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Commémoration(s) !

Voici donc un nouveau déferlement médiatique pour le dixième anniversaire du 11 septembre, qui est aussi celui d’une guerre à laquelle nous participons.  Une guerre qui n’aura rien apporté —sinon du malheur— et qui nous ramène aujourd’hui au point de départ avec le retour annoncé des Talibans. Bilan de ce « choc des civilisations » selon l’absurde théorie de Huntington : les guerres contre le terrorisme auraient fait de 227 000 à 300 000 morts (Wikileaks, The Gardian), dont 51 % de civils (3,9 % de militaires de la coalition), de 2001 à 2009, l’US Air Force a déversé 12 742 tonnes de bombes sur l’Afghanistan, le coût des opérations est estimé à 1283 milliards de dollars et cela a permis la mise en place de lois sécuritaires, dites antiterroristes, dans nos pays, remettant en cause des libertés fondamentales sans que nous ne réagissions vraiment.  Finalement le pipe-line, véritable enjeu géostratégique de cette guerre passera ailleurs et les armés de la coalition vont se retirer laissant la place aux talibans et à la corruption : retour à la case départ !

Il y a dix ans —autre anniversaire— c’était aussi la parution du n°1 de Contrepoint (version papier), alors en guise de billet je me contenterai aujourd’hui de publier l’article que j’y avais écrit alors sur cet évènement ; je ne crois pas qu’il y aurait quelque chose à y changer aujourd’hui.

TERRORISME : ÉMOTION N’EST PAS RAISON..

Il y a certainement peu de choses aussi révoltantes que lorsqu’une volonté humaine déterminée s’applique méthodiquement à une œuvre d’effroi, de douleur et de mort parmi des innocents. Le 11 septembre, aux USA, des milliers de vies anonymes, avec leurs petites joies et leurs soucis quotidiens, si semblables aux nôtres, ont été brutalement interrompues par une violence aveugle et barbare, dans le feu, le sang et le chaos. Qui a souffert dans sa chair, dans celle de ses proches l’injuste et imparable cruauté d’un destin aveugle qui piétine les vies et les rêves ne peut qu’éprouver dégoût et révolte devant ce meurtre de masse, insensé et pourtant délibéré, dont la seule finalité est de semer la terreur parmi des innocents.

Et combien de fois, au cours de ces dernières années l’humanité fut-elle frappée de comparables massacres ! Vingt-huit ans jour pour jour avant les tours de Manhattan, le 11 septembre 1973, le feu et la mitraille s’abattait sur Santiago du Chili, le chef légitime de l’état, Salvador Allende, était assassiné et un soudard joua à faire exploser le crâne de son cadavre d’une rafale de mitraillette. Il comptait parmi les premiers des 3197 morts qui furent recensés. Sans compter bien sûr les milliers de disparus dont les familles cherchent aujourd’hui encore la trace. Toutes les libertés furent suspendues et les opposants arrêtés, le plus souvent exécutés après avoir été torturés. Les auteurs, bien connus, de ces crimes n’ont jamais été punis. Leur principal instigateur, Henry Kissinger, conseiller de Richard Nixon, 37ème président des États- Unis, reçut cette même année 1973 le Prix Nobel de la Paix…

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Le 14 septembre 1982, commençaient quatre jours de massacre aux camps palestiniens de Sabra et Chatila. Six mille innocents y périrent encore une fois par le feu et la mi- traille. Les responsables connus de tous ont agi avec l’active complicité du ministre israélien de la défense d’alors, Ariel Sharon. Il est aujourd’hui premier ministre…

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Qui donc se souvient encore de la tragédie industrielle survenue dans la ville indienne de Bhopal, dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984 ? Une énorme fuite de gaz toxique se produisait dans l’usine de pesticides d’Union Carbide grande firme américaine, désastre qui fit officiellement 6 600 morts (le triple selon selon les ONG). Six cent mille personnes souffrent aujourd’hui encore des séquelles, et le poison, l’isocyanate de méthyle, continue de tuer cinq personnes chaque semaine dans l’indifférence générale ; le bâtiment désaffecté est toujours là, il n’y a pas même une plaque commémorative et l’Union Carbide a vendu toutes ses usines de produits agrochimiques et licencié près de 80 % de son personnel, ce qui a permis à son président, M. Robert Kennedy, d’affirmer en 1990 : « Bhopal, c’est de l’histoire ancienne maintenant. L’incident de Bhopal n’a guère affecté notre capacité à faire des affaires« .

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Et l’on n’évoquera pas les massacres et les terribles mutilations du Rwanda, le napalm qui brûlait vif les enfants du Viêt-nam, les munitions à l’uranium appauvri qui sont bien sûr sans effet sur les populations civiles de Bagdad ou de Belgrade, les embargos dont les seules vraies victimes sont les populations les plus démunies… Cela n’a rien à voir : il s’agit de violence d’état, donc légitime, n’est-ce pas ?

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Ce n’est pas céder à un antiaméricanisme facile que rappeler cela : ce serait d’ailleurs parfaitement déplacé car un macabre décompte ne justifiera jamais un autre décompte macabre, mais au regard des médias, au regard de notre bonne conscience occidentale, une vie humaine a-t- elle la même valeur partout ? André Malraux écrivait naguère « Un vie ne vaut rien et rien ne vaut une vie« . On peut craindre que dans notre société marchande, il s’agisse non d’une figure de style mais d’une réartition géographique selon que vous êtes nés au Sud ou au Nord… Et là réside le germe de la frustration et de la haine de ceux qui sont dépossédés ainsi de leur valeur humaine. Alors, oui, éradiquons tous ensemble les vraies causes profondes du terrorisme.

Et commençons donc par le démantèlement des paradis fiscaux, base logistique du terrorisme international et de bien d’autres trafics; poursuivons impitoyablement les coupables, y compris par des moyens militaires -mais seulement les coupables et sous l’égide de l’instance internationale de l’ONU-, car nous, Communistes, si nous réaffirmons notre totale condamnation du terrorisme, comme nous condamnons tous les actes de barbarie, nous nous opposons également et sans équivoque, à toutes les logiques de guerre, qui ne font qu’ajouter le malheur au malheur et alimentent les frustrations, les rancœurs et les haines, d’où germeront les terrorismes de demain. La voie d’un conflit “qui pourrait durer dix ans ou plus”, comme l’a dit le Président des États-Unis, conduirait à radicaliser le sentiment d’injustice des peuples qui subissent depuis trop longtemps l’hégémonie des pays développés qui les écrasent et souvent les méprisent.

Quelle que soit notre légitime émotion devant les événements tragiques du 11 septembre, la raison doit l’emporter, car c’est la paix du monde qui aujourd’hui est en jeu et si, à quelque chose malheur peut être bon, que celui-ci soit l’occasion de réviser l’ordre mondial vers un équilibre économique international plus juste.

NON au TERRORISME,

NON à la LOGIQUE de GUERRE!

Contrepoint, n°1 octobre 2001

JPR

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