12
Nous sommes tous des Gazaoui…
Catégorie: en France, international
Incompréhensible silence du monde en général et de l’Union Européenne en particulier, insoutenable complicité de la plupart des médias qui par un effet de fausse symétrie mettent à égalité le Hamas, dont les roquettes artisanales ont fait 24 victimes israéliennes et Tsahal dont les bombes au phosphore et les armes sophistiquées ont tué plus de 900 gazaoui, dont 300 enfants du début de l’offensive à aujourd’hui, et enfin, indigne attitude de notre président agité et du cabotin Kouchner qui déroulent le tapis rouge à Paris au faucon israélien, la ministre Tzipi Livni issue des rangs de l’extrême-droite du Likoud ; le même Sarkozy, naguère « Président de l’Union Européenne » qui, contre l’avis majoritaire des députés européens, n’hésitait pas pour la fin de sa présidence, à faire réaffirmer la « détermination à rehausser le niveau et l’intensité » des relations entre l’UE et Israël. Un rehaussement qui « doit être fondé sur les valeurs partagées des deux parties, en particulier sur la démocratie et le respect des droits de l’homme, de l’État de droit et des libertés fondamentales, la bonne gouvernance et le droit humanitaire international » (sic ! Et quel feu vert laissé aux faucons israéliens…).
Quel silence aussi que celui d’Obama, lui dont la candidature, puis l’élection à la présidence des USA avait plongé dans le ravissement une opinion versatile, plus sensible à l’effet superficiel de nouveauté qu’aux vraies questions politiques de fond. Toujours est-il que dans le vide diplomatique de l’interprésidence américaine et avec la collaboration « rehaussée » de l’Union Européenne, l’État d’Israël avait toute liberté pour déchaîner son orage de feu, de fer et de mort sur la bande de Gaza.
Dans quel but ? …Car on doit bien s’interroger sur les intérêts réels d’un tel carnage, qui faute d’entraîner des sanctions des États, soulève au moins la colère des peuples et nuit gravement à l’image d’Israël. A qui donc, selon le vieil adage policier, profite ce crime ? Selon toute apparence au Hamas qui peut ainsi poser au seul véritable défenseur du peuple palestinien face à une l’autorité politique de Mahmoud Abbas, affaiblie et qui n’a pas su imposer un état palestinien viable par la négociation. Et évidemment, l’intérêt est surtout celui des « faucons » qui rêvent du « grand Israël », avec l’annexion des territoires et qui, à cette fin, ne veulent surtout pas que des négociations aboutissent à la création d’un état palestinien… Quoi de mieux que des islamistes radicaux face à eux pour justifier leurs exactions et leurs crimes ?
J’avais commencé ce billet avec l’intention de parler de la manifestation à laquelle j’ai participé samedi dernier et je me suis laissé aller à des considérations générales… Revenons donc à cette démonstration qui fut certainement la plus importante qu’il n’y ait jamais eu en France pour la Palestine, un vrai succès par la mobilisation massive, mais qui me laisse quand même un goût amer : si je partage totalement l’indignation et la colère devant les crimes israéliens, si je condamne sans appel toutes les formes de barbarie, et plus que toute autre celle du terrorisme d’état, je me sens mal à l’aise quand je vois le religieux supplanter le rationnel, le communautaire effacer l’universel et la passion de la vengeance aveugler l’esprit. Car il y avait cela aussi dans cette manifestation : prêches d’imams, prières collectives, propos qui dérapaient de la légitime condamnation des crimes israéliens à l’antisémitisme, jeunes qui cassaient des vitrines et du mobilier urbain au cri de « jihad ! »… Ce n’était certes pas l’essentiel de cette puissante mobilisation, ce n’était pas non plus des débordements anecdotiques : c’est, à mes yeux, la marque du recul actuel de la laïcité, encouragé tant par les communautarismes divers que par le chef de l’État et qui tend à transformer profondément notre société. Sans relâcher notre soutien au peuple palestinien, à cela aussi nous devons être vigilants.



