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Le(s) sujet(s) tabou(s)…

Bon, ça fait un bail que ça me démange de l’aborder, mais je me l’interdis au nom de grands principes idéologiques.  Et puis aussi parce que c’est un sujet qui fâche —qui fâche grave, même !— au sein de la gauche.  Déjà au sein de mon parti, le PCF, mais il créé aussi des tensions avec le PG et surtout risque de nous opposer à nos alliés traditionnels des seconds tours électoraux, Verts ou socialistes.  Ce n’est pas que je déteste les sujets qui fâchent —chacun le sait— mais il n’est pas toujours opportun de les aborder.  Basta ! cette fois-ci, on y va : on va parler des candidats à la présidentielle.  Enfin, « je » vais parler car mon propos n’engage que moi, même si je sais qu’il est largement partagé de façon tacite. Mais d’abord quelques mots sur des questions plus proches, qui, rassurez-vous fâchent elles-aussi !

Tout d’abord, avant d’entrer dans le lourd, faisons le point sur notre pétition au sujet de l’intercommunalité : elle suit son chemin et connaît un très bon accueil.  Nous avons dépassé les deux cents signatures ce week-end alors que nos militants se consacrent surtout à la campagne de l’élection cantonale pour le Front de Gauche.  Et ce ne sont que des signatures du territoire concerné (à l’exception du Conseiller régional Front de Gauche-PCF des Yvelines qui s’y associe en tant qu’élu), les responsables Verts et Modem ont souscrit et les personnes contactées, dès qu’on leur demande ce qu’elles souhaitent comme regroupement découvrent qu’elles sont déjà d’accord avec nos propositions…  Signez et faites signer la pétition, une prochaine initiative dont vous serez bientôt informés placera les trois maires devant leurs responsabilités, elle aura d’autant plus de poids que vous aurez fait part de votre volonté. À suivre donc…

Les temps changent et le seul sondage que j’ai vu sur les cantonales, aujourd’hui, donnait un score à deux chiffres pour le Front de Gauche. À cinq jours du scrutin, ça commence à être significatif. Et prometteur quand on se souvient que le PCF n’atteignait pas 8% en 2004 sur les mêmes cantons. Mais le premier point qui fâche concerne justement les cantonales. Et plus précisément le Val-de-Marne où le président du Conseil Général est communiste, en la personne de notre camarade Christian Favier.  Traditionnellement, une règle s’impose à gauche : chacun se bat au premier tour sous ses couleurs et se range au second derrière celui qui est arrivé en tête pour battre la droite. Parfois, toujours pour battre la droite, une alliance entre plusieurs forces de gauche (si possible, toutes) se justifie dès le premier tour et c’est bien compréhensible. Ça l’est beaucoup moins quand, dans des cantons de gauche, des forces de gauche se regroupent pour en battre d’autres et éventuellement leur ravir les sièges et la présidence du Conseil Général de façon déloyale. C’est ce qui se passe dans le département dont on parle, où le Parti Socialiste et Europe-Écologie-Les-Verts se sont alliés pour présenter des candidats communs contre ceux du Front de Gauche.  Si cette manœuvre réussissait, s’ils nous prenaient ainsi des sièges, je gage que cette indignité politique se paierait au second tour par de mauvais reports de nos voix sur les candidats EELV ou PS dans de nombreux cantons de la France entière.  Dommage pour la gauche, mais tant pis pour ceux qui ne dénoncent pas ces bassesses : comme disait Trotsky de la pensée bourgeoise : « leur morale n’est pas la nôtre« .  En attendant, dimanche prochain, quel que soit votre canton, votez pour le candidat du Front de Gauche !

Mais venons-en à ce qui fâche vraiment : quel candidat au premier tour de l’élection présidentielle et, si celui-ci n’est pas dans les deux premiers, sur qui reporter sa voix au second tour ?  Deux tours, et autant de fâcheries possibles… Alors, prenons-les un par un.

Mais j’avais dit que de grands principes idéologiques m’empêchaient, ou me gênaient, l’abord de cette question ; en effet notre tradition politique de gauche place, à juste titre, les idées avant les personnes, le programme avant le candidat, et c’est sur la base d’un programme partagé que nous choisissons celui qui sera le plus apte à le porter.  C’est le premier point ; le second, c’est que nous avons dès l’origine été opposés à ce système présidentiel et à l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel, car c’est l’investir d’une caution anormalement grande qui pousse, comme nous le constatons, au pouvoir personnel. C’est donc avec réticence que nous abordons cette question, l’essentiel, pour nous, n’est pas là. Cependant, la pression médiatique, le travail fait par l’idéologie dominante sur la population, le débat que cela suscite contraignent d’une certaine façon à ne pas complètement occulter ce point.

Mon choix, dans l’état actuel des choses —on ne sait jamais ce qui peut évoluer— se porte sur la candidature de Jean-Luc Mélenchon pour représenter le Front de Gauche.  Pourquoi ?  D’abord, tout simplement, parce qu’il est un excellent communicant, le plus apte à propager nos idées : il est sûrement le meilleur tribun actuel de tout le monde politique, il manifeste toujours une connaissance approfondie des dossiers qu’il aborde et il est d’une telle pugnacité qu’il possède réellement la capacité d’incarner une part de la colère populaire et de ramener aux urnes ceux qui ne croyaient plus au verbiage prétendu réaliste d’une gauche qui ne changeait pas leur vie quand elle était au pouvoir.

Une autre raison tient au fait qu’il s’est déjà imposé à l’opinion, aidé en cela par les médias —audiovisuels surtout— qui étaient certains en l’invitant qu’il assurerait le spectacle.  Mais le fait est que maintenant il occupe la place —en ayant un peu forcé la main à ses alliés, ce qui fait grincer des dents— de candidat « naturel » du Front de Gauche. Vouloir redistribuer les rôles serait terriblement contre-productif ; l’expérience de 2006-2007 avec l’explosion des collectifs antilibéraux reste le souvenir douloureux d’une immense erreur politique qui a fait tomber le PCF en dessous de 2% des suffrages.  À coup sûr, si les militants voulaient imposer une autre candidature, l’éclatement du Front serait imputé par l’opinion au Parti Communiste qui en pâtirait encore davantage.  Voudrait-on voir André Chassaigne, que je tiens en très haute estime, se ramasser —quel que puisse être son réel talent— avec un score encore inférieur parce que son parti apparaîtrait comme le briseur d’un espoir qui monte dans la gauche de transformation sociale ?

Enfin, si comme nous le soutenons, nous sommes contre ce régime présidentiel —et c’est le cas—, pourquoi accorderions-nous une telle importance à figurer dans cette élection en tant que PCF alors que notre programme est d’abolir ce système de pouvoir personnel ?  Certes, Jean-Luc Mélenchon a aussi les défauts qu’impliquent ses qualités, sa pugnacité peut passer pour de l’agressivité, son impatience et son imposition médiatique pour des pressions exercées sur ses partenaires, reste qu’il a réellement apporté un souffle nouveau dans une gauche qui donnait trop dans le consensus mou.  J’espère donc au premier tour de 2012 voter Mélenchon candidat du Front de Gauche, mais que ferai-je au second si par malheur il n’y figure pas ?

Aucune hésitation : je me rangerai sous la bannière du candidat de gauche arrivé en tête.  Reste à définir ce que « de gauche » veut dire…  Qui peut —sans rire— considérer que Blair ou Papandréou sont des hommes de gauche ?  Qui peut prétendre que le social-libéralisme est compatible avec le socialisme réel ?  Alors au second tour, je sais qu’il y a des gens pour lesquels je dirai, comme Duclos en 1969, lors du duel Pompidou-Poher : « blanc-bonnet et bonnet-blanc« .  Je n’ai pas nommé DSK, mais vous avez tous compris…

Il serait « moins pire » que Sarkozy, me diront les bonnes âmes, il n’aurait pas la même brutalité dans l’application des réformes —qui seraient, elles, assurément les mêmes.  Peut-être serait-il moins brutal, mais qu’en résulterait-il pour la gauche ?  Une division profonde et durable, un mouvement syndical désuni car les syndicats mous-du-genou temporiseraient devant la nécessaire riposte sociale et finalement une frustration et un rejet populaire encore plus grand qui frayerait la voie au Front National. La gauche ne peut gagner qu’unie dans sa totalité, mais la gauche seulement, c’est-à-dire sans ceux qui usurpent son nom pour promouvoir des politiques eurolibérales.  Cela doit être clair dès maintenant.

Cela étant dit, revenons à la véritable urgence : le programme.

JPR

3 Commentaires sur

Le(s) sujet(s) tabou(s)…

  • Espinat |

    Bravo Jean-Paul,
    Je prépare un texte allant dans le même sens
    Bon courage à toi
    Michel Espinat

  • JPR |

    Salut Michel,
    Merci du commentaire ; je crois qu’il faut commencer à dire les choses avec netteté. J’ai hâte de lire ton texte.
    J’en profite pour signaler à tous les lecteurs la revue du projet du PCF :

    http://projet.pcf.fr/7451

  • LAIRD |

    mieux vaut être clair, sur le fond, et pouvoir « choisir » les positions du « moins pire » en le disant… A.L.

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