Contrepoint » « Comme la robe d’un géant sur un faussaire nain »

« Comme la robe d’un géant sur un faussaire nain »

Selon le dernier sondage CSA (29 et 30 septembre), 71 % des Français expriment leur soutien (51%) ou leur sympathie (20%) pour le mouvement de lutte contre la réforme Woerth-Sarkozy des retraites. L’évolution de ce chiffre au cours du mois est particulièrement intéressante, face aux mensonges officiel sur la prétendue décélération du mouvement : à la veille de la manifestation du 7 septembre, ils étaient 62 %, avant celle du 23, 68 % et maintenant 71 %.  Et il ne faut pas s’arrêter là dans l’analyse des chiffres : 17 % sont indifférents ou ne se prononcent pas ; il ne reste que 8 % à marquer une opposition et seulement 4 % sont franchement hostiles !  Rien à voir avec le bilan du locataire provisoire de l’Elysée : la cote de popularité de Nicolas Sarkozy a  chuté à 26 % (TNS du 30 septembre); il n’y a que le Chirac du déclin, d’après le référendum de 2005 qui soit descendu plus bas…

D’une part, ces sondages révèlent que le soutien populaire au mouvement ne se dément pas, et d’autre part, la large mobilisation unitaire dans les manifestations montre la détermination des salariés à ne rien lâcher — c’est le message des pancartes, banderoles et slogans —, ni sur l’âge de départ, ni sur les annuités. Ce rapport de force face à un gouvernement qui a la volonté de ne rien toucher du cœur de son projet est une des expressions actuelles de la lutte des classes ; une lutte consciente et revendiquée dans les cortèges, ce que traduit l’immense succès de l’autocollant « Je lutte des classes« , même auprès des militants de formations politiques ou syndicales habituellement “modérées. La réappropriation populaire de ce vocabulaire d’une gauche de combat montre bien que le niveau de conscience est monté d’un cran.  Cela est dû,  bien sûr, au sentiment de révolte devant l’injustice de la contre-réforme des retraites, mais aussi, pour une bonne part, au bénéfice réel que procure l’unité syndicale : elle conforte les salariés dans le sentiment que leur action est juste et elle leur donne conscience de leur force en tant que groupe solidaire.  Les victoires de 1995 contre le plan Juppé et de 2006 contre le CPE furent en grande partie conditionnées par cette unité (même si en 95, la direction de la CFDT était opposée à une grève reconductible, de nombreuses fédérations s’étaient associées au mouvement); a contrario, l’adoption de la contre-réforme Raffarin-Fillon des retraites en 2003 fut rendue possible par le lâchage de la CFDT et de la CGC le 15 mai. Et aussi par l’absence de perspective politique.

Nous sommes maintenant, après les journées d’action échelonnées du printemps à l’automne, dans une nouvelle étape du mouvement qui doit se durcir pour faire fléchir le gouvernement —car c’est possible !—, mais un durcissement qui doit préserver l’unité syndicale.  Et pour cela, il est certainement difficile pour l’intersyndicale de maintenir son unité entre, par exemple, des organisations comme Solidaires ou FO qui appellent à la grève reconductible, voire générale, et la CFDT dont le discours n’est pas toujours bien clair, ni sur les annuités, dont, dans la continuité de la réforme signée en 2003, le nombre devrait augmenter, ni sur les « contreparties nécessaires » (carrières longues, pénibilité…) que cette centrale jugerait acceptables pour se coucher —mais là aussi, le lâchage de 2003 et l’hémorragie qui s’ensuivit  pèsent lourd et incitent les cédétistes à rester dans l’intersyndicale pour à ne pas endosser une fois de plus la défroque de la social-trahison.

Alors, le rebond doit venir d’une généralisation de la grève par la base. Elle démarre dans les transports : RATP, SNCF ont déposé des  un préavis de grève illimitée à partir du 12 ; par ailleurs la grève contre la réforme portuaire ne faiblit pas et constitue aussi un indice du mécontentement général, de même que les lycéens et étudiants qui ont entamé des blocages aujourd’hui dans le Sud-Ouest.  Avec 71% de la population favorable au mouvement, on peut espérer un scénario du même type qu’en 1995.  Le gouvernement, d’ailleurs, le redoute et cherche à passer en force : après l’avoir fait à l’Assemblée Nationale et avoir annoncé deux petits amendements concédés aux centristes, il demande au Sénat « l’examen en priorité », dès ce soir, des articles 5 et 6 de la Loi, justement ceux portant sur les 62 et 67 ans !

La citation extraite de Macbeth que le Théâtre du Soleil affiche sur une banderole dans les manifestations décrit parfaitement la situation de cette fin de règne : « A présent des révoltes incessantes lui reprochent ses parjures. Ceux qu’il commande n’agissent que sur commande. Rien par amour. Et maintenant il sent son titre qui pend, flasque, sur lui comme la robe d’un géant sur un faussaire nain

Pas de journée sans l’expression de la protestation !

Photos de la manifestation du 2 octobre

Rassemblement au Sénat, 5 octobre, jour de l’ouverture du débat

Du Fouquet’s à l’Elysée, 6 octobre, les élus Communistes, Républicains et du Parti de Gauche ont fait une marche hautement symbolique pour porter à l’Elysée les cartes-pétitions signées par des centaines de milliers de Français.

JPR

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