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Baroud d’honneur ?

Le grandiose « triomphe de la République » du communard Jules Dalou, place du Trône-renversé.

Alors, cette manifestation du 6, c’était un baroud d’honneur, un dernier tour de piste avant de se rendre à la sagesse de la décision gouvernementale ? Certainement pas, même si l’essoufflement est le refrain convenu de la presse B&B (Bouygues-Bolloré).  Il y a, certes, eu moins de manifestants sur le pavé, mais la colère est intacte et la détermination égale ; elles se traduisent aussi par une plus grande politisation des slogans : remise en cause de plus en plus radicale du système politico-financier, du capitalisme et de toutes les formes de libéralisme à travers lesquelles il régente notre société.

D’abord, il faut dire, sans chercher de faux-fuyants qu’il y avait effectivement moins de monde dans les rues, mais cela restait une grande manifestation, composées de deux cortèges distincts et fournis, ce qui est plus qu’honorable pour un samedi particulièrement pluvieux. D’une part, en effet, la météo était peu propice aux déplacements familiaux qui caractérisent habituellement les manifestations du week-end, d’autre part, le poids de la propagande officielle qui voudrait que tout soit terminé et l’autisme du pouvoir qui n’oppose qu’un mépris affable et paternaliste à toutes les démonstrations populaires depuis la rentrée (ce qui ne l’a pas empêché de tâter aussi de la provocation-répression vis-à-vis des jeunes…), constituent autant de facteurs qui expliquent cet apparent recul.  Je dis « apparent« , car si recul il y a, ce n’est que celui du nombre des manifestants ce samedi, mais en aucun cas de la conscience grandissante que la lutte du moment contre la réforme des retraites s’inscrit dans un contexte beaucoup plus large, celui de la lutte contre les forces libérales qui veulent imposer un véritable projet de société que notre peuple rejette et celui de la déchéance morale d’un régime de pouvoir personnel au service de l’argent.

Mais ce rejet du libéralisme et du système Sarkozy ne signifie pas pour autant l’adhésion à un projet politique de rechange, tout simplement faute d’existence d’un tel projet. En effet, la légitime aspiration populaire à ne pas subir de régression sociale  — dans un pays, de surcroît, où la productivité a explosé bien plus que la démographie — se heurte de plein fouet aux exigences des marchés financiers, aux clauses de stabilité du traité de Maastricht destinées à assurer la rente du capital et plus prosaïquement à la richesse de plus en plus insolente d’une oligarchie de possédants qui en veut toujours davantage.  Aucun projet politique de gauche ne sera crédible s’il ne remet pas en question la domination des marchés, les traités européens et l’ensemble des privilèges de cette oligarchie ; c’est à l’aune des dispositions fortes contre ces facteurs d’injustice sociale que devront être évaluées les propositions de programmes pour la présidentielle.  C’est dans cette remise en question radicale que devra s’élaborer celui du Front de Gauche, sans concession au fatalisme — que d’aucuns voudraient faire passer pour du réalisme. Il ne s’agit pas de battre Sarkozy, mais de changer fondamentalement de politique et de rompre avec toute orientation libérale, se prétendrait-elle « sociale » ; c’est dans une véritable co-élaboration populaire que ce programme doit être construit en débattant tous ensemble de ce que la gauche devra faire. La prise de conscience qui s’est faite au cours du mouvement contre la réforme des retraites doit être le ferment de cette élaboration commune qui, en retour, permettra aussi une nouvelle étape qualitative du développement des luttes.

Car nous n’en sommes pas encore à l’élection présidentielle, il ne s’agit pas de renoncer au combat contre la réforme des retraites au profit d’un mirage politique. Le mouvement continue, s’installe dans la durée mais désormais se traduit aussi par cette définition commune de ce que doivent être les priorités d’une gauche digne de ce nom.

JPR

Quelques images malgré le pluie…

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