Contrepoint » Ils ont dit…

Ils ont dit…


On va un peu vous rafraîchir le mémoire.  Regardons ensemble ce que quelques acteurs de l’« Europe qui nous protège »  nous disaient, depuis le début de la crise grecque. Et à tout seigneur, tout honneur, commençons par le dur, le suffisant, l’arrogant Barroso, président de la commission européenne, qui déclarait, le 3 mars 2010, que le plan d’austérité pour la Grèce « est dans l’intérêt du peuple grec et de la stabilité financière de la zone euro.»  Bien vu, non ?  Deux mois plus tard, le 10 mai, et avec le même aplomb, il affirmait : « La zone euro retrouve assurément la confiance des investisseurs et nos fondamentaux sont bons.»  Et au mois de septembre, il triomphait : « Ceux qui au moment du déclenchement de la crise ont prédit l’éclatement de l’Union Européenne ont eu tort. Les institutions européennes et les États membres ont fait preuve de leadership. Je pense que nous avons réussi le test

On se rappellera aussi les mensonges répétés de l’UMP lors de la campagne des élections européennes, tel « garantir la reconnaissance et la sauvegarde de nos modèles sociaux nationaux…», engagement qui prend un relief tout particulier aujourd’hui, alors que se débattent à l’Assemblée de nouvelles coupes claires dans la sécurité sociale pour obéir aux exigences budgétaires du pacte de stabilité.  Et aussi, en mai dernier, les responsables européens —mais responsables de quoi donc, et devant qui ?— rejetait unanimement une réduction du montant de la dette grecque, considérant cette hypothèse comme une catastrophe et l’entourant de prédictions toutes plus apocalyptiques les unes que les autres, car elle ferait un peu souffrir les créanciers-requins qui dépècent la Grèce. Encore bravo pour leur clairvoyance ! Mais c’est quand même à ces gens-là qu’il faudrait aujourd’hui faire confiance pour nous sortir de la crise où leurs politiques libérales nous ont projetés ; ce sont ces gens-là qui dans l’accord fortement dramatisé la semaine dernière n’ont rien changé au statut de la Banque Centrale Européenne, persistant à la maintenir en-dehors de tout contrôle démocratique et refusant qu’elle puisse prêter aux États au même taux qu’elle le fait avec les banques. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on sait donc à quoi on peut s’attendre…

Alors, disons-le clairement et répétons-le autant qu’il le faudra : pas question d’accorder notre confiance —ni nos suffrages— à quiconque ne saura prendre une position claire et forte —c’est-à-dire, pas uniquement des vœux pieux— sur les questions fondamentales des traités européens et de la « règle d’or », du pacte Euro Plus et de la politique nationale de rigueur. Car c’est sur ce terrain-là que la droite sarkozyste va livrer la bataille électorale, et la gauche ne pourra pas se contenter de faire du « sarkozysme à visage humain », sous peine d’abandonner des pans entiers de la colère populaire à Marine Le Pen. En effet, la droite sarkozyste, bien silencieuse pendant toute la période des primaires socialistes compte reprendre la main à l’occasion de le crise de la dette. Qu’importe le paradoxe qu’elle en soit largement responsable, ce qui compte électoralement, c’est qu’elle paraisse plus crédible pour la résoudre, et plus sincère, que son adversaire supposé principal.  Elle sait très bien qu’on ne peut pas à la fois s’inscrire dans le pacte Euro Plus, les critères de stabilité européens, les logiques de concurrence libre et autre « règle d’or », et dans le même temps améliorer les conditions de vie, préserver la protection sociale et le service public dans notre pays. Car c’est là que réside la contradiction qui avait déjà conduit à l’échec de Jospin : jamais nul ne rassemblera toute la gauche sans rupture avec les logiques libérales. En 2002 Jospin a perdu —et l’a bien mérité— car il n’a pas su mobiliser le peuple de gauche sur un programme de gauche. Rappelez-vous cette phrase atterrante :« mon programme n’est pas socialiste »!  Si nous ne voulons pas que la gauche perde encore en 2012, elle doit proposer des politiques qui répondent aux attentes populaires, quelles qu’en soient les conséquences vis-à-vis des engagements européens pris contre la volonté exprimée le 29 mai 2005 par le peuple français.  Voilà, ramené au fondamental, l’échiquier sur lequel va se jouer l’élection présidentielle, tous les autres petits calculs de boutiquier, les spéculations politiciennes sur un rassemblement « humaniste » sont perdants si la gauche n’est pas capable de faire le plein de toutes ses voix. Et ça ce n’est pas gagné…

JPR

 

 

 

1 Commentaire sur

Ils ont dit…

  • graine d'ananar |

    « Si nous ne voulons pas que la gauche perde encore en 2012, elle doit proposer des politiques qui répondent aux attentes populaires, quelles qu’en soient les conséquences vis-à-vis des engagements européens pris contre la volonté exprimée le 29 mai 2005 par le peuple français. »

    JPR (Je Plussoie Radieusement ) je me suis permis de citer ce passage sur le blog de JLM. Mais rassurez-vous son webmestre m’efface régulièrement…

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