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Les nantis…

Comme annoncé hier, un petit éclairage sur les deux derniers conseils municipaux.  Nous parlerons du centre commercial des Sablons, de la chapelle Saint-Jean et des divers cadeaux que notre JR fait comme d’habitude aux investisseurs privés.  Un mot aussi sur l’étrange affaire de la cuisine centrale, et cela fera, encore une fois, un billet trop long.

1° centre commercial des Sablons

Le commissaire-enquêteur a émis un avis favorable au projet d’extension du centre commercial, certains problèmes restent cependant en suspens.  J’ai donc cherché —sans grand succès, comme trop souvent, hélas !— à obtenir les précisions dont la majorité municipale est bien avare :

Monsieur le Maire,

Nous prenons acte de l’avis favorable du commissaire enquêteur. Il l’a cependant assorti de deux remarques, dont l’une invite le Maître d’Ouvrage à se rapprocher de la Municipalité pour trouver une amélioration des circulations douces.  En effet, lors de l’enquête publique, la question de la circulation des piétons, en particulier entre le gare de Plaisir-Les Clayes et le quartier de l’Aqueduc, a soulevé de nombreuses remarques : 26 personnes ont porté des annotations et cette difficulté est mentionnée 14 fois, spécialement par les habitants de ce secteur.  On pourrait certainement en dire autant au sujet des habitants du Valibout qui empruntent l’avenue des Sablons pour aller à la gare.  Dans la lettre qu’il vous a adressé le 4 mai, le Commissaire vous demandait ce qui était envisagé à ce sujet.  Votre réponse ne fut, en substance, que «la galerie sera ouverte de 6h à 20h30, le reste du temps, il faudra contourner». D’une part, elle ne répond pas aux remarques des habitants, d’autre part elle est en contradiction avec ce qui avait été exposé lors de la réunion de présentation du projet qui évoquait alors une fermeture aprés la sortie des salles de cinéma.

Certes, la situation actuelle —traversée «sauvage» de la départementale, puis du parking est loin d’être satisfaisante, mais la restructuration du centre aurait pu être l’occasion d’améliorer cette circulation des piétons.  Ma question est donc : «qu’allez-vous envisager dans ce but avec le Maître d’ouvrage ? Par ailleurs, la galerie sera-t-elle ouverte le dimanche ? »

Joël Regnault a répondu qu’il souhaitait que l’ouverture la galerie coïncide avec les horaires des restaurants et cinémas et qu’il négocierait avec les trois sociétés privées cet allongement de l’horaire de passage… Des souhaits et des promesses —nous saurons les rappelr en temps utile—, mais encore une fois, l’intérêt général reste soumis au bon-vouloir des sociétés privées.

2° Projet immobilier « classieux »

Le dernier point de l’ordre du jour du conseil du 24 juin dernier portait sur l’ouverture d’une enquête publique préalable au déclassement d’une parcelle du domaine public qu’on connaît sous l’appellation de « parking de la chapelle Saint-Jean ».  Cette enquête publique est rendue nécessaire du fait d’un projet immobilier concernant à la fois l’ex-chapelle et son parking ; il est incontestable que cet ensemble très dégradé ne saurait rester dans l’état actuel, la question est de savoir quelle destination pourrait lui être attribuée : réhabilitation et mise à disposition des associations plaisiroises, comme l’avait proposé l’opposition en 2004, transformation en parking comme cela a pu être évoqué à l’époque par la majorité, création d’équipements collectifs… Destinations, somme toute, utiles aux Plaisirois (voir Contrepoint n°9 de novembre 2004), comme pourraient l’être aussi des logements accessibles aux jeunes ménages car on sait que la demande est forte dans la ville.  mais voilà, un tel secteur, proche d’une gare tête de ligne pour Paris est bien attractif pour les promoteurs  qui cherchent de juteuses affaires et, comme on l’a déjà constaté avec la Boissière ou les Peupliers, Joël Regnault n’a rien à leur refuser… J’ai donc été amené à poser les deux questions suivantes :

Monsieur le Maire,

Nous ne désapprouvons pas le principe du déclassement de cette parcelle, dans la mesure où la destination du projet est bien dans l’intérêt de nos concitoyens.  En effet, de nombreux jeunes Plaisirois sont en quête de logement sur notre territoire.  Ce projet, toutefois, soulève deux questions : d’abord en ce qui concerne sa nature d’ «opération immobilière de qualité» ; est-ce compatible avec la demande plaisiroise ou ne s’adresse-t-on pas plutôt à une clientèle plus nantie cherchant un logement à proximité d’une gare, de surcroît tête de ligne ?

La deuxième question est bien sûr celle du stationnement.  La création de places supplémentaires par l’aménagement du parking de la gare le long de l’avenue du 19 mars  est un point positif car il répond à un besoin évident, tant les véhicules des usagers du train envahissent les rues du quartier.  Mais la destruction du stationnement près de la chapelle St-Jean nous ramène à la situation initiale, ou peu s’en faut, d’autant que la densification de la population par un nouveau projet immobilier dans cette zone, qui a un COS de 2, apportera un surcroît de véhicules.  Qu’envisage la Municipalité pour faire face à cette situation ?

JR n’a semble-t-il entendu qu’un mot dans mes questions, et il l’a fait bondir, c’est « nantis » — Voilà bien un mot de communiste ! a-t-il éructé, et d’ajouter le couplet habituel de la droite sur le grand mérite des riches qui créent de l’emploi pour les autres, etc., etc. Alors, oui, le projet sera plutôt luxueux, « classieux » pour citer son élégante expression.  Bref, un projet pour nantis, les jeunes Plaisirois, eux, passeront après l’intérêt des promoteurs.  Chacun appréciera.  Quant aux place de parking, il a éludé la question en déclarant, ce qui n’était pas le point précis abordé, que la résidence aurait son propre parking — ce qui, chacun le comprendra, ne change rien au fait qu’elle réduit quand même la quantité de places disponibles à proximité de la gare.

Bon, tout ça est un peu long et fastidieux, mais il me semble normal de rendre compte de ce que nous faisons au conseil Municipal en ne nous contentant pas de l’optique bien orientée du l’Essentiel.  Passons donc au Conseil d’avant-hier.

3° Un nouvel Adjoint aux Finances

D’abord, la Ville change d’Adjoint aux Finances, Philibert Adebiaye a démissionné et Patrick Ginter lui a succédé.  Cela ne manque de nous remettre en mémoire la séance du Conseil de mars dernier.  Cette démission serait due à l’accident de santé qu’a connu M. Adebiaye avant les vacances, ce serait un procès d’intention que nous ne ferons pas de penser qu’il y a peut-être d’autres raisons, même si la saison dernière, avec les articles de Capital et du Monde fut éprouvante pour les responsables des finances…  Bon, le Conseil a choisi un nouvel adjoint — Moi, j’ai voté Eric Woerth : il paraît qu’il est doué pour ramasser le pognon auprès de la rupinaille (euh… pardon : pour collecter les dons auprès du premier cercle des amis de Nicolas Sarkozy), mais iIl paraît que ce n’est pas comme ça qu’on choisit un adjoint et mon vote a été déclaré « nul », comme celui de la personne qui a voté Liliane Bettencourt, c’était pourtant aussi un bon choix, non ?  L’Adjoint change, mais la politique, à en croire les premières déclarations, restera la même.  Affaire à suivre…

4° encore des cadeaux aux investisseurs privés

Nous avons eu aussi à délibérer d’une exonération totale de la part municipale de la Cotisation Foncière des Entreprise (CFE, qui remplace la taxe professionnelle) pour la société Cap’cinéma.  L’impôt n’a décidément la dent dure que pour les pauvres !  C’est là un sujet dont on avait déjà eu à débattre.  Une partie du groupe a choisi de s’abstenir ; les élus PCF se sont opposés et j’ai fait l’explication de vote suivante :

Monsieur le Maire,

Une explication de mon vote et une question.

Patrick Gérault, qui était alors président du groupe de la Gauche Plurielle écrivait dans sa tribune de l’Essentiel de décembre 2007 que L’opposition, interdite de siéger au conseil d’exploitation de la régie municipale du cinéma, n’avait pu débattre de l’opportunité de l’implantation d’un multiplexe privé, ni défendre le maintien d’un cinéma au service de tous.

Ce sont là les conditions dans lesquelles, sans la moindre concertation ni information de la population ni même le commencement d’un débat républicain avec l’ensemble des élus, vous avez mis les Plaisirois devant le fait accompli en bradant le cinéma Becker.  Et je dis bien «brader» puisque la somme initiale, déjà bien modique de 80.000 € pour la cession de la licence d’exploitation, du fonds et de l’ensemble des équipements, a été ramenée à 40.000 € .

Ce cadeau ne devait pas suffire à l’investisseur privé, puisque l’exonération prévue de 30 à 66 % de la part municipale de la TP a été portée à 100% au prétexte du maintien d’une activité Art et Essai.  J’affirme qu’il s’agit bien là d’un prétexte, car ce nouveau cadeau, n’a aucune contrepartie réelle : en effet, la société Cap’Cinéma a fait de l’activité Art & essai un axe essentiel de sa stratégie commerciale partout où elle s’implante.  Dans un communiqué de presse du 29 mai 2009, elle le revendique clairement, je cite :

« Parallèlement au développement des multiplexes, la particularité de CAP’CINEMA est de maintenir une politique Art et Essai importante dans l’ensemble de ses salles, soit directement dans les multiplexes, soit en conservant les salles de centre-ville et en les dédiant totalement à l’Art et Essai.»

C’est une activité dont on ne peut que se réjouir, mais elle n’est pas ponctuellement liée à une exonération locale : c’est une constante du groupe. Cela m’avait fait dire le 25 juin 2009 que cette faveur était indue, puisque sans rapport avec l’activité Art et Essai, je le maintiens aujourd’hui : ce n’est bien qu’un cadeau de plus à l’investisseur et non une initiative culturelle destinée aux Plaisirois.

D’ailleurs, ce genre de faveur s’inscrit bien dans la lignée nationale des exonérations, dégrèvements aux entreprises et autres remboursements d’impôts aux citoyens les plus nantis —je sais que vous n’aimez pas le mot, mais il correspond bien à une réalité et elle est souvent peu honorable, ce que l’actualité illustre assez bien en ce moment ! Et tous ces privilèges, au niveau du pays, n’ont fait la preuve que de leur inefficacité et de leur injustice au regard des divers prétextes censés les justifier.

La bonne question est de savoir à quoi servent les taxes : elles servent à faire le Service Public, c’est-à-dire davantage de justice, davantage d’égalité.  Renoncer aux taxes, c’est contribuer à le détruire; et détruire le service public, c’est laisser la place à l’initiative privé, dont la caractéristique essentielle est de chercher non l’égalité de tous et l’intérêt général, mais d’abord et surtout le profit de ceux qui la mette en œuvre.

De surcroît, CAP’CINEMA, qui n’est pas une petite entreprise indépendante, mais un groupe exploitant une douzaine de salles ou de complexes en France et en Suisse, n’a pas repris les 11 salariés de Becker, ce que, M. le Maire, vous avez  dû admettre au Conseil du 25 juin 2009 alors qu’à celui du mois de septembre précédent vous aviez déclaré que si tel était le cas, la ville ne rétrocéderait pas sa licence et continuerait l’exploitation jusqu’au terme du bail et même, je cite le procès verbal, vous aviez précisé que si la situation ne parvenait pas à être débloquée, la ville demanderait au groupe Vastned l’autorisation de poursuivre l’activité jusqu’à ce que les travaux soient initiés… Ce n’était là que rodomontade : il n’en fut évidemment rien.

Vous aviez lors de ce même conseil de juin 2009 refusé de répondre à la question que je vous avais posée sur le caractère provisoire de cette exonération : on comprend mieux aujourd’hui votre pudeur d’alors ! Je voterai donc contre cette exonération de 100% là où 33% aurait bien suffi et j’ajoute une question à cette explication de vote : quand le multiplexe ouvrira ses portes les tarifs actuels seront-ils maintenus ou s’aligneront-ils sur ceux des salles de projection comparables de la région ?

Et encore une fois, je n’obtins pas de réponse.  Ce qui d’une certaine façon en est une : d’une part, il ne pouvait contester aucune de mes affirmations, car toutes étaient actées sur des pièces officielles, et d’autre part, gageons que les tarifs du futur multiplexe plaisirois s’aligneront sur ceux des autres complexes, ce qui montre bien que sa vocation est moins de satisfaire les besoins culturels de nos concitoyens, que, dans le cadre du centre commercial, de drainer une large clientèle, pour générer toujours plus de profit pour les investisseurs.

5° Une drôle de cuisine pour 200 000 €…

Le dernier point, dont on parlera brièvement aujourd’hui —mais nous aurons sûrement l’occasion d’y revenir — concerne la résiliation du contrat de concession de restauration collective pour 20 ans à la société RGC, contrat qui date du 30 juin 1992.  Selon l’équipe municipale, des difficultés et incidents —mais on ne saura jamais trop lesquels— on conduit, sur décision du Maire à la fermeture temporaire de la cuisine centrale en juin dernier.  Présenté ainsi, et s’il s’agit de mettre en œuvre le principe de précaution, il n’y aurait qu’à se louer de cette initiative, mais voilà, quand il s’agit d’entrer dans le détail de ce qui est reproché au prestataire, le Maire est bien vague, par contre il reconnaît qu’il souhaitait rompre depuis longtemps et qu’il a saisi l’occasion…

Si le prestataire a manqué à ses devoirs au point de créer un risque pour les usagers qui motive une fermeture temporaire, une résiliation pour faute grave s’imposait.  Cependant, notre JR a choisi une résiliation conventionnelle qui ne coûte pas moins de 200 000 € à la Ville !  Et la Ville, vous le savez, c’est le contribuable plaisirois : vous, moi (mais pas Cap’cinéma…), et c’est 200 000 € de service public en moins.  Et cela à seulement deux ans de la fin du contrat.  Entre la discrétion sur les motifs et la hâte à rompre avant l’échéance, il y a comme une incohérence, et au moins, au regard de la sécurité alimentaire des usagers de la cuisine centrale, un inadmissible, mais hélas habituel, manque de transparence.  Pour ces raisons, les élus de l’opposition de gauche ont voté contre cette résiliation.  Reste que si les motifs étaient valables, le Maire avait le devoir de les rendre publics, sinon, nous aurons à nous interroger sur les raisons de cette mesure brusquée.

Voilà des sujets dont on aura probablement l’occasion de reparler, mais ça suffit pour ce soir.  la prochaine fois, promis ce sera moins long.

Salut et fraternité,

JPR

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