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« L’inflexion des voix chères qui se sont tues… »
Catégorie: à Plaisir, dans les Yvelines, en France
Exprimée en pourcentage, en bleu, l’abstention au 1er tour, en vert au second, des élections municipales en France sous la 5ème République.
Sans appeler Verlaine à la rescousse pour expliquer notre échec à l’élection municipale du 9 mars, une, parmi les multiples causes de celui-ci, apparaît avec netteté : le fort taux d’abstention.
En 2001, dans les conditions déplorables de la division de la gauche plaisiroise, il était déjà de 38,43 % et cette fois, alors que la gauche était rassemblée, il atteint 42,43 %, soit exactement quatre points de plus d’une élection à l’autre, et à chaque fois, également quatre points de plus que la moyenne nationale.
Deux questions s’imposent : Qui ne vote pas ? Pourquoi ?
La réponse à la première est arithmétiquement simple : sur les 1518 inscrits du quartier du Valibout, 51,2% se sont abstenus (contre 46% en 2001), 48,2% sur les 2066 de La Haise ont fait de même (43,6% en 2001) et —résultat inhabituel— ça a été le cas aussi de 46% des 4746 électeurs des bureaux de l’Aqueduc (contre 35% en 2001). Ce sont les huit bureaux de ces quartiers qui ont le moins voté ; par contre, le centre ville, les Gâtines et la Mare aux Saules dépassent nettement les 60 % de participation.
On peut donc constater encore une fois que ce sont les couches qu’on appelle “populaires” qui n’ont pas vu l’utilité de se prononcer dans ce suffrage municipal.
Alors, Pourquoi cette désaffection ?
Au delà des causes purement locales, comme le manque de notoriété de la tête de liste à Plaisir ou une campagne donnant trop dans le “consensuel mou”, il faut aussi replacer cette tendance dans le cadre national et son évolution depuis un quart de siècle. A partir de 1983, le taux d’abstention ne cesse de croître. C’est aussi depuis cette période que se mettent en place, venant de droite comme de gauche, les fameuses réformes libérales, à commencer par les ouvertures de capital des entreprises publiques et les privatisations, avec, sous la pression des politiques européennes, le dogme de la libre concurrence et ses corollaires de déréglementation du travail, de précarité et de chômage…
Alors, oui, les couches populaires ne votent plus car elles n’en voient pas l’utilité si les “politiques” d’un bord comme de l’autre ne sont pas capables de vraiment changer leur vie, ne peuvent que leur dire que les caisses sont vides ou que l’Etat ne peut pas tout : dans le même temps que les entreprises du CAC 40 affichent des profits record, que les grands patrons s’octroient des parachutes dorés et jouissent de fortunes qui se comptent en siècles de SMIC, on voit, d’année en année, tous les progrès sociaux, acquis par le Front Populaire et le programme du Conseil National de la Résistance (retraites, sécurité sociale, réglementation du travail…) être remis en cause.
Denis Kessler, ancien vice-président du Medef et magnat de l’assurance et de la banque, l’annonce clairement dans un éditorial de la revue économique Challenges : « Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… À y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !»
Dans le contexte d’une telle régression sociale, cette abstention massive, croissante et inquiétante pour la démocratie a bien une signification politique : celle de l’exigence d’une véritable alternative aux politiques libérales mises en œuvre, qu’elles soient “ultra” ou se prétendent “sociales”. Faute de cette alternative, cette exigence populaire ne peut se traduire que par la défiance vis-à-vis des supposées élites qui sollicitent les suffrages tout en se soumettant à une prétendue fatalité économique et par la marque de leur rejet en bloc avec l’abstention !
JPR
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