Contrepoint » Budget… familial ?

Budget… familial ?

Je fais un petit intermède dans la série de billets sur les médias pour rendre compte de quelques aspects du Conseil Municipal d’hier, avec le vote du budget primitif de la Ville… Cela nous permettra de dire deux mots sur la culture à Plaisir, de partager quelques inquiétudes concernant la dette de notre cité, de déplorer les maigres dotations en matière de social et l’absence de vraie politique de l’emploi.

La séance de présentation du budget, naguère fort éprouvante du fait de la logorrhée de l’ancien adjoint aux finances (voir ici, et ), nous a semblé cette fois plus claire.  Il est vrai qu’on a aussi pu comprendre que désormais, c’est Dexia qui gère la Ville en direct, fournissant son analyse avec diaporama aux élus de la majorité, qui n’ont plus, en psittacidés méticuleux, qu’à la réciter aux conseillers et aux quelques spectateurs venus assister à la séance !  Comme ça, au moins nous sommes administrés, sans autre intermédiaire qu’un projectionniste, par la banque auprès de laquelle nous sommes endettés. Et comme on connaît bien l’esprit charitable de ces organismes financiers, on peut être sûr que c’est pour le plus grand intérêt des Plaisirois qu’elle œuvre, et non ceux de ses actionnaires qui prospèrent de la rente de nos emprunts.  Par intérêts, comprenons bien sûr le taux auxquels elle prête à la Ville…  Ce projectionniste, vous l’aurez compris, c’est le nouvel adjoint aux finances, Patrick Ginter qui a au moins l’avantage d’être moins amphigourique que son prédécesseur et de laisser transparaître quelques inquiétudes —on a pu l’entendre prononcer le mot « risque« , ce qui sonne comme une reconnaissance bien tardive de la gestion de « casino » des finances municipales que notre groupe dénonce depuis longtemps : il est même question de renégocier la dette pour la sécuriser… mieux vaut tard que jamais, mais gageons qu’il en coûtera de lourdes pénalités aux Plaisirois qui se souviennent des 800 000 € versés à la Caisse d’Epargne.

C’est Bernard Ansart (PS) qui au nom du groupe présenta notre explication de vote négatif du budget primitif. Il dénonça le manque d’ambition en matière de social, de service public municipal et de soutien aux associations, tandis que le budget du Théâtre Coluche était lui de mieux en mieux subventionné. De même, il souligna l’absence de vraie politique de l’emploi, dont la commission —comme bien d’autres hélas !— ne se réunit jamais.

Les réponses ne se firent pas attendre, à commencer par Joséphine Kollmansberger, adjointe à la culture, qui fit mine, d’un air sucré, de s’étonner que nous dénoncions la droite quand elle dépensait dans ce domaine et que nous encensions la gauche quand elle faisait de même… On ne nous laissa guère le loisir de lui répondre qu’il s’agissait de savoir ce qu’on mettait sous le mot : était-ce une culture dont tous pouvaient bénéficier ou s’agissait-il de faire financer à 64% par tous les contribuables plaisirois un théâtre que seuls les plus nantis pouvaient fréquenter vu le prix des places ?  A cette question, nous n’avons jamais de réponse.

Ensuite, ce fut Ginette Faroux, adjointe au social, qui nous expliqua —sans rire— qu’on pouvait dépenser moins en dépensant mieux, ce qui fait partie des poncifs habituels de la droite pour expliquer qu’on va se serrer la ceinture et que le personnel va en baver, car cela revient toujours à ça et ce n’est évidemment tenir aucun compte de la période particulière de crise que nous connaissons, où les besoins vont exploser, comme le montre actuellement tous les indicateurs sociaux et pour laquelle rien n’a été anticipé dans le budget primitif.

Mais la médaille du comique revint sans conteste possible à Véronique Guernon (emploi, commerce et artisanat, dont la commission ne se réunit guère non plus) qui après avoir dit qu’on ne savait rien de ce dont on parlait, nous expliqua, avec un petit ton pincé, qu’une personne dédiée à collecter les offres et quelques ordinateurs accessibles au public était la panacée contre la chômage, que la politique d’enseignement du français aux immigrés était approuvée par le « grand rectorat » (sic) de Versailles, et que les  réflexions de M. Ansart étaient « castratrices » (re-sic). Ouf ! on est rassuré de savoir que c’est elle qui a en charge la politique de l’emploi de la Ville…

Nous avons bien sûr voté contre ce budget.  Mais d’autres points non moins intéressants étaient à l’ordre du jour.

Ainsi, il nous fut communiqué que les travaux d’aménagement de la rue Jules Verne étaient repoussés, sans précision de date.  Tous ceux qui fréquentent les artères de Plaisir connaissent la dangerosité de cette voie où deux bus ne peuvent se croiser sans monter sur les très étroits trottoirs : son élargissement est une véritable priorité pour notre ville.  Mais voilà, pour y parvenir, il faudrait faire de la peine à quelques propriétaires par des mesures d’expropriation, et quand l’intérêt collectif se heurte à la propriété privée, on sait dans quel camp se trouve Joël Regnault — un autre point de l’ordre du jour nous le confirmera d’ailleurs…

Venons-y justement, c’était le 16e point et il concernait l’acquisition de parcelles nécessaires à la réalisation de l’élargissement de la rue du Clos, ce qui est aussi une priorité, eu égard à la dangerosité du croisement avec la rue de la Boissière. Je cite la note explicative de synthèse du Maire :

« […] France Domaine a fourni une évaluation au mètre carré à 1 euro en valeur libre , 0,90 euro valeur occupée et 0,61 euro pour l’indemnité d’éviction assortie d’une marge de négociation de 10 %.

Compte tenu des surfaces à acquérir et du nombre de propriétaires concernés par ces acquisitions, et afin de ne pas différer dans le temps la réalisation des opérations, il apparaît préférable de négocier avec les propriétaires pour ne pas avoir recours à une procédure d’expropriation longue et coûteuse.

Ainsi, après discussion avec les propriétaires, le prix de cession a été fixé à 6 euros le mètre carré. […]

Il est donc proposé au Conseil municipal de délibérer comme suit :

Article 1 : Décide de passer outre le prix des Domaines et approuve d’acquérir les parcelles cadastrées AL n° 55, 66, 67, 87, 102, 104 et 122 à 6 € le mètre carré pour l’ensemble des terrains

Mazette ! Six fois le prix fixé par les Domaines, voilà qui donne à réfléchir et jette un éclairage sur des propriétaires plaisirois bien âpres au profit sur le dos de leurs concitoyens.  C’est peut-être qu’il fallait y regarder de plus près… Voici donc la courte déclaration que j’ai faite à ce sujet :

« Monsieur l’adjoint à l’urbanisme,

Nous ne pouvons bien sûr qu’approuver tous la réalisation de cette voie qui est un véritable besoin du fait à la fois de l’étroitesse et de la disposition actuelle du carrefour entre la rue du Clos et celle de la Boissière.  Nous apprécions de même le souci de procéder le plus rapidement possible à cette opération.

Cependant, vous nous faites savoir que la Ville renonce à une procédure d’expropriation au prix fixé par les domaines — soit, à peu près 4 000 € pour l’ensemble— et que le Maire négocie une acquisition six fois plus coûteuse pour la Ville, soit de l’ordre de 24 000 €.  Je vous concède qu’il ne s’agit que de petites parcelles et que ce n’est pas là une opération de grande ampleur financière, mais il peut sembler choquant aux contribuables plaisirois qu’il n’ait pu négocier la vente au prix fixé et qu’il leur impose un surcoût de 20 000 €, alors que 4 des parcelles sur les 7 sont la propriété de membres de sa famille très proche. De surcroît, cela ne manquera de prêter à des interprétations fâcheuses pour la réputation de la Ville.

De ce fait, nous exprimons notre désaccord avec le fait de passer outre les prix des Domaines et nous abstenons

Voilà ce que deviennent 20 000 € qui auraient pu auraient pu être un apport non négligeable au budget du social ou des associations.  C’était sans compter sur le fait que le Maire n’a rien à refuser à la cupidité des propriétaires terriens.

Il est sûr, qu’après avoir expliqué longuement qu’il fallait dépenser «moins et mieux» en ce qui concerne le budget de la Ville, la majorité de droite illustre son propos en votant l’achat de terrains six fois leur prix !  Soyons quand même rassurés, notre maire veille au moins avec soin au budget… familial.

JPR

Vous avez une opinion? Laissez un commentaire:

Nom *
E-Mail *
Site Web