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Samedi 2, puis mardi 12…


manifestation du 23 septembre

On annonçait une journée pluvieuse et un niveau d’alerte rouge du plan vigie-pirate pour risque d’attentat islamiste, et si la presse nationale ne pouvait totalement occulter la journée d’action du jeudi 23 septembre pour le retrait de la contre-réforme Woerth-Sarkozy des retraites, elle savait habilement mettre en avant les aspects les moins mobilisateurs…

Ne considérons que les journaux vaguement de gauche, comme Libé qui, le 22, soit la veille du mouvement titrait à sa Une « Guerre de succession à droite » ou Le Monde qui mettait en avant un sondage… sur la fiscalité : non, le lendemain, il ne se passerait rien !  Le jour même de la manif, le premier mettait certes en exergue « Un climat de révolte » (notez que ce n’est qu’un « climat » et que la « révolte », même justifiée, est en général stérile), titre principal qui était assorti de « Menace terroriste réelle » (soyez prudent : restez chez vous !), tandis que le second, encore plus hypocrite barrait sa Une avec « La réforme des retraites bute sur la question des inégalités hommes-femmes » comme si c’était là le seul problème et qu’un compromis trouvé sur ce point suffirait à tout résoudre… Et bien sûr, d’ajouter aussi : « La France cible privilégiée de l’AQMI ».

Je vous passe les autres titres, le record en la matière étant détenu (en dehors du Figaro, hors-concours) par la presse quotidienne régionale : La Montagne s’inquiète sur 5 colonnes pour les cèpes auvergnats ; l’Indépendant Catalan consacre le même espace de sa Une à un immeuble neuf à Perpignan ; pour le Petit Bleu du Lot-et-Garonne, le danger, sur toute la largeur,  vient des seniors au volant et  Nice-Matin, sans démagogie aucune, choisit le thème des radars routiers. La palme revient sûrement à Nord-Eclair qui s’interroge sur une actualité brûlante : « 2010 : quelle place pour Dieu ?».

Le lendemain de la manifestation, on retrouve le même mot à la Une de Libé et du Monde : la mobilisation « reste » élevée…  Et certes, il y avait du monde dans les cortèges, mais le sens profond du message est dans le petit mot « reste » : c’est un peu comme si je choisis de dire que le verre est déjà à demi-plein, ou qu’il l’est encore… Dans le premier cas, il se remplit, dans le second, il se vide, même si la réalité objective du contenu reste identique.  Pourquoi utiliser ce « reste » quand la mobilisation est élevée, sinon pour faire écho au discours gouvernemental d’une décélération du mouvement ?  Ça doit être là un des aspects du travail idéologique qui consiste à donner une orientation argumentative à des éléments objectifs, car, dans le fond, pour eux, cette réforme-là est nécessaire — avec quelques aménagements là où l’injustice est trop criante (la pénibilité, les femmes…), mais bien celle-là, et non une autre qui chercherait ses ressources auprès du capital et de ce fait dérogerait aux règles eurolibérales.

À cela s’ajoute des prises de positions politiques qui ne sont pas de nature à renforcer la mobilisation : d’une part, le Parti de Gauche axe sa campagne (avec Ségolène !) sur la nécessité d’un référendum — Non que je sois contre l’idée d’une consultation populaire sur les retraites mais elle brouille le message : ce qui est urgent, c’est le retrait et de la remise à plat de la réforme avec une vraie négociation ; la consultation populaire, pourquoi pas ? Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs et commençons par faire retirer cette loi injuste, d’autre part —et surtout— le PS proclame que s’il revient au pouvoir, il rétablira l’âge de départ à 60 ans — Fort bien, me direz-vous, il n’y a qu’à attendre 2012 et bien voter à ce moment, à quoi bon aujourd’hui faire grève et s’épuiser dans des luttes face à un pouvoir autiste qui ne cède rien, quand on peut espérer que dans deux ans la question serait réglée politiquement ?  Décryptons mieux le projet socialiste : il ne règle en rien l’injustice fondamentale, puisqu’il maintient l’allongement de la durée de cotisation et condamne donc ceux qui partiraient à 60 ans à des pensions de misère : il se refuse toujours au constat qu’on ne peut pas faire de « social » dans le cadre eurolibéral actuel.

Reste quand même qu’au-delà de ces contradictions qu’il ne faut certes pas ignorer, l’essentiel est qu’aujourd’hui la gauche entière et les syndicats présentent un front uni contre la réforme Woerth-Sarkozy. Le gouvernement, c’est sûr, fera tout pour le fissurer —concessions hypermédiatisées, matraquage idéologique, tactique de division… À nous de maintenir, envers et contre tout (car l’union est un combat, comme disait Etienne Fajon) ce front uni, et la meilleure façon de le garantir est notre mobilisation massive.  l’ampleur des cortèges de samedi doit en être la preuve manifeste, aucun observateur, aucun média ne doit pouvoir parler de tassement, recul ou autre démotivation : personne ne doit faire défaut ce jour-là, ni mardi 12, ni, qui sait, mercredi 13 et les jours suivants…

JPR

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