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Battre Sarkozy ?
Catégorie: Communisme, élections, en France, EuropeVacances obligent, je n’ai pas été très assidu au blog ces derniers temps. il faut dire aussi que l’évolution de la situation politique n’est pas à la hauteur de mon impatience et que l’actualité fabriquée par les journalistes ne se fonde que sur des sondages absurdes, le décompte des « petites phrases » et le rabâchachage obsessionnel des frasques de l’oligarque lubrique. Et cela entre Roland Garros et le tour de France, la météo et un mariage princier, voilà sûrement de quoi élever le niveau de conscience politique de la population !
Je saisis donc l’opportunité de ce temps mort —en apparence, du moins car les enjeux européens actuels en font au contraire une période explosive— pour essayer de faire le point avant que nous n’entrions dans la bataille électorale de 2012.
D’abord, une évidence : il faut se servir de ces échéances électorales pour en finir avec l’ère Sarkozy ; là-dessus, tout le monde à gauche sera d’accord, et même quelques uns à droite… Mais il faut tout de suite ajouter que même si cela correspond au désir d’une large partie —qu’elle vote ou non— de la population, ce ne saurait être un but en soi. Battre Sarkozy, certes, mais pour faire une autre politique, c’est cela, et uniquement cela qui importe vraiment. Une autre politique nationale qui rompe avec quelque forme d’austérité que ce soit et mette réellement à contribution le capital ; une autre politique européenne qui dégage notre pays de tous les traités libéraux et soumette toute évolution à référendum ; une autre politique internationale qui rejette la soumission à l’hégémonie étazunienne et fasse sortir notre pays de l’OTAN, alliance qui n’a plus aucune raison d’être.
Poser ainsi la question, c’est mettre en lumière, au-delà de l’union sacrée contre un homme, toutes les difficultés qu’il y aura à surmonter pour retrouver une gauche unie, condition incontournable de la victoire. Il est certain que ni Hollande (encore moins Valls), ni Pierre Laurent, ni Jean-Luc Mélenchon, ni Aubry, ni Besancenot, n’ont la même vision du gouvernement de la France après une éventuelle victoire électorale, et la grande lacune théorique, non seulement du PS, mais aussi du PCF et du Front de Gauche est, pour le premier cité, de ne pas avoir vraiment analysé les raisons de l’échec de la gauche plurielle et pour nous, de ne pas avoir suffisamment clarifié, après la dérive droitière de la période Hue, les conditions rigoureuses de notre éventuelle participation à un gouvernement, voire de remettre en cause notre simple soutien à celui-ci s’il optait ouvertement pour des orientations social-libérales.
Le parti socialiste n’a jamais analysé qu’en terme de stratégie —voire de simple tactique électorale— l’échec de Lionel Jospin en 2002 : la multiplication des candidatures à gauche au premier tour aurait empêché que celle-ci soit présente au second… Raisonnement bien simpliste où encore une fois, la calculette remplace la réflexion politique car d’une part, il y avait exactement le même nombre de candidats (8) à droite et à gauche, et cela jusqu’aux extrêmes (donc même la calculette était approximative !), et d’autre part le fort recul de la gauche aux municipales de 2001, en particulier dans les villes populaires, manifestait clairement la déception créée par les politiques menées par le gouvernement Jospin (privatisation, dérégulation du travail, manque de courage face aux licenciements boursiers, impuissance devant le capital…). Il est intéressant de noter que les seules villes que le PS ait alors gagnées (comme Paris, Lyon ou Dijon), étaient sociologiquement plus « bourgeoises »: c’était bien symptomatique d’un déplacement de son centre de gravité électoral vers la droite. Il n’était plus sociologiquement un parti ouvrier, idéologiquement non plus, au point qu’aujourd’hui, son officine social-libérale Terra Nova théorise ce nouveau positionnement.
L’erreur du parti communiste fut à cette époque de maintenir envers et contre tout sa participation et sa solidarité au gouvernement, au point qu’il devint même l’agent actif de certaines privatisations ! Et du coup, il perdit le crédit qui lui restait encore dans les couches populaires, vit de vieux militants ouvriers le quitter et fit passer le score de Robert Hue de 8,64 % à la présidentielle de 1995 à 3,37 en 2002, avant que le coup du vote utile ne l’abaisse encore et conduise à un nouvel échec de la gauche en 2007. La participation au gouvernement, devenue pour Robert Hue un point de doctrine, avait réduit le PCF à n’être plus perçu que comme une sorte d’aile gauche d’un vague rassemblement social-démocrate dans laquelle ni son électorat traditionnel, ni nombre de militants se reconnaissaient, conduisant ceux-ci à la radicalisation dogmatique et ceux-là à l’abstention. Cette dérive droitière de l’ensemble des partis de gauche a eu comme conséquence directe d’abandonner les couches populaires à la démagogie de l’extrême-droite.
Si aujourd’hui, le PCF a, quant à lui, fait l’analyse de l’échec de la gauche plurielle, il n’en reste pas moins bien peu explicite sur les conditions qu’il mettrait à quelque participation à un gouvernement d’union. Il doit apparaître clairement à chacun que la gauche pour l’emporter doit se recentrer sur ses valeurs populaires et égalitaires, refuser toutes les logiques libérales et mener la reconquête idéologique du terrain social qu’elle a perdu. Mais ce n’est sûrement pas en distribuant de la verroterie social-démocrate à ceux qu’elle a naguère délaissés qu’elle y parviendra.
JPR




