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Les vraies primaires vont pouvoir commencer…

Les vraies primaires, vous l’avez, bien sûr, compris, ce sont celles qui confrontent des programmes de gauche différents, et non celles qui confortent la dérive présidentialiste et bipartisane de la Vème République dans des oppositions superficielles de personnes. La seule vraie primaire, c’est le premier tour de l’élection présidentielle et le débat sur le fond qu’il implique, car de vrai débat, il n’y en eut guère sur l’essentiel durant cette campagne du PS très médiatisée.  Certes, Arnaud Montebourg a exposé des thèses intéressantes, se rapprochant des nôtres, mais si le cinéma anglais nous avait offert dans les années 60 un film burlesque baptisé « la souris qui rugissait », la voix du supposé grand fauve politique, prisonnier de l’appareil, s’est soudain éraillée de façon tout ausi burlesque et il a annoncé qu’il voterait pour celui qu’il avait naguère baptisé « Flamby ».

Cela fait dire à Pierre Laurent à son sujet:

C’est un choix qui doit surprendre beaucoup de ceux qui ont voté pour lui au premier tour. On le présentait comme le jeune lion qui rugissait très fort, il finit en miaulant très doucement. A ceux qui ont voté Montebourg au premier tour, je leur dis : le seul programme qui reste fidèle à ce que vous avez essayé de dire, c’est celui du Front de gauche. Nous leur tendons la main.

L’épisode comm’ du PS est terminé, passons aux choses sérieuses, c’est-à-dire la confrontation des programmes. Avant de rentrer dans le détail, essayons de bien fixer le contexte général des échéances politiques devant lesquelles nous nous trouvons : c’est en premier lieu celui d’une campagne qui va être surdéterminée par la crise de la dette et la menace des agences de notation.  Surtout, ne vous laissez pas embrouiller les idées par ceux qui, au nom de leur prétendue expertise, vont vous dire que c’est trop complexe pour vos petits cerveaux : ce sont des faux-monnayeurs, des idéologues dont le seul but est que vous leur laissiez les coudées franches. Les choses, au fond sont très simples —ce qui ne veut pas dire que les politiques à mener seront faciles à mettre en œuvre.  Pour bien comprendre, partons de trois constats : d’abord, nous vivons en société et non dans la jungle du chacun pour soi, et une société organisée implique la prise en charge collective des besoins humains et économiques (éducation, santé, transports, aménagement du territoire, production énergétique, etc.). L’organisation de cette prise en charge est dévolue à l’Etat qui se charge de collecter les recettes suffisantes pour qu’elle soit la meilleure possible.

Or, depuis des années, et ce sera le deuxième constat, nous voyons, au nom de ce que la novlangue libérale appelle « nécessaires réformes », cette prise en charge des besoins —et surtout des besoins humains— se réduire comme peau de chagrin : recul du départ en retraite, déremboursements de sécurité sociale, suppression de postes dans la fonction publique en général et l’Education en particulier, crise de l’emploi, étranglement des collectivités territoriales, bref, mise à mal de tout ce qui ressortit peu ou prou au service public…

Si on en est réduit à cela, c’est certainement que tout va mal pour tout le monde. Eh bien! Non. Le troisième constat est que les inégalités explosent, les riches sont de plus en plus riches, des entreprises qui licencient ou délocalisent versent des dividendes exorbitants à leurs actionnaires, et les banques qui pleurent misère réalisent des profits considérables dont s’engraissent traders et spéculateurs.  Vous commencez à comprendre l’équation assez simple : les besoins sociaux non satisfaits, ce sont simplement les recettes que l’Etat n’a pas collectées.  Ça, c’est le premier étage de la fusée capitaliste ; le second, c’est que cet argent non collecté se transforme en dette quand il est ensuite prêté par le capital privé à l’Etat pour que celui-ci fasse quand même un minimum.  Transformé en dette, c’est-à-dire en une rente supplémentaire pour le capital qui ainsi devient collecteur d’impôts, par le biais des intérêts qu’il retire de son prêt à l’Etat ! Cette rançon a une traduction : la rigueur ; sa logique est de  toujours moins dépenser, pour que toujours le capital s’engraisse davantage.  Mais jusqu’où est-ce possible ?

On comprend bien qu’il y a là un terrible cercle vicieux qui ne peut conduire qu’à la récession.  La Grèce en est la preuve vivante, qui a servilement appliqué les politiques libérales dictées par le FMI (du bon docteur Strauss-Kahn) et est aujourd’hui au bord de la faillite.

Première conclusion : c’est le capital qui dicte aux Etats leurs politiques économiques.  Il n’a évidemment cure de l’intérêt général et n’obéit qu’à la logique du profit privé qui est le moteur même du système capitaliste, et il s’est doté pour cela d’un appareil répressif qui a le pouvoir de mettre les peuples à l’amende pour qu’ils lui versent ponctuellement sa rente.  Cet appareil s’incarne dans les fameuses agences de notation, officines privées, défendant des intérêts privés et faisant peser leur joug sur les politiques publiques au point qu’il n’y ait d’autre horizon pour les gouvernants —lâches ou complices— que les choix qui « les rassurent » pour qu’elles maintiennent leur triple A !  Notons au passage qu’au plan idéologique cette perversion du rôle de l’Etat s’est lexicalement traduite par le passage du mot « gouvernement » (au sens d’action de gouverner de droit) à celui de « gouvernance » (mot d’origine entrepreneuriale : diriger une entreprise sous la tutelle des actionnaires).

La seconde conclusion portera sur le choix qu’il faudra faire à gauche : mais disons-le tout de suite, ce ne sera pas « la régulation du capitalisme », comme le disent ceux —depuis Sarkozy, voire l’extrême-droite, jusqu’à la gauche impuissante— qui voudraient nous faire croire à une histoire d’amour entre la poule et le renard.  C’est à l’aune des dispositions concrètes contre l’emprise du capital —pôle financier public, déprivatisations, refus des directives européennes libérales, sortie du traité de Lisbonne…— qu’il faudra comparer les programmes de ceux qui aspirent à en finir avec Sarkozy, car on est au point où il n’y a plus d’issue dans le système.  Les évènements des mois à venir risquent bien de le démontrer de façon éclatante et de redistribuer profondément la donne politique dans notre pays et en Europe.

 

JPR

2 Commentaires sur

Les vraies primaires vont pouvoir commencer…

  • Espinat |

    Salut,
    Bravo encore pour ce billet toujours pertinent qui montre le fameux cercle vicieux qu’il faut toujours rappeler tant tout est fait pour nous le cacher…
    La photo est super ! Est-ce ta fabrication ? Peux-tu m’en envoyer un exemplaire plus grand pour que je la partage autour de moi ?
    Enfin, une remarque qui renvoie à la lecture du livre de Généreux : « Nous on peut » que je recommande autour de moi…
    Tu dis que c’est « le capital qui dicte aux Etats leur politique économique ». Généreux fait une longue démonstration sur le fait que le déploiement de l’ultra libéralisme s’est toujours opéré à la suite de décisions politiques prises par tous les gouvernements de Reagan en passant par Tatcher et jusqu’à aujourd’hui, ce qui est particulièrement vrai pour la construction européenne. Il met en évidence que les Etats dans ces pays ont toujours vu leur position maintenue voir renforcée mais pas pour le bien commun mais pour répondre à la soif insatiable de profit du capital.
    Ce n’est d’ailleurs pas contradictoire avec ce que tu dis et rappelle ce que Marx disait en parlant des « gouvernement » qui deviennent les conseils d’administration de la bourgeoisie ».
    L’inconvénient de ta formulation, me semble-t-il, c’est qu’elle peut laisser penser que l’on ne peut rien faire ou que les gouvernements subissent ces injonctions du capital, ce que l’on nous bassine à longueur de journée !
    Le problème c’est que ces dirigeants politiques sont élus démocratiquement (!?) et qu’ainsi ils tentent de cacher leurs liens très étroits avec ces grandes puissances. S’il est donc vrai que le capital dicte aux Etats leur politique, les Etats peuvent ou pas accepter ces injonctions, ces exigences. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes entre la gauche molle et celle de véritable alternative…
    Amitiés
    Michel

  • JPR |

    Merci de ton commentaire. Non hélas! la photo n’est pas de ma fabrication, elle circulait sur le net avant le second tour des primaires socialistes et elle résume assez bien la variation idéologique entre les deux candidats…

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