— en Bulgarie, Hongrie, Lituanie, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Royaume-Uni, Roumanie, Slovaquie, Slovénie et Tchéquie, atteignant pour certains près de 80% et compte-tenu que les « meilleurs élèves » ne le sont que parce que le vote y est obligatoire (Belgique, Luxembourg) !  Dans ces pays aussi, le désaveu des politiques libérales se traduit également par la montée de l’extrême-droite. Il y a une semaine, la Hongrie élisait ses députés : le Jobbik, dont la «garde hongroise» parade en uniforme noir à l’instar des fascistes de l’Amiral Horty ce parti, donc, qui avait 2,2% des suffrages en 2006 en a obtenu 17%, devenant ainsi la 3ème force politique du pays, qui aujourd’hui comme hier désigne Tziganes, Roms et Juifs comme boucs émissaires…

Pourquoi citer cet exemple ?  Parce que cette résurgence fasciste est le résultat des politiques eurolibérales d’austérité menées par la majorité socialiste sortante au nom de la lutte contre le déficit budgétaire et du dogme européen de la stabilité (cela s’est traduit, entre autres, par le gel des salaires, la suppression du 13ème mois des fonctionnaires, l’augmentation de la TVA…).  Quel peut être le débouché de la colère populaire quand une prétendue gauche vient compléter le sale boulot des multinationales qui avaient acheté des pans entiers de l’économie à la chute du régime communiste ?

Et devant cette percée, la droite traditionnelle hongroise qui a remporté les législatives colle à ses thèmes pour ne pas se voir débordée — j’aurais envie d’ajouter qu’elle y colle comme un Besson ou un Hortefeux à un Le Pen.

Complétons le tableau en rappelant que l’extrême droite a obtenu 17% des voix aux Pays-Bas, 16% dans les régions flamandes de la Belgique, près de 16% en Autriche hier, 15% au Danemark, 11% en Italie et qu’elle a dépassé les 5% dans six autres pays membres de l’Union Européenne au sein de laquelle il serait temps de réfléchir aux conséquences «résistibles» de ce qu’elle impose à ses peuples.  Et donc de bien dire qu’il est plus que temps de « résister »… et pas seulement le dire, le faire, surtout !

Commençons dès le premier mai en manifestant massivement contre le projet gouvernemental de réforme des retraites.

JPR


51 Commentaires sur

de l’abstention, causes et conséquences…

  • abdillah |

    Pour un élève de seconde faisant des recherche sur les conséquences de l’abstention , vos propos sont incompréhensible .

  • JPR |

    Désolé pour vous, mais si vous avez besoin d’explications, je répondrai volontiers à des questions précises. Il est vrai que ce blog ne s’adresse pas spécifiquement à des lycéens, mais plutôt à des militants politiques au fait de ces évolutions de la société et il en présente une analyse politiquement engagée.
    Cordialement,
    JPR

  • cl |

    je suis aussi à la recherche des conséquences de l abstention pouvez vous me donner des sites internets utiles ou des pistes de recherches s’il vous plaît

  • JPR |

    Bonsoir cl,
    Vaste question ! La première et la plus grave des conséquences de l’abstention est le risque qu’elle fait courir à la démocratie : si elle reste « légale », quelle est la légitimité réelle d’une représentation élue par une minorité d’électeurs ? Un système démocratique ne peut pas bien fonctionner s’il est globalement désavoué par l’abstention.
    Vous ne me dites pas dans quel cadre vous faites cette recherche : scolaire, universitaire, personnel, militant…

  • cl |

    merci beaucoup pour votre réponse
    je suis au lycée
    c’est effectivement ce que j avais noté mais y en a t il d autres?

  • JPR |

    La conséquence la plus grave à mes yeux est la faillite du modèle républicain et l’abandon du pouvoir à une oligarchie de « spécialistes », « experts » ceux qu’on désigne sous le nom d’«élites», de « technocrates européens », etc.; cela change profondément la nature du système politique (aux USA l’abstention est encore plus importante) et soumet les choix qui concernent tous les citoyens à la domination des quelques intérêts économiques privés. De surcroît, l’abstention concerne surtout les milieux populaires qui de fait abandonnent ainsi le choix politique aux couches moyennes et supérieures de la société dont les intérêts de classes vont ainsi être mieux représentés.
    Au plan moral, cette défection populaire renforce les réactions individualistes : s’il n’y a pas de solution collective pour vivre convenablement, autant s’en remettre à la « démerde » personnelle et tant pis pour ceux qui n’y arrivent pas…
    L’abstention est davantage un symptôme que la cause de ce mal de la société qui lui a un nom : la capitalisme.

  • goffinet |

    et les conséquences?

  • JPR |

    Les conséquences de l’abstention que j’évoquais dans ce billet étaient essentiellement la montée de l’extrême-droite en France et plus largement en Europe. Je crains qu’on ne mesure pas encore toutes les conséquences de cette faillite du modèle républicain parlementaire. On entrevoit déjà une forte tendance au pouvoir personnel, un repli communautariste ou corporatiste, l’accentuation du « chacun pour soi »… toutes choses qui découlent de la perte d’un projet politique collectif.

  • lysangel |

    on ressent l’étendue de vos connaissances sur le sujet!! je partage votre opinion en ce qui concerne les causes ou conséquences morales et je les trouve tout aussi désastreuses.. lorsqu’on redécouvre le combat nécessaire au droit de vote mixte et universel..

  • Fanny |

    Bonjour à tous.
    Je viens de tomber sur cet article et la discussion que celle ci a entraîné, et je me posais quelques questions…
    Nous constatons de plus en plus l’importance du phénomène d’absention,mais il semblerait que les politiciens s’attachent plus à y remédier dans la forme que dans le fond (vote par internet par exemple).
    Ainsi, selon vous, qu’elles seraient les mesures à mettre en place, ou les comportements à adopter de la part des politiciens ou tout autres acteurs de la vie politique afin de « résoudre » dans le fond cette situation ?
    Aussi,ne serait-il pas judicieux d’intégrer dans le système scolaire une sorte de matière, par exemple en classe de terminale, qui apprendrait aux élèves ce qu’estla politique, qui en sont les différents acteurs, la longue et difficile acquisition du suffrage universel, expliquer des programmes politiques de différents partis… par des personnes « spécialisées » afin qu’elles soient le plus neutre possible ?

  • ju |

    Bonsoir pour mon examen je dois faire un dossier d’histoire ma problématique est en quoi l’abstention est-elle un risque pour la démocratie? Je comprends le sujet mais j ai du mal à le développer, mon dossier doit être constitué de 3 document et d’une synthèse si quelque pouvait m éclairait sur le sujet merci d avance

  • JPR |

    Bonjour Ju,
    Pour moi, l’abstention est la marque de la confiscation du pouvoir par une caste (oligarchie de la finance, technocrates européens, « experts » qui prétendent parler à la place du peuple…). Plus qu’un risque pour la démocratie, elle est le symptôme de l’abaissement actuel de celle-ci : les gens ont le sentiment de ne plus avoir prise sur leur devenir collectif : quoi qu’ils fassent, ils ont le sentiment que le pouvoir s’en fiche (élections : voir le référendum trahi de 2005… Droite, gauche molle : même politique eurolibérale, privatisations, mensonge « on ne peut pas faire autrement », etc.).
    Donc, la première chose à bien comprendre c’est que l’abstention est une conséquence de l’abaissement de la démocratie que traduit la montée des idées, par exemple, de « vote utile », de primaires, ou de bipartisme (qui réduisent toutes le choix démocratique). La deuxième chose est qu’elle renforce cet abaissement, car les gens qui ne s’expriment plus —souvent les plus défavorisés— abandonnent de ce fait les choix à d’autres couches de la société qui orientent naturellement les décisions dans le sens de leurs propres intérêts de classe. On en revient de fait au suffrage censitaire.
    Le danger est que l’extrême frustration sociale qui en résulte ne s’exprime à travers la violence, le rejet, la haine et ne soit récupérée —pour ceux qui votent encore ou reviendraient aux urnes— par le FN.
    Pour les documents que vous avez à fournir je pense qu’il est important de montrer l’évolution historique et la répartition géographique de l’abstention. Quelques articles que vous pouvez consulter :

    http://www.cevipof.com/bpf/barometre/vague3/v3-synthese/AM-rapport_BPF_V3.pdf

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Abstention_en_France

    Le sujet est vaste… Bon courage.
    JPR

  • JPR |

    Bonjour Fanny,
    Très intéressante question. Pour moi, la réponse n’est ni dans la technique, ni même dans le vote obligatoire : ce doit être un acte volontaire et ce droit a été chèrement acquis par les générations précédentes. La première cause de l’abstention est institutionnelle : le système présidentiel. La réponse évidente est qu’il faut en changer, abandonner ce mythe de la personnalité providentielle et revenir à une démocratie plus parlementaire (élections proportionnelles, intervention citoyenne…) bref redonner aux gens une prise sur leur destin.
    La deuxième cause est d’ordre idéologique : pensée unique qui veut faire croire qu’il n’y a pas d’alternative à l’économie ouverte de marché : à partir de là, plus de choix véritable entre des politiques différentes, tout au plus entre le pire et le moins pire, bref de quoi dégouter les gens !
    Le rôle de l’école est capital (et je le connais bien !): elle a été fondée justement pour former des citoyens capables de comprendre et d’exercer leur libre-arbitre : aujourd’hui on gave les élèves de propagande eurolibérale en instruction civique (voir les manuels !) pour leur imposer les choix qui ont été faits à l’avance et sans les citoyens. Et on leur bourre le mou avec « les valeurs de la démocratie occidentale » sans qu’il n’y ait de véritable contenu démocratique sinon une espèce de bienpensance conformiste. Oui, l’école a une chose à faire : ce pour quoi elle a été créée !

  • JPR |

    @ fanny
    J’avais oublié un point dans ma réponse : les spécialistes « neutres » ça n’existe pas (les profs non plus). Ce qui compte, c’est de donner aux élèves les outils pour qu’ils se forgent eux-même une opinion (compréhension de l’écrit, connaissance de l’Histoire et DES théories économiques, approche des systèmes philosophiques…) et surtout pas un enseignement visant uniquement à l’acquisition de « compétences » ce qui est l’orientation actuelle. Ce qui compte vraiment c’est la capacité de recul critique argumenté pas les petits savoir-faire chers à nos ministres qui veulent décérébrer la jeunesse.

  • Jacko |

    Pouvez vous nous développer les conséquences de l’abstention et comment lutter contre elle ? Je vous remercie coordialement.

  • JPR |

    Bon, Jacko, d’abord tu dis à Sebi (pascal.coulon@orange.fr) de se calmer, il ne doit pas être loin puisque vous avez la même adresse IP à Joigny.
    Ensuite, lutter contre l’abstention, ce ne peut être que lutter contre ses causes. La principale, c’est l’absence de véritable alternative politique : il n’y a guère de différence fondamentale entre la droite libérale et la gauche dite social-libérale sinon de degré de brutalité dans l’application de réformes qui n’ont d’autre but que d’accroître l’accumulation du capital. Dès lors, à quoi bon voter quand cela n’ouvre aucune perspective de changement ? C’est le problème de la gauche socialiste en ce moment, elle surfe sur l’antisarkozysme mais reste dans les clous de l’eurolibéralisme : DSK ne ferait pas une politique fondamentalement différente de Sarko, et même moi, militant politique et élu, n’irai pas voter en cas de duel entre eux.
    J’aborderai le sujet plus longuement sous peu en parlant du programme du PS révélé hier.
    Cordialement.

  • David |

    Bonjour,
    J’ai un devoir à rendre sur la question « l’Abstentionnisme est il un frein à la démocratie ? »

    J’aimerais, si possible avoir votre avis sur la question.

    Cordialement
    D

  • JPR |

    Bonsoir David,
    Je crois que la réponse à cette question se trouve sous diverses formes dans le billet et dans les commentaires. Notre démocratie est « représentative »: dès lors quelle est la légitimité d’un « représentant du peuple » élu par une petite minorité ? Certes, les procédures formelles sont respectées, le résultat est légal, mais il ne traduit pas une claire volonté populaire majoritairement exprimée. De surcroît, ce sont les couches les plus populaires qui votent le moins : le résultat d’un scrutin n’est pas représentatif de façon proportionnelle des diverses strates de notre société. C’est une sorte de retour au suffrage censitaire où seuls les plus riches votaient : cela fausse le système en privilégiant les intérêts d’un seul groupe social. Et, bien sûr, se profile la menace d’une montée de l’extrême-droite, de tradition antiparlementaire voire antirépublicaine, même si elle le cache par un discours démagogique. Voilà au moins 3 atteintes à la démocratie : illégitimité des élus, sous-représentation des classes populaires et récupération par l’extrême-droite du rejet populaire des politiciens.

  • David |

    Merci pour votre réponse.
    Vos arguments sont très justes

    Cordialement
    D

  • JulienK |

    Bonjour je suis actuellement en licence de science politique et je dois traiter un sujet sur la carte électorale de l’abstention en France depuis les années 2000. Beaucoup de sites et de livres traitent de façon très intéressante le problème de l’abstention mais assez peu abordent l’aspect géographique de cette abstention. Auriez vous une idée de l’endroit où je pourrais trouver des renseignements sur cet aspect du sujet?

  • laird |

    Combattre l’abstention, c’est lutter en profondeur contre la société de consommation, le chacun pour soi, et les « désillusions successives » dont les élections en cours participent.
    Passer à la 6ème république, obtenir l’inversion du calendrier, la proportionnelle, voire des mesures plus radicales, si elles sont nécessaires, seraient-elles suffisantes ?

  • HERSCHEL |

    salut!
    je suis en licence en science politique et j’aimerais avoirs plus de détails sur les différentes formes d’abstentionnisme

  • A |

    Pourquoi, selon toi, l’abstention est elle un danger pour la démocratie

  • A |

    Répondez vite svp

  • JPR |

    Un devoir urgent ? Le but de ce blog est de discuter, pas de doner des devoirs à pomper… Pourquoi l’abstention est-elle un danger pour la démocratie ? C’est assez évident : la Révolution de 1789 fonde notre démocratie sur la souveraineté populaire (un homme = une voix), dès lors qu’une partie de la population —les couches populaires, en l’occurrence— se détourne du vote, ce n’est plus le peuple entier qui est représenté dans les instances de la république mais l’émanation des autres classes sociales (bourgeoisie, classe moyenne…). D’où d’ailleurs la nouvelle division de la classe politique : ceux qui restent dans l’entre-soi centriste dédaignant le peuple (tous les eurolibéraux de droite comme de gauche) et ceux qui s’adressent au peuple, soit parce c’est leur rôle historique (PCF, Front de gauche), soit (la Droite forte, me FN, etc.) pour lui désigner des boucs émissaires et le tromper sur ces véritables ennemis, ceux qui les exploitent. Les institutions démocratiques continuent certes d’exister, mais elles ne fonctionnent plus pour tout le monde.

  • Ryan |

    Je suis un jeune étudiant, et j’aimerais savoir pourquoi le taux d’abstention est constamment en hausse (les facteurs)?
    Et quelles sont les conséquences?

  • JPR |

    @Ryan, c’est ce que j’ai essayé d’expliquer dans ce billet ! Mais pour faire court, disons que si les gens ont le sentiment que ça ne sert à rien de voter, ils ne se dérangent plus. Les bourgeois votent toujours autant, ce sont les couches populaires qui s’abstiennent. Elles ont placé des espoirs dans la gauche, elle les a déçus, d’abord en 1983 avec le tournant de la rigueur, puis en 2000 avec l’Etat de Jospin qui « ne peut pas tout ». En 2005, les couches populaires sont retournées aux urnes pour dire NON au TCE, mais en 2008, on (=la droite+les socialistes) leur a fait avaler le même traité sans les consulter, et aujourd’hui Hollande, après s’être affiché comme ennemi de la finance, plie devant le Medef et Mittal. Quelles raisons auraient-elles de voter ?

  • nicho |

    bonjour,
    j’ai un devoir a rendre sur l’adstention aux votes, j’aimerai savoir quels sont les risques de l’abstention, voir les dangers, j’aimerai que vous m’expliquiez sous une forme simple, je suis collégien.
    Merci.

  • nicho |

    pour moi l’abstention c’est que si sa continue a augmenter la democratie sera en danger non? La France perdera donc ses vameurs non ?

  • JPR |

    Bonjour,
    Je crois que l’essentiel a été dit, entre le billet et les commentaires. Le risque principal est qu’on cesse d’être en démocratie : si le peuple ne vote plus, il n’exerce plus sa souveraineté républicaine et la laisse à de prétendus experts —c’est déjà pratiquement le cas (voir les gouvernements dits « techniques »). D’autre part si sa colère ne s’exprime plus dans le cadre des institutions démocratiques, elle peut dégénérer en désespoir social et violence ou céder à la démagogie raciste de l’extrême-droite.

  • nicho |

    Notre partit pour donc changer si l’abstention continue autant ? Nous aurions, si le peuple ne vote plus, des partits a
    extreme ?

  • nicho |

    Le danger c’est que la démocratie disparaisse et que la France perderai ses valeurs ?

  • JPR |

    L’abstention, ça arrange bien ceux qui aiment faire leurs petites affaires sans que le peuple ne s’en mêle. Si tu regardes qui vote et qui ne vote pas, tu comprends vite que ce sont les couches dites supérieures qui votent, et donc elles choisissent en fonction de leurs intérêts. Comme au début du XIXème siècle où seuls les riches pouvaient voter. Actuellement 88% des députés sont issus des professions libérales, de la haute administration ou des chefs d’entreprise : le pays ne peut pas se reconnaître en eux et les intér^ts qu’ils vont défendre sont ceux de leur caste (voir Cahuzac). Attention à ce que tu dis sur les extrêmes : ce n’est pas d’être extrême qui est dangereux en soi, c’est de donner une image fausse des problèmes en accusant par exemples les étrangers, les « assistés », les fonctionnaires des maux (chômage, exploitation, misère…) créés en réalité par le système capitaliste et le libéralisme économique)

  • nicho |

    Mais les dangers principaux sont les quels alors ? Enfaite c’est les classes sociale faible qui le vote plus ?

  • nicho |

    Enfaite j’ai un paragraphe a faire sur les dangers de l’abstention, niveau 3ème, mes idées ne sont pas claires sur les dangers, je demandais donc quels sont les dangers majeurs, pour bien argumenter mon texte.

  • JPR |

    L’abstention concerne surtout les classes populaires, donc le danger n°1 c’est que le pouvoir soit confisqué par la partie de la société (les plus riches, pour faire court) qui continue à voter pour son propre intérêt contre l’intérêt général. Le danger n°2, c’est que certains (le FN en particulier) ne détournent la légitime colère populaire contre des boucs émissaires qui ne sont en rien responsables (les immigrés, les « assistés », etc.) et divisent la société, suscitent la violence, etc.mais laissent les profiteurs bien tranquilles. Dans ces deux cas, nous ne sommes plus vraiment en démocratie.

  • nicho |

    D’acord, il n’y a donc que deux danger ?

  • nicho |

    j’ai donc écrit : C’est que le pouvoir soit confisqué par une certaine classse sociale comme les riches
    et que certaine classe sociales deviennent des bouc emissaires et que l’on se servent d’eux pour s’enrichirent, par la violence et donc divisé la sociétée en classe sociale .

    Est ce que j’ai écrit est bien juste ? :/

  • JPR |

    Il y a une foule de dangers, le recul de la démocratie, c’est la montée des régimes autoritaires, le creusement des inégalités sociales et une société de haine, de discriminations et de violence.

  • Abdel |

    En Belgique, l’abstention est interdite et théoriquement sanctionnée par une amende. Dans les faits, celle-ci n’est pas appliquée.
    Je vois deux possibilités :
    – la peur de la caste au pouvoir (industriels-politicard et couche médiatique) de dévoiler le réel taux d’abstention avec le risque de perte de légitimité.
    – conséquence de la première, la peur de déstabiliser un pays très divisé (flammands, francophones).

  • Abdel |

    Depuis la révolution francais qui est le point de repère de toute démocratie, la démocrassie n’a servi qu’à maintenir le statu quo, qui est à l’avantage des castes riches et puissantes dans chaque pays.
    Celui qui n’arrive pas à voir cela est à mes yeux complice, même inconscient, du système d’injustice actuel.

  • Lycéenne |

    Je ne comprend absolument rien ^^,
    j’ai un exposé à faire sur les conséquences de l’abstention
    Et on comprend rien du tout , Quelqu’un pourrait nous expliquer? pourquoi cela aide le Fn a remonter?

  • JPR |

    Cet article, assez ancien, mais beaucoup visité par des lycéens en mal de texte à pomper, n’est pas un exercice scolaire mais une réflexion politique : les conséquences de l’abstention sont évidentes : délégitimation des élus (qu’est-ce qu’être censé représenter le peuple quand on recueille 51 % de 55% de la population ?).
    L’abstention ne fait pas monter le FN mais elle a les mêmes causes : le rejet de la pensée unique eurolibérale, l’incapacité des hommes politiques à changer la vie des gens, la perte de repère entre entre la droite et la gauche…

  • Ricardo |

    je n’ai pas vraiment compris les conséquences de l’abstention pour la démocratie. j’ai un exposé au lycées a faire sur la question  » quel est le danger d’un trop fort taux d’abstention pour la démocratie  » Puis je avoir des réponse s’il vous plait ?

  • JPR |

    La démocratie, c’est d’abord le peuple souverain : s’il ne vote pas, il n’exerce plus son pouvoir, et ce n’est pas vraiment de la démocratie. C’est d’autant plus vrai que l’abstention est surtout le fait des classes populaires, ce qui fait que que le résultat du vote reflète davantage les aspirations des classes les plus nantis qui, eux, savent défendre leurs intérêts.

  • Wendy |

    Bonjour.
    Votre analyse me semble très intéressante, merci pour toutes ces informations. Je suis actuellement en classe de terminale littéraire et je prépare un dossier pour mon bac de droit dont le sujet est « Peut-on lutter contre l’abstention ? » et comprendre les causes me semble primordial.

    Par ailleurs, ma conclusion est qu’il faut, à défaut de changer entièrement le régime, comptabiliser le vote blanc en-t-en que tel, pour que les personnes désenchantées de ce qu’on nous sert en politique depuis des années aillent voter et soient entendus. Que pensez vous du vote blanc ?

    Je voulais aussi vous signifier mon accord en ce qui concerne l’éducation et la « propagande » que l’on nous fait (bien que le mot soit un peu fort) ! Il suffit de regarder les programmes d’histoire géo, tournés vers les pays riches, seulement les pays riches ! L’Afrique et l’Océanie, peu importants sur le plan économique, sont complètement mis de coté, c’est à peine s’ils existent dans nos bouquins ! Ainsi je pense qu’il est temps de TOUT changer, de prendre une nouvelle bouffée d’air et de repartir sur des bases vraiment égalitaires et où on nous apprend à réfléchir de notre propre chef !

    Cordialement

  • JPR |

    En tout cas, Wendy,de toute évidence vous savez déjà réfléchir de votre propre chef… Pour que les gens votent, c’est assez simple : il faudrait tenir compte de leur vote tout simplement, que les gouvernants acceptent la souveraineté populaire, qu’on qu’on ne donne pas pour cinq ans un chèque en blanc à un monarque qui n’a d’autres préoccupations que de maintenir sa caste au pouvoir.
    Les programmes scolaires en histoire comme en sciences éco sont une véritable propagande —le mot n’est pas trop fort : point de salut hors de l’économie de marché. Heureusement que parfois des profs rééquilibrent un peu…
    Cordialement

  • GP |

    Bonjour,

    Face au débat qui fait éclat ces derniers temps, je tente de trouver des indications en nombre de voix sur les résultats du FN . Nos chers médias ne parlent que de %, ce qui a mon avis ne veut pas dire grand chose, tant sur une progression réelle de ce parti, que sur les motivations des abstentionnistes, que nos politiques ne semblent vraiment pas vouloir intégrer….

  • Cule Jean |

    Bonjour,
    j’ai un grave probleme. Je dois me resoudre a ne pas aller voter , et pour cause je m’appelle Jean Cule … Lorsque je m’y suis rendu pour la derniere fois j’ai ete humilie.Je demande une pétition pour changer de nom Jean Quille. Cordialement

  • L'Indigné du Canapé |

    Est-ce l’abstention, le problème de notre démocratie ? Ou est-ce LA « démocratie » en elle-même, ou du moins le système que l’on appelle ainsi ?
    Une question posée sur mon blog motivée par les derniers résultats européens : http://www.indigne-du-canape.com/labstention-le-probleme-de-la-democratie/

    Merci pour votre bel article !

    L’ I

  • JPR |

    Je ne crois pas dire le contraire dans ce billet un peu ancien (avril 2010) : l’abstention en elle-même n’est pas la cause de la déperdition démocratique, mais une de ses conséquences, dont le pouvoir (de droite comme prétendu de gauche) s’arrange fort bien, à la fois pour culpabiliser les couches populaires et pour reproduire son système d’exploitation.
    Merci pour le commentaire et bravo pour votre blog.

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