21
Pyrrhus 1er, roi d’Epire
Catégorie: à Plaisir, dans les Yvelines, Communisme, en FranceÀ deux jours de la prochaine journée d’action de l’intersyndicale contre la réforme des retraites, et en guise d’appel à y participer, je voudrais faire un petit point de la situation. Précisons d’abord qu’il n’est pas question de se résigner parce que la loi a été promulguée : le combat continue et la prochaine étape n’est pas 2012, mais mardi prochain, et ce combat doit se faire selon deux axes : syndical, demander l’abrogation de la réforme et politique, continuer le travail de conscientisation populaire.
Il est certain que malgré l’ampleur et la durée du mouvement social, inégalées depuis 95 ou même 68, le gouvernement a imposé son projet, mais cette apparente victoire législative est digne de celle de l’antique roi des Molosses qui avait vaincu l’armée romaine et dont Plutarque dit : « qu’[il] répondit à quelqu’un qui célébrait sa victoire qu’ «encore une victoire comme celle là et il serait complètement défait». Il avait perdu une grande partie des forces qu’il avait amenées, et presque tous ses amis et principaux commandants ; il n’avait aucun moyen d’avoir de nouvelles recrues (…). Tandis que, comme une fontaine s’écoulant continuellement de la ville, le camp romain se remplissait rapidement et abondamment d’hommes frais, pas du tout abattus par la défaite, mais gagnant dans leur colère une nouvelle force et résolution pour continuer la guerre. »
Le roi de Neuilly, du Cap Nègre et de la villa Montmorency est dans une situation similaire : la réforme des retraites a été votée par les deux chambres et il a promulgué la loi, mais, ce faisant, il n’a pas seulement alimenté une colère passagère née le de la frustration de le perte d’un avantage acquis, comme aimeraient à le faire croire les communicants officiels et leur laquais, mais il a bien suscité une reflexion et un début de prise de conscience sur la nature de classe du pouvoir, celui d’une oligarchie, et de son chef, le président des riches. Nous nous trouvons donc dans une situation politique assez inédite où se conjuguent :
• une crise mondiale dont les responsables apparaissent de plus en plus clairement comme étant les élites économiques et les dirigeants politiques qui ont promu les choix libéraux ; ceux-ci s’incarnent en France dans le camp du « OUI » au référendum de 2005 ;
• une crise de la représentation nationale laquelle, tant du fait de l’abstention que de celui de sa trahison de la volonté populaire (souvenons de l’adoption du traité de Lisbonne par le Parlement à Versailles, avant celle de la réforme Woerth-Sarkozy) apparaît sans légitimité démocratique ;
• une crise morale qui nous révèle des élites ne pensant qu’à se gaver en pleine crise sociale, au sein d’un véritable système de corruption d’Etat, depuis les enveloppes de Mme Bettencourt jusqu’aux rétro-commissions du Karachigate, en passant par l’espionnage des journalistes, toutes choses qui, en plus du dégoût suscité, renforcent la délégitimation des prétendues élites qui en sont partie prenante ;
• une crise de la société française qui se traduit par le déclassement des couches moyennes : avenir bouché des enfants, précarité, souffrance au travail, baisse du niveau de vie…
Dans une telle conjonction de facteurs, tout peut se produire : on n’est même pas assuré que l’actuel président mène son mandat à terme, et, à droite la guerre de succession est ouverte : la bourgeoisie, qui n’a jamais mis tous ses œufs dans le même panier, cherche des solutions de rechange au cas où Sarkozy ne serait pas en position de l’emporter en 2012. Cela explique à la fois la résurgence d’une deuxième droite comme la mise en valeur par les médias des DSK ou Hollande pour avoir en cas d’alternance inévitable les plus socio-libéraux au pouvoir. C’est pour ces raisons que le mouvement social doit se poursuivre avec la même unité et la même détermination : il faut profiter des divisions de la droite pour marquer des points dans les revendications, et il faut continuer le travail politique de conscientisation des masses mises en mouvement dans les luttes actuelles.
Pour cela, deux étapes dans les prochains jours, d’abord, mardi 23, journée d’action intersyndicale, avec, entre autres l’encerclement par une chaîne humaine de la Bourse de Paris, à partir de midi et des rassemblements devant les sièges du Medef, l’après-midi ; ensuite, plus localement, jeudi 2 décembre, à 20h30 une première réunion du collectif local du Front de Gauche. Outre les membres des organisations fondatrices (PCF, PG, Gauche Unitaire) tous ceux qui se reconnaissent dans cette démarche et veulent échanger avec ceux qui en sont déjà membres, sont conviés à cette réunion pour y discuter ensemble de leurs attentes et de ce que devrait être le programme de transformation sociale du Front de Gauche en vue de l’élection présidentielle. Elle sera bien sûr suivie d’autres réunions régulières comme annoncé en septembre. Tous ceux qui souhaitent y participer peuvent nous contacter pour être avisés par courriel, et avoir toutes les informations de lieu et d’horaire.
Ces deux étapes reflètent la double nécessité actuelle : maintenir la revendication sociale en l’enracinant dans le durée et approfondir le travail idéologique qui doit lui donner un débouché politique.
JPR




