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Jusqu’à la nausée !

Je dois être masochiste : je continue à regarder les journaux télévisés et les émissions politiques.  Comme pour vérifier chaque fois un peu plus que nos « grands journalistes » (ceux à un million d’euros de salaire annuel) sont bien les laquais du pouvoir.  Avant hier, c’était Yves Calvi qui demandait avec insistance à Thibault et Chérèque « maintenant que tout est fini, vous continuez à appeler à la grève jeudi ?« .  Ça me rappelait le Pujadas qui demandait à Xavier Matthieu s’il regrettait les violences des Contis (ce qui lui a valu d’être traité de salaud et de larbin par Mélenchon).  Ça me rappelait aussi le matraquage de 2005 pour le « oui » à la constitution libérale…

Ce qui est scandaleux, c’est autant la question posée que le présupposé affirmé que tout ne serait fini.  Non, tout n’est pas fini, ni la procédure législative tant que la loi n’est pas promulguée, ni la légitime protestation populaire contre une loi injuste, même promulguée ; est-on en train d’interdire les mouvements sociaux contre des lois antisociales ?  Si c’était le cas, il serait prohibé de manifester pour quelque progrès que ce soit puisqu’il ne serait évidemment pas conforme à la loi actuelle !

Ensuite, la question « continuez-vous à appeler… »: quel est donc le rôle d’un journaliste ? Éclairer l’opinion sur un évènement ?  Alors, il doit faire préciser les motifs de la grève ou de la manifestation.  Il est évident, ici, que nous avons une fausse question : la réponse — l’appel à manifester demain — est connue de tous, du journaliste aussi bien que du téléspectateur ; son but est donc moins d’obtenir une réponse que de créer l’inférence de l’inutilité du mouvement, de faire croire que la ratification parlementaire mettait un terme à l’épisode ; bref, ce n’était pas une question en dépit de la forme interrogative mais une affirmation.  Ce n’est plus un journaliste, mais un idéologue qui est au travail ; ce n’est plus de l’information mais de la manipulation.

Au printemps dernier, l’antienne officielle était « les Français sont raisonnables, ils ont bien compris qu’on ne pouvait pas faire autrement« … Pas de chance, sondage après sondage, le rejet de la réforme n’a fait que s’accentuer et aujourd’hui 7 sur 10 de nos concitoyens la refusent !  Le couplet est alors devenu « comment y échapperions-nous, tous les autres pays l’ont fait ?« .  Mais voilà, des syndicalistes, les quelques journalistes qui ne sont pas à la botte du pouvoir et de simples citoyens sont allés voir et au résultat  : systèmes de calcul, âge de départ, annuités, montant des pensions… tout est différent selon les pays, mais c’est en France que la « réforme » s’applique avec le plus de brutalité — et de toute façon, les politiques libérales à l’œuvre sont les mêmes dans toute l’Union, qu’elles soient appliquées par une droite brutale ou une gauche qui se couche : ce sont ces choix libéraux, qui sont aussi des choix fondamentaux de société, que notre peuple conteste actuellement.  Et il n’est pas seul dans cette contestation et fait même l’admiration des travailleurs européens, mais le nouveau refrain du pouvoir est « quelle image donnons-nous à l’étranger !« .  Ce que nous donnons, c’est un exemple, et mieux nous le donnerons, plus il sera suivi.

Aujourd’hui, incidemment, on apprend que nous allons être un peuple de centenaires.  Mettre cette information à la Une de tous les JT —à la veille de la 8ème grande journée d’action sur les retraites— n’est assurément pas une manipulation idéologique, pas plus que d’avoir voté à marche forcé la loi au Sénat comme à l’Assemblée Nationale n’a été une tactique politicienne pour empêcher le débat et prendre de court de mouvement en le mettant devant le fait accompli.  Mais trop, c’est trop, et comme en 2005, ce matraquage, infligé jusqu’à la nausée, se retourne contre ses auteurs.

Manifestation après manifestation, les commentateurs serviles n’ont cessé d’affirmer contre toute évidence le recul de la mobilisation, mais sondage après sondage leur propos était démenti par la croissance du soutien populaire. Il est certain que la coïncidence des vacances de la Toussaint et du vote final de la loi est une tentative du pouvoir d’en finir avec cette mobilisation.  Réussiront-ils ?  je ne le crois pas, pas plus qu’ils n’ont réussi à opposer une partie importante de la population aux grèves et blocages, et cela parce qu’ils ont perdu la bataille de l’opinion, dès lors, passer en force ne fera que grandir le rejet populaire et par conséquent la détermination à les combattre. Par contre, c’est une nouvelle phase de l’action qui s’ouvre maintenant, inscrite dans la durée mais sans remettre la vengeance à 2012 : ne rien lâcher de la revendication d’une réforme juste avec taux plein à 60 ans, multiplier les initiatives locales, continuer à populariser nos solutions et aller plus loin —grève, blocage…— partout où les conditions sont réunies, mais en tout état de cause ne pas fermer le ban.  Au moment où nos concitoyens ouvrent les yeux sur la réalité eurolibérale, il nous appartient, sans nous substituer aux syndicats, mais bien dans notre rôle politique, de faire avancer les idées du Front de Gauche qui sont totalement en phase avec le mouvement social.

Demain, toute la gauche doit encore être dans la rue.  Samedi 6 aussi. Et tous les autres jours sur la brèche.

JPR

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