2012…

Fallait bien en parler, même si ma réticence à aborder le sujet explique en partie que je n’ai posté aucun billet depuis plus de quinze jour…

“Fallait bien en parler”… Pourquoi, d’ailleurs ?  Parce que tout le monde en parle ?  Eh! bien, oui : nous n’avons pas fixé les règles du jeu, et si nous avons toujours été opposés à l’élection du Président de la République au suffrage universel, si nous dénonçons la tendance à la personnalisation du pouvoir qu’elle détermine, si nous mettons toujours en avant le collectif plutôt que l’individuel… il nous faut néanmoins, pour être en mesure de changer les règles du jeu, nous y soumettre pendant la partie.  Nous n’avons pas su imposer le cadre culturel de l’affrontement, il nous faut donc mener le combat dans le celui défini par la culture politique de nos adversaires.  Même si nous ne l’aimons pas.

Et puis, de mauvais esprits feraient sûrement remarquer que nous brûlons en terme de “personnalisation” ce que nous avons naguère adoré —pensez à ce que représentaient Thorez ou Marchais pour les communistes—, et ce travers existe encore au niveau local autour de fortes personnalités.  Parlons donc de ce détestable sujet : les personnes.  Cela ne signifie évidemment pas qu’elles importent plus que le programme, mais simplement que celui-ci, au regard du système politico-médiatique actuel —qu’encore une fois nous n’avons pas choisi— doit être incarné.  Et fortement.

D’aucuns l’ont fort bien compris, à droite comme à gauche —et avec des solutions de rechange car la bourgeoisie ne met jamais tous ses œufs dans le même panier et poursuit inlassablement son travail de remodelage libéral de notre société.  Un Sarkozy commence-t-il à être usé qu’elle sait faire émerger un Galouzeau, tout en en préparant d’autres dans l’ombre et en applaudissant aux déclarations d’un DSK sur les retraites : elle sait où elle veut aller et que lui importe la bourrique qui saura l’y conduire.  Notez que sur le fond —sinon sur la manière—des recettes libérales, il n’y a guère de différences entre un Sarkozy détruisant retraites et services publics, le Villepin du CPE ou le Strauss-Kahn qui étrangle le peuple grec.

À gauche, le PS porte encore le souvenir de ses échecs de 2002 et 2007.  Peut-être commence-t-il quand même à comprendre les vraies causes du premier, surtout depuis que l’option centriste s’est avérée une impasse et que la concurrence du Front de Gauche, même si elle est encore timide, menace d’empiéter sur sa base électorale… toujours est-il qu’il ne chante plus la sérénade à Bayrou et “gauchit” son discours : on a même pu noter que les termes “capitalisme” ou “capital” ont réapparu dans le vocabulaire de la rue Solférino.  Quant à l’échec de 2007, il le conduit à adopter une stratégie moins tapageuse et guignolesque et à avancer avec prudence vers les fameuses “primaires” de tous les dangers, d’autant que, comme à droite, les rivalités de personnes perdurent et peuvent conduire au pire.

En ce qui concerne les rivalités, je pourrais presque dire la même chose du Front de Gauche qui risque de renouveler la désastreuse expérience de 2007 avec l’éclatement des collectifs antilibéraux lors du processus de désignation du candidat : rien n’est plus complexe politiquement que trouver un accord entre des parties qui apportent toutes des contributions appréciables mais qui ne sont ni de même nature, ni de même importance !  D’abord, l’alliance est numériquement très dissymétrique : d’un côté le PCF aligne plusieurs dizaines de milliers de militants, de l’autre des formations plus étriquées —groupusculaires pour certaines— mais qui, d’une part peuvent recéler des individualités fortes et précieuses et d’autre part, du fait de leur diversité, apportent des réflexions nouvelles et font avancer les idées anticapitalistes et la critique de l’eurolibéralisme dans de nouveaux segments de la société : ce regroupement, même déséquilibré est nécessaire à la création d’une dynamique.  Mais quelle peut être son unité ?  Et à quel processus de décision peut-il se soumettre, entre autre pour la désignation d’un candidat commun ?

Ces deux questions constituent les données de la problématique stratégique à laquelle est confronté le Front de Gauche, et ce sont justement  les points de désaccord entre le PCF et le Parti de Gauche.  Ce dernier ne cache ni sa visée de fusion des différentes formations de ce qu’il appelle l’autre gauche en un seul parti sur le modèle de Die Linke en Allemagne, ni qu’il considère que Jean-Luc Mélenchon serait son candidat naturel à l’élection présidentielle.  Cela ne manque évidemment pas de susciter des tensions, des réflexions acerbes de part et d’autre et des conduites politiques étranges, telle celle du Parti de Gauche qui siège dans un groupe différent du PCF et de la GU au Conseil Régional d’Ile-de-France.  Il n’en reste pas moins qu’il faut examiner ces deux hypothèse avec sérénité et sans a-priori.  Avec aussi un impératif premier : le Front de Gauche doit surmonter cette crise et perdurer —et pas sur la base d’un compromis faussement consensuel et minimaliste.

Alors quelle peut donc être cette base ?

1° Concernant l’organisation, la fusion en un seul parti me paraît dangereuse.  Pourquoi ?  Parce qu’un parti communiste n’a rien à voir avec les autres formations politiques : ce n’est pas —ou ce ne devrait pas être— un parti bourgeois qui gouverne en alternance au sein d’un système économique inchangé avec seulement des inflexions sociales différentes : son objectif est de transformer le système et il agit en tant qu’agent externe de la lutte des classes (voir le billet à ce sujet de juin dernier).  Négliger ce rôle spécifique au profit de l’euphorie passagère de l’unité retrouvée dans une fusion serait une erreur : le parti doit continuer d’exister, il est le garant de l’orientation communiste et c’est en tant que tel qu’il a sa place au sein d’un Front plus large, républicain, social, antilibéral, altermondialiste, écologique… Ce principe me semble essentiel : ne pas gommer les apports spécifiques dans une fusion hâtive, mais savoir les conjuguer dans une unité réelle du Front.  Et pour cela, oui, le Front doit avoir une existence qui dépasse la simple addition de ses composantes : ne pas être seulement une alliance de partis !  Je ne verrai pas d’inconvénient à une institutionnalisation du Front sous direction collégiale et avec possibilité d’adhésion directe pour les sympathisants non-encartés déjà dans une de ses composantes, en faire un mouvement de masse, qui d’ailleurs pourrait constituer un vivier où se renforceraient les formations elles-mêmes déjà structurées.  Front et partis doivent coexister.

2° En ce qui concerne la désignation du candidat à la présidentielle, si notre but est bien de nous inscrire fortement dans le paysage politique national pour un jour —qui sait peut-être prochain ?— prendre la tête de la gauche et la direction des affaires, notre choix est simple : ce doit être le meilleur possible, celui qui sera le mieux à même d’incarner le Front, d’en porter haut et fort les couleurs sur la scène politico-médiatique et de gagner le plus de monde à nos propositions.  Et nous savons que le meilleur ne sera jamais parfaitement conforme aux vœux de tous.  Alors qui ?  Un nom est sur toutes les bouches, d’autres circulent, avec, pour certains, comme l’arrière-pensée d’écarter le premier… Un camarade de notre section résume ainsi la situation : «Nous sommes un parti sans candidat, le parti de gauche est un candidat sans parti».  Ne préjugeons pas de l’avenir et n’entrons pas dans le jeu des médias qui ne focalisent leur attention que sur les personnes, mais ne commençons par aucune exclusive ni n’inventons des procédures absurdes et inapplicables —tel le double consensus de 2007— : adoptons démocratiquement dès notre congrès de juin le principe d’une candidature unitaire du FG et déléguons du même coup le choix du candidat le plus efficace aux directions des appareils pour contourner le déséquilibre entre les formations.  Dès le principe adopté, attelons-nous sans délai à la définition d’un programme, clair, précis, énonçant ce que nous ferons et comment nous nous y prendrons.  retrouvons la dynamique de mai 2005, mais ne recommençons surtout pas la tragi-comédie de 2006-2007.

JPR

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