«…ces bons à rien qui nous pourrissent la vie…»

Manifestation lycéenne du 21 octobre (cliquer sur l'image)

Quelques mots sur le Conseil municipal de ce jeudi, mais je garde cet épisode rigolo pour la fin du billet : au moins vous lirez jusqu’au bout ! Tout de suite, bien sûr, parlons de la poursuite du mouvement contre la réforme des retraites : pas de journée sans manifestation, sans actions syndicales et le soutien de la majorité des Français ne se dément pas. Sept sur dix, aujourd’hui continuent à approuver les syndicats et les manifestants !  Sarkozy disait naguère s’inspirer du philosophe communiste italien Gramsci qui avait observé que les victoires politiques étaient précédées d’une victoire culturelle — on dirait de nos jours une victoire idéologique — c’est-à-dire réussir à faire partager à la majorité un discours sur la société, le monde, l’économie, le travail, etc. C’est  en partie ainsi qu’il a remporté l’élection présidentielle de 2007, en imposant à suffisamment de Français sa représentation libérale du monde à travers des valeurs détournées, réduites, trahies, mais habilement argumentées et matraquées à l’envi par les appareils idéologiques de la classe dominante (Mais à qui donc appartiennent chaînes de télé, journaux et autres médias ? Et combien de ces heureux propriétaires étaient au Fouquet’s un certain soir ?).

Aujourd’hui, on pourrait appliquer à Nicolas Sarkozy, la réplique-culte du film « La cité de la peur » : « On peut tromper une fois mille personnes. On peut tromper mille fois une personne. Mais on ne peut pas tromper mille fois, mille personnes…». Chaque jour confirme l’ampleur de la défaite idéologique qu’il vient de subir : il gagnera peut-être temporairement et par la coercition les batailles politiques qu’il mène pour imposer ses réformes libérales, mais il a définitivement perdu la bataille de l’Opinion !   A l’échec du « Président du pouvoir d’achat » est venu s’ajouter le terrible discrédit moral de l’apothéose du « Président des riches« , arrogant triomphe d’une insupportable injustice sociale et d’une politique qui, sans vergogne, la renforce chaque jour. L’Opinion a basculé, la messe est dite, les perroquets officiels ou officieux — porte-parole, « experts » ou journalistes-laquais — ânonnent les mêmes mots sans être écoutés, mais la bête reste malfaisante, et veut imposer de force ce pour quoi elle n’a pas obtenu l’assentiment populaire : mensonges (sur l’ampleur du mouvement), répression (des grévistes, des jeunes, lacrymo, flash-ball…),  provocations (voir en bas de page), criminalisation de l’action syndicale (menace systématique de la justice pénale), toute la panoplie antisociale de la pire des droites.

Alors, que faire ?  Céder ?  Sûrement pas.  Attendre une hypothétique revanche politique en 2012 ? Encore moins !  D’autant que sans faire de procès d’intention, on ne peut guère compter sur un DSK, ni même une Martine Aubry pour s’en prendre réellement aux politiques eurolibérales qui dictent ces réformes injustes ; c’est maintenant que, fort du soutien populaire, nous devons faire reculer le pouvoir, que la loi soit votée ou non par le parlement : la seule légitimité aujourd’hui est dans le peuple, telle celle du syndicaliste que vous avez certainement vu au journal télévisé et qui lance avec une admirable dignité aux gendarmes mobiles venus briser la grève : « vous faites votre mission, mais baissez les yeux au moins !»

Alors, on continue, on durcit s’il le faut, mais, aussi injustes et aussi brutaux que les rendent leur défaite idéologique, on ne lâche rien. Nous étions dans la rue le 19 octobre, les lycéens sont venus manifester devant le Sénat le 20, et le 21, ils étaient encore sur les boulevards parisiens… Prochaines étapes le 28 octobre et le 6 novembre : venons-y tous, amenons nos amis et, entre temps, impliquons-nous dans toutes les initiatives locales.  Encore une fois, ne cédons rien.

On aura sûrement l’occasion d’en reparler, mais venons-en au Conseil Municipal de ce jeudi à Plaisir.  Peu de sujets importants étaient à l’ordre du jour et nous nous sommes couchés tôt ; je n’aurais pas eu grand chose à raconter si incidemment JR ne nous avait laissé voir deux bien tristes aspects de son sens des valeurs républicaines et de son souci de ses administrés.

Les deux derniers points de l’ordre du jour portaient sur le déclassement de la parcelle dit « parking de la chapelle St-Jean » et le projet immobilier qui doit se substituer à cet édifice vétuste.  Ce point avait déjà été abordé, en vue de l’ouverture d’une enquête publique, au mois de juin (billet de septembre sur cette question) je suis donc intervenu pour dire en substance ce que j’avais écrit ici même :

Monsieur le Maire,

Certes, cet ensemble très dégradé ne saurait rester dans l’état actuel, la question est de savoir quelle destination pourrait lui être attribuée : réhabilitation et mise à disposition des associations locales, comme l’avait proposé l’opposition en 2004, transformation en parking comme cela a pu être évoqué à l’époque par votre majorité, création de logements accessibles aux jeunes ménages plaisirois —et on sait que la demande est forte— ou encore réalisation d’équipements collectifs… Destinations utiles à nos concitoyens.  Mais voilà, un tel secteur, proche d’une gare tête de ligne pour Paris est bien attractif pour les promoteurs  qui cherchent de juteuses affaires et, comme on l’a déjà constaté avec le triangle de la Boissière ou les Peupliers, vous n’avez pas grand chose à leur refuser.

Par ce choix d’un ensemble immobilier «classieux» selon votre propre terme du mois de juin, vous confirmez que vous préférez offrir l’avantage d’une gare directe pour Paris à un public extérieur de nantis plutôt qu’à vos administrés, condamnés de ce fait à chercher ailleurs, et sûrement plus loin, un logement conforme à leurs besoins et aussi à leurs moyens.

Pour ces raisons, sans être opposé au principe du déclassement mais par contre en l’étant à la destination que voulez donner à ces parcelles, je n’approuverai pas cette délibération et m’abstiendrai.

Il n’a évidemment rien eu à répondre, mais a bien précisé que si nous votions contre la délibération il nous excluait de la « commission ad-hoc » chargée d’étudier les projets soumis par les constructeurs-promoteurs immobiliers !  Quelle illustration de son sens républicain de la démocratie municipales ! Nous n’avons pas eu à nous tordre le bras pour nous abstenir puisque c’est ce que nous avions décidés, mais il faut bien reconnaître qu’un tel procédé est indigne d’un élu de la République.

Si ne pas répondre aux critiques est sa nouvelle tactique pour éviter les dérapages ridicules dont il est coutumier, il s’est néanmoins, en la matière, rattrapé par le suite…  En effet, l’élu MoDem, Bruno Tabary a posé une question (c’est déjà un évènement en soi !) en dehors de l’ordre du jour — je ne crois pas que tout le monde, dans l’opposition, aurait bénéficié du privilège de pouvoir s’exprimer ainsi hors des règles, mais on sait que le MoDem n’est pas vraiment de l’opposition et par cette intervention, il ne faisait que tendre la perche au Maire… M. Tabary a donc fait état d’une inspection sanitaire des écoles construites sur site pollué, ce qui concerne, à Plaisir, l’école Saint-Exupéry, édifiée sur une parcelle où il y a eu jadis un garage — on n’est certes pas dans le cas de la maternelle de Vincennes, construite sur le site de l’ancienne usine Kodak et où a été décelé un nombre alarmant de cancers pédiatriques au point qu’elle ait été fermée, mais il est légitime pour la santé publique — et à plus forte raison celle des enfants — qu’on procède à toutes les vérifications sanitaires nécessaires.  Tel n’est pas le point de vue de notre JR qui a saisi le prétexte de cette question pour se livrer à une violente diatribe contre « les gens qui inspectent » (pourtant dans l’intérêt de nos enfants) qualifiés de « bons à rien qui nous pourrissent la vie » et qui sont « payés inutilement » (sûrement comme tous les fonctionnaires, dans son esprit).  Espérons —sans illusions— que sa déclaration sera retranscrite intégralement dans le procès-verbal du Conseil.  A moins que la question ait été posée sciemment hors de l’ordre du jour pour que cela ne soit pas le cas…  Les Plaisirois apprécieront !

JPR

J'ai moi-même vu des trentenaires encapuchonnés (pour cacher l'oreillette ?), souvent avec un autocollant syndical dans le dos, en groupe, une heure avant la manifestation autour des véhicules de police…

4 Commentaires sur

«…ces bons à rien qui nous pourrissent la vie…»

  • Michel |

    Bravo l’ami pour tout ce travail, ce billet et ces très belles photos !
    Michel

  • JPR |

    Salut Michel, tu as noté sur ton agenda le salon de la photo, j’espère… Je compte y aller soit le vendredi après midi (je suis pris jusqu’à midi), soit le dimanche : le samedi, on manifeste. Qu’en penses-tu ?

  • A.L. |

    OUI : bravo aux manifestants !
    Merci pour les photos.

  • JPR |

    Aujourd’hui les élus manifestent au Champs-Elysées à midi et les jeunes, ensuite, au Sénat…
    Ne lâchons rien, même si la propagande officielle veut faire croire que tout est bouclé : on continue ! Et jeudi, tous à la grande manif !

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