« Ils font les lois, nous sommes la légitimité ! »

Ce slogan vu dans une manifestation résume bien la contradiction à laquelle le pouvoir est aujourd’hui confronté, celle qui ne cesse de croître entre l’appareil législatif supposé encore républicain et la valeur fondamentale de la République : la légitimité populaire.  Au passage, cela permet aussi de réfléchir à l’aspect formel de cette démocratie telle qu’elle est conçue par les ploutocrates et instrumentalisée contre la volonté des peuples aussi bien au plan national qu’européen et international.

Ce caractère formel apparaît clairement quand un pouvoir qui a l’opinion contre lui et a déclaré lui-même ne pas détenir de mandat du peuple pour reculer l’âge de la retraite le fait malgré tout en se retranchant derrière le fonctionnement des institutions législatives, censées émaner justement de la volonté populaire mais ne servant plus alors qu’à la faire plier devant les exigences de la finance.  Ce n’est certes pas la première fois qu’il existe une divergence entre l’opinion majoritaire et la majorité parlementaire, mais cette fois, ce divorce crée une situation politique intéressante du fait que le désaveu populaire est exceptionnellement puissant et durable.

Le mouvement social contre la réforme Woerth-Sarkozy, se heurte à l’autisme du gouvernement qui n’a lâché jusqu’à présent ques de fausses concessions, bien limitées et prévues d’avance.  Elles n’ont convaincu personne ni entamé l’unité syndicale et la mobilisation de l’opinion ne désarme pas pour autant.  Certes, le discours officiel, dès le début, a été que ce mouvement s’essoufflait, s’étiolait, en était à son baroud d’honneur avant de replier ses drapeaux…  Ce discours répété en boucle n’est cependant pas venu à bout de la détermination, et l’opinion reste massivement hostile à la loi votée ; la manifestation de samedi prochain doit en être une nouvelle démonstration vigoureuse.

Que la loi soit finalement promulguée ou non, il importe désormais d’approfondir la conscientisation populaire que cet épisode -non clos !- a rendu possible.  Ce qui est remarquable dans le mouvement actuel, c’est que les gens se sont emparés des argumentaires politiques et syndicaux, les ont confrontés entre eux et au projet gouvernemental, se sont finalement appropriés la question, presque comme ils l’avaient fait en 2005 pour rejeter le traité libéral européen et qu’ils parviennent aujourd’hui aux mêmes conclusions anticapitalistes.  Dans les cortèges, cela se traduit par une floraison inhabituelle de pancartes personnelles (un échantillon ici) revendicatives, explicatives, humoristiques… faites avec les moyens du bord et où se lit aussi bien le dégoût moral qu’inspire le pouvoir actuel que la conscience qu’il s’agit bien d’une lutte classe contre classe qui ne laisse guère de place à des demi-mesures réformistes.

Il ne faut pas que ce peuple maintenant éveillé soit replongé dans la torpeur d’un traintrain électoraliste par des responsables politiques qui renverraient la suite du mouvement à 2012, ne laissant qu’amertume à l’issue du conflit et en promettant des lendemains roses auxquels personne ne croit plus.  C’est pourtant ce que semblait faire François Hollande dimanche soir sur i-télé en présentant l’élection présidentielle comme la revanche d’une lutte sociale ayant aujourd’hui échoué face au pouvoir et en affirmant la nécessité d’une coalition de la gauche avant l’élection pour battre Sarkozy, coalition, dont bien sûr, précisait-il « c’est nous [le PS] qui devons fixer le cap.»  A croire qu’il n’a rien entendu du mouvement actuel si ce cap est compatible avec celui de Zapatero, de Papandréou, du Schröder de Hartz IV ou du FMI !  S’il y a un cap à fixer, c’est à notre peuple de le définir sans attendre et de l’imposer comme enjeu des luttes sociales présentes et des combats politiques à venir, sans se laisser manipuler au nom d’un prétendu « réalisme » qui ne consiste jamais qu’à se coucher devant les exigences eurolibérales.  La conscience qu’on peut faire autrement grandit de plus en plus, c’est là l’axe principal de notre travail de militants de gauche, et ce n’est surtout pas de renvoyer à des calendes électorales (on n’ose pas dire « grecques »!) les exigences populaires.

Au moment présent, l’essentiel n’est pas joué, comme voudraient le faire accroire tous les propagandistes officiels et journalistes de cour (et ils sont nombreux !).  Qu’ont-ils donc remporté ? Une apparence de victoire législative, obtenue au mépris des procédures démocratiques des assemblées, un répit social gagné par la brutalité des réquisitions, mais ce sont autant d’aveux d’échec devant leurs difficultés politiques et la détermination des grévistes, et surtout ils ont subi une terrible défaite idéologique que les faux-semblants d’un remaniement ministériel ne feront pas passer au second plan. Ils n’ont plus de légitimité. Plus que jamais, aujourd’hui ne lâchons rien.

Et samedi prochain, encore une fois, tous dans la rue.

JPR

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