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Très primaire, tout ça…

Une brocante, dans la Nièvre

Force est de constater que l’opération « primaires » du parti socialiste est un succès. Faut-il s’en réjouir, c’est une autre question, et ceux qui ont lu mon billet du 14 septembre savent bien ce que j’en pense. Il faut bien être conscient qu’en dépit des apparences d’un vote illusoire, c’est un système foncièrement antidémocratique puisqu’il a pour principale fonction de canaliser l’expression citoyenne dans un horizon bipolaire, sans véritable possibilité d’alternative.  C’est donc une limitation du choix populaire, entre le pareil et le même en moins pire, comme je le dis souvent. Cette bipolarisation, me direz-vous, est inhérente aux institutions de la Vème République, avec son second tour de la présidentielle à deux candidats seulement.  Certes, mais on a toujours le choix de combattre les institutions ou de s’y soumettre.  Voire de s’y vautrer et les primaires tendent à conforter le présidentialisme.

Malgré que j’en aie, il me faut bien prendre en compte ce succès remporté par le PS dans sa stratégie électorale hégémonique et quand même relever quelques aspects positifs de cette opération.  Au moins deux : d’une part elle a révélé que les Français, malgré quelques apparences, ne se désintéressaient pas de la politique, c’est là un gage de succès pour nos idées de transformation sociale qui doivent s’imposer contre le fatalisme dit réaliste. D’autre part elle a mis en lumière que les sondages disaient des conneries, mais ça, on le savait déjà : tous les candidats donnés vainqueurs à huit mois de l’échéance — Giscard en 81, Barre en 88, Balladur en 95, Jospin en 2002 et Royal en 2007— ont été battus. Sans exception.  En 2007, c’est cette « démocratie d’opinion » (opinion présumée —voire manipulée— par les sondeurs) qui a largement contribué à imposer la candidate du PS, mais la prophétie autoréalisatrice s’arrête là : sa seule victoire aura été d’avoir été élue… candidate.  Je reviendrai sur les sondages dans un prochain billet.  Toujours est-il que cette fois encore, sans la moindre assise scientifique vérifiable, à partir d’un sondage bidonné, juste après l’élimination judiciaire du vieux lubrique, François Hollande s’est retrouvé promu favori grâce au Nouvel Obs, l’organe officieux du social-libéralisme.  Il avait ainsi été mis en exergue, à défaut de DSK…  Cependant, le sondage en question—mais cela, vous n’en avez certainement pas entendu parler— a été vivement critiqué par la Commission des sondages, dont voici le communiqué du 31 mai dernier (il n’est pas inutile de lire l’ensemble des communiqués sur leur site, c’est assez édifiant…) :

Dans son édition du 25 mai 2011, Le Nouvel Observateur a publié un sondage relatif aux premier et deuxième tours de l’élection présidentielle de 2012 réalisé par l’institut TNS-Sofres.

Les choix retenus par l’institut pour établir, à partir des redressements effectués, les intentions de vote relatives aux hypothèses de premier comme de second tour sont caractérisés par un défaut de cohérence interne au regard de l’objet d’un sondage qui, dépourvu de toute valeur prédictive, doit se borner à refléter l’état de l’opinion au moment de sa réalisation.

En conséquence, et en l’absence de toute manœuvre imputable à l’institut, la commission exprime des réserves sur le caractère significatif des intentions de vote publiées qui ne reflètent pas les résultats de l’enquête après application aux réponses des personnes interrogées des méthodes de redressement habituellement admises.

Et donc, les sondages se sont encore trompés —ou plutôt nous ont encore trompés— en imposant, au nom d’un bien légitime antisarkozysme, François Hollande comme homme providentiel (!!!), et enquête après enquête, entretenant un suspense artificiel, mais en étant totalement aveugles à la montée d’Arnaud Montebourg ou au déclin pathétique de Ségolène Royal, voire à l’écart, somme toute réduit, entre les deux impétrants ou au score ridicule de Manuel Valls.  Or là, il y a certainement des leçons à tirer.

La première —ouf ! ça fait du bien…— c’est qu’il reste des gens de gauche au PS et que l’aile très droitière, incarnée par le maire d’Evry voit son candidat en dernière position des cinq socialistes. Ajoutons que, quoi qu’en disent ceux qui voudraient qu’on n’en parle jamais, la fracture de 2005 n’est pas réduite et même si le concept de «démondialisation» n’est pas très rigoureux, il traduit bien le ras-le-bol face à la fameuse «concurrence libre et non faussée» !

La seconde leçon concerne Ségolène Royal ; l’engouement de 2006-2007 a été éphémère, mais au-delà du simple phénomène de crédibilité personnelle, c’est la condamnation d’une profonde ambiguité politique, d’un grand écart permanent entre des positions courageuses de gauche (mise en tutelle des banques, interdiction des licenciements boursiers, démocratie participative…) et des valeurs traditionnelles de la droite (ordre moral, autorité…).

Reste maintenant que si Montebourg était logique avec lui-même et les idées qu’il a défendues, il appellerait à voter pour le candidat du Front de Gauche… Mais ne rêvons pas, espérons seulement qu’il gardera fermement son cap à gauche jusqu’au bout et ne spéculera pas sur les avantages qu’il pourrait retirer en se ralliant à tel ou telle, à l’instar d’un quelconque Robert Hue…

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