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Collectif local du Front de Gauche

Le grand mouvement social contre la réforme des retraites par son ampleur, sa durée et surtout sa portée idéologique qui dépassait le seul cadre de la lutte contre la loi Woerth-Sarkozy, traduit le rejet massif des politiques libérale du gouvernement par une part majoritaire de la population, mais pour trouver un débouché politique, cette dernière se heurte toujours à la crise d’une gauche qui ne sait pas ouvrir de vraies alternatives crédibles.  Je viens d’écrire « une gauche« … mais n’y en a-t-il qu’une ?  Peut-on regrouper sous ce concept aussi bien Pierre Laurent, Jean-Luc Mélenchon et Christian Picquet que DSK, Ségolène, Valls, Cohn-Bendit ou Hollande ?  Ceux qui veulent dépasser le capitalisme et ceux qui n’ont d’autre ambition que de le réguler à la marge en en atténuant les excès ?  Ceux qui ont approuvé le traité constitutionnel européen, d’essence purement libérale, et ceux qui ont su le faire repousser par une majorité de Français ?  La réponse qui semble s’imposer est « non« , et pourtant tous se réclament de l’appartenance à la gauche et cette « gauche » au sens large existe encore dans les représentations collectives… Toute espérance de satisfaction des aspirations populaires dépend donc de la capacité de cette gauche à constituer un rassemblement majoritaire.

Un sondage SOFRES, réalisé en juin dernier —donc avant les développements du mouvement contre la réforme à la rentrée—  mais paru récemment, traduit bien l’évolution des représentations sociales à travers le jugement émis sur certains termes. Ainsi, pour 74% des Français, le mot «bourse» évoque quelque chose de négatif ; 22 ans auparavant ils n’étaient que 30% à avoir une telle appréciation.  De même «privatisation» est estimé négatif par 62% (contre 36% en 1988), «profit» pourtant plus polysémique, par 53% (32% en 88) et «capitalisme» à 64% (50 en 93).  Il y a donc un état de la société qui devrait être favorable à l’accueil de nos idées, mais, hélas ! seulement 17% (et on peut compter les plus nantis parmi eux, qui bénéficient des largesses du pouvoir !) pensent que les responsables politiques s’occupent vraiment des « gens comme eux« . Un autre sondage récent (Harris Interactive, 27-29 octobre 2010) a confirmé le manque de confiance dans les partis pour réellement mener une politique conforme aux attentes populaires… manque de confiance dans le personnel politique («tous pourris») comme dans leur action presque toujours dictée par les exigences des marchés financiers et des fameuses agences de notation : c’est Strauss-Kahn naguère ministre des finances qui a le plus privatisé en France et qui maintenant prescrit aux peuples des cures d’austérité via le FMI, c’est Jospin qui a avoué son impuissance devant la finance par sa déclaration «l’Etat ne peut pas tout», ajoutons qu’aujourd’hui, c’est François Hollande qui se pince le nez devant le manifeste de son parti prônant —divine surprise— «l’égalité réelle».  Contradiction terrible de personnalités incarnant —quelque dépit qu’on puisse en avoir— ce qui est la gauche dans la conscience populaire et se soumettant au capitalisme qu’incarnent la bourse des valeurs, le profit et les privatisations —toutes choses que les français justement jugent négativement !

Il faut dire que cette soumission, produit du travail idéologique des libéraux, a longtemps été ressentie comme une sorte de fatalité : le célèbre TINA (there is no alternative) de Margaret Thatcher, et les mots « marché« , « finance« , « compétitivité« , « concurrence« , etc. nous étaient délivrés comme les outils opérationnels d’une science exacte qui allait faire le bonheur du monde.  Cette domination idéologique était d’autant plus écrasante que l’expérience soviétique s’était effondrée pour avoir dévoyé le sens du communisme, laissant le champ libre à la dictature des marchés sous l’apparence d’une libération des citoyens. Seulement, le temps a passé, et avec le recul, force est de constater que cette domination des marchés financiers est un nouveau totalitarisme, qui fort du pouvoir économique s’est emparé des appareils idéologiques —les médias qui formatent l’opinion, les grandes écoles où la nomenklature libérale se reproduit, la publicité qui impose les logiques marchandes…— et a soumis à ses volontés une large part de la classe politique, droite, centre et prétendue gauche confondus, toutes ces belles personnes, patrons, journalistes, politiciens qui se retrouvent chaque mois au diner du Siècle. Citons, en vrac, ces commensaux de la pensée unique : Claude Bébéar, Jean-Marie Colombani, Alain Minc, Maurice Lévy, Rachida Dati, Eric Besson, Anne Sinclair, Jean-Pierre Chevènement, Hubert Védrine, Elisabeth Guigou, Alain de Pouzilhac, Serge July, Franz-Olivier Gisbert, Patrick Poivre d’Arvor, Dominique Strauss-Kahn, Corinne Lepage, Jacques Rigaud, Simon Nora, Thierry Breton, Nicole Notat, Nicolas Sarkozy, Jean-Pierre Raffarin, François Fillon, Lionel Jospin, Laurent Fabius, Louis Schweitzer, Michel Pébereau, Odile Jacob, Claude Imbert, Laurent Joffrin, Denis Jeambar, Anne-Marie Couderc, Marc Tessier, David Pujadas, Emmanuel Chain, Nicolas Beytout, Edouard de Rothschild, Jean-François Copé, Michèle Cotta, Bernard Boulito, Claude Allègre, Pierre Moscovici, Teresa Cremisi, Richard Descoings, François Nourissier, Noëlle Lenoir, Sylvie Pierre-Brossolette, Martine Aubry, Bernard Kouchner, Georges Kiejman, Jean-Louis Beffa, Louis Gallois, Antoine Bernheim, Olivier Schrameck, Luc Ferry, Jean-Marie Rouart, Odile Jacob, Jean-Claude Casadesus, Jean-Claude Trichet, Philippe Jaffré, Bertrand Collomb, André Lévy-Lang, Pierre Moussa, Henri Madelin, Renaud Denoix de Saint-Marc, Pierre Bilger, Gérard Worms, Etienne Davignon, Ernest-Antoine Seillière, Jean Peyrelevade, Michel Bon, Louis Gallois, Jean-Christophe Le Duigou (eh oui ! même un cégétiste, que fait-il donc là, même si aux yeux de certains il incarne la tendance « réformiste-collaboration de classe » de la centrale ?), Bertrand Eveno, Bernard Pivot, Hélène Ahrweiller, Lisette Mayret, Simone Rozès, Françoise Chandernagor, Pascal Lamy, Arlette Chabot,… Ajoutons que le président, depuis 2008, en est Denis Kessler, PDG du groupe d’assurances SCOR et ancien vice-président du MEDEF, celui-là même qui veut en finir avec le programme du Conseil National de la Résistance !  Voilà au moins une liste —non exhaustive— qui nous aide à identifier cette « oligarchie » qui n’est pas une entité abstraite, mais bien constituée de personnes réelles qu’il nous faut donc combattre dans le monde réel — le débat public, les urnes, l’entreprise, la rue…— en ce qu’elles forment ce qu’on peut appeler, comme naguère la fondation Saint-Simon que le Siècle a remplacé, le « cercle de la pensée unique”.

J’ai commencé ce billet avec l’intention de parler de la première réunion du collectif local du Front de Gauche, en partant du constat de la situation idéologique actuelle qui devrait être favorable au développement de nos idées dans la société, et, selon une habitude bien établie, je n’ai pas résisté à quelques détours qui ne sont pas pour autant hors-sujet mais s’écartent du but initial.  Il s’agit, en effet, de définir le cadre de notre action, en tant que collectif, qui ne peut s’accommoder des deux positions que seraient d’une part la réduction à une « extrême-gauche plurielle » cantonnés à un rôle protestataire, d’autre part à un mouvement unitaire flou finissant par rentrer dans le giron d’un PS hégémonique soumis aux thèses libérales européennes.  Entre les deux, la voie est étroite et le chemin escarpé… Pas de cadeaux à attendre des socialistes qui pourraient lors des cantonales envisager des alliances dès le premier tour avec Europe-Ecologie-Les-Verts pour nous prendre des sièges — au Conseil Général de Seine-Saint-Denis par exemple, voire dans le Val-de-Marne, où ils aimeraient bien rejouer le coup du 93 et manœuvrer pour la présidence — ou qui nous font cette proposition inacceptable pour les prochaines sénatoriales de ne laisser que 9 places à nos 19 sortants !  Pas de cadeaux à attendre, et par conséquent pas de cadeaux à faire : irions-nous voter pour des conseillers généraux ou des sénateurs qui consciemment nous dépouillent ?  C’est pourquoi la seule façon de sortir de ce bras de fer mortifère est de gagner de plus en plus de consciences à notre démarche de Front de Gauche :  si les sondages disent juste, l’opinion est sensiblement plus favorable à nos thèses qu’au compromis social-démocrate, ça ne signifie pas qu’elle est prête à nous accorder ses suffrages ; il nous appartient donc de travailler à obtenir loyalement dans les urnes la concrétisation de ce rapport de force idéologique.  C’est une des tâches que s’assigne le Front de Gauche, à travers ses déclinaisons locales : les collectifs. Mais cela, bien évidemment, pour contribuer à ce que la gauche toute entière retrouvée offre un véritable débouché politique à l’exaspération et aux souffrances populaires.

Notre première réunion locale a rassemblé PCF, PG et non-encartés. Son ordre du jour portait sur la mise en place de notre réflexion commune pour un programme partagé : comment nous en approprier nous-mêmes les thématiques et les argumentaires pour les vulgariser ? A quels moyens avoir recours pour une diffusion efficace de nos propositions ? Comment travailler ensemble à l’élargissement du collectif, à l’instar de la démarche de 2004-2005 —mais sans en répéter les erreurs de 2006-2007— qui nous avait permis de remporter la bataille du traité constitutionnel européen ?  Tous ceux qui voudraient œuvrer avec nous dans ce sens y sont bien sûr cordialement conviés : qu’ils nous contactent sans hésiter.  Notre prochaine réunion se tiendra après les fêtes, dans la deuxième semaine de janvier.  Nous nous sommes assignés, comme première approche du programme la consultation des pages qui y sont consacrées sur les sites du PG et du PCF, de la revue du projet, ainsi que le petit travail pratique de lire et commenter la brochure « Ce que la gauche doit faire !« .  Voilà de quoi bien occuper les congés des fêtes (pour ceux qui en bénéficient…) et commencer l’année 2011 de manière intelligente.  Ceux qui le souhaitent peuvent aussi nous adresser leurs commentaires par courriel ou sur ce blog.

JPR


 

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