Pendant ce temps…

Tandis que les grands médias jettent devant nous le voile de fumée de l’affaire DSK, il se passe des choses dont ils détournent les yeux, et s’ils ne peuvent les omettre complètement, ils en dénaturent la signification et en dissimulent la portée.

Mais d’abord, un mot —bien obligé— sur cette affaire DSK, ou plutôt sur ce qu’elle révèle. Je ne connais l’homme qu’à travers son action politique, ce qui fait que je n’ai aucune sympathie pour lui, ni en tant que ministre des privatisations, ni comme étrangleur du peuple grec au FMI, et que j’ai du mal à avoir de la compassion pour un oligarque présumé violeur.  Mais voilà, parce ce que c’est un oligarque justement, il a droit à une théâtralisation de sa pitoyable affaire de mœurs et notre presse de complaisance s’emploie à qui mieux-mieux à développer les aspects les plus anecdotiques, faisant la course à la télé-réalité vers l’imbécile et le sordide, le détail insignifiant mis en exergue pour remplir un espace médiatique qui a horreur à la fois du vide et des analyses de fond —ne reste donc que la pipolisation et le spectaculaire superficiel.

Ce que confirme bien le traitement de cette affaire judiciaire, c’est d’abord le rôle idéologique d’une presse qui exploite une prétendue transparence pour masquer l’essentiel, et, au nom du droit à l’information, exhibe un fait divers qui met à l’arrière-plan des évènements autrement importants qui se déroulent ailleurs pendant ce temps… tout cela, bien sûr, en versant des larmes de crocodile sur l’absence de respect de la vie privée.

Le second point que cet évènement met en lumière est le caractère profondément injuste et inégalitaire du système judiciaire étazunien. Le story telling des séries télévisées nous le présentait comme une instance où dans de belles envolées et des retournements de situation spectaculaires, la Vérité finissait toujours par triompher, et avec elle l’ordre familial et puritain des moralines hypocrites. La réalité qui s’exhibe à nous est tout autre, se compte en dollars, et fait dépendre le verdict d’enquêtes privées et de compromis négociés.  C’est pourtant vers une telle justice que Nicolas Sarkozy voudrait orienter le système français avec le « plaider coupable« , les jurys populaires en correctionnelle et la suppression des juges d’instruction.

« …des évènements autrement importants se déroulent ailleurs pendant ce temps…» disais-je, des évènements qu’il faudrait sûrement corrélés pour comprendre ce qui se joue actuellement, des évènements qui ont le FMI pour point commun avec les mésaventures de l’oligarque lubrique : la Grèce vient de connaître sa dixième grève générale, la jeunesse espagnole s’engage dans un processus contestataire inédit, à l’instar de ce qui est en cours au Maghreb et dans le monde arabe, le Peuple portugais gronde et les Islandais, contre la volonté de leur gouvernement, refuse de se sacrifier et de payer pour la crise bancaire.  Face à la mondialisation libérale et dans le contexte de la faillite des politiques ultralibérales comme social-démocrates, par foyers locaux faisant tache d’huile, se dessine une mondialisation de la contestation, qu’accélère le recours aux nouvelles technologies.

Ces évènements se situent chez nous dans une période marquée par le rejet de la droite sarkozyste, à la fois pour sa politique et dans sa symbolique, marquée aussi par la longue lutte contre la réforme des retraites qui sans faire reculer le pouvoir n’en a pas moins été une étape cruciale de l’affrontement idéologique : conscientisation politique, démystification de «l’Europe qui protège», dénonciation d’un système oligarchique au seul service des actionnaires…  Ceux qui appartiennent à ma génération doivent se souvenir de la situation qui précéda mai 68 : progrès des idées de gauche qu’avait mis en lumière la percée électorale de juin 1967, rejet du gaullisme « dix ans, ça suffit ! » contestation mondiale de l’impérialisme américain et de la guerre du Viet-Nam : Allemagne, Italie, États-Unis, Japon, Mexique, Brésil, et surtout la Tchécoslovaquie où le Printemps de Prague ouvrait de nouvelles perspectives (hélas ! vite refermées) à l’idéal communiste… Bon, la comparaison s’arrête là, la situation économique et sociale n’avait rien à voir et la pensée unique n’avait encore pas exclu de l’horizon idéologique toute hypothèse de changement de système dans un monde qui était encore celui de la guerre froide, mais reste la traînée de poudre d’un mouvement mondial de la jeunesse qui s’est initialement déclenché hors des cadres institutionnels des partis et syndicats.  Et là, il y a une similitude avec ce dont on est aujourd’hui témoins. A nous, communistes et membres du Front de Gauche, de l’analyser vite et bien et d’offrir à cette jeunesse, sans intention récupératrice, un cadre idéologique et des perspectives de changement réel.

JPR

1 Commentaire sur

Pendant ce temps…

  • JPR |

    A propos de ce que j’écrivais hier, je constate que le mouvement commence à prendre forme en France. On peut suivre son évolution à cette adresse :

    http://www.reelledemocratie.com/

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