Contrepoint » Retraites : quelle réforme ?

Retraites : quelle réforme ?

Il n’est pas de chaîne de télévision, de média écrit ou de station de radio où l’on ne voit, lise ou entende M. Xavier Bertrand, d’un ton à mi-chemin entre l’instituteur débonnaire et le commerçant matois nous expliquer que pour effectuer la “nécessaire” réforme des retraites, nous disposons de trois “leviers” : la baisse des pensions, l’augmentation des cotisations ou l’accroissement du nombre d’annuités. Le sourire du bonimenteur se veut franc et l’explication semble claire, elle nous est imposée avec la force de l’évidence, au même titre que le soleil tourne autour de la terre et que celle-ci est plate, comme on le constate à chaque instant sous nos pieds… Et le champ du débat ainsi circonscrit, il ne nous reste plus qu’à choisir le sacrifice auquel nous allons consentir…

Pourquoi une réforme est-elle “nécessaire”?

L’allongement de l’espérance de vie —et par conséquent de la durée des retraites— auquel s’ajoute ponctuellement “le papy-boom”, crée une charge supplémentaire, qui, combinée avec le chômage, l’allongement des études et le refus des entreprises de garder les seniors —autant de facteurs de diminution des recettes des caisses de retraite— mettent le système par répartition en déficit et menacent le taux de replacement des salaires au moment de quitter le travail. A moins, nous dira notre bon ministre, que nous ne souhaitions grever les revenus de nos enfants pour assurer égoïstement notre confort… Nous voilà donc enfermés dans le dilemme : gagner moins ou travailler plus longtemps pour gagner la même chose !

Mais le bon maître d’école infantilisant qui nous débite sa leçon entre arithmétique simpliste et cours de morale bonnasse n’est en fait qu’un maquignon rusé, qui impose le débat en termes trompeurs, alors, abordons-le autrement…

D’abord, examinons de plus près ces données et observons déjà que deux des supposés leviers du ministre —augmentation du nombre d’annuités ou baisse des pensions— n’en font en réalité qu’un, puisque du fait tant de l’allongement de la durée des études avant le premier emploi que de la mise à l’écart précoce dans le dernier (60% des salariés ne sont déjà plus en activité au moment de la retraite), il devient pratiquement impossible d’obtenir le quota pour un départ à taux plein. Pire : avec le système de décote, toute augmentation du nombre d’annuités pour le calcul de la pension se traduit, quand elles ne sont pas obtenues, par une diminution supplémentaire du taux de remplacement du salaire. Cela laisse donc le choix entre baisse de la pension et… baisse de la pension ! En dehors de l’hypothèse récusée d’avance —on ne va quand même pas faire payer nos enfants !— de la hausse des cotisations, il n’y aurait donc point de salut.

Par ailleurs, le “papy-boom” n’est qu’un pic démographique à passer, et la France a le meilleur taux de fertilité d’Europe, la relève est donc assurée. Reste que le manque de recette des caisses est étroitement lié au chômage : il y a aujourd’hui, en France, environ 4 millions de personnes disponibles qui souhaiteraient un emploi, ce qui, si elles en obtenaient un et sans modifier le système représenterait déjà la moitié des besoins de financement. Notre président ne nous a-t-il pas promis le retour au plein emploi ? Alors, pourquoi s’alarmer et se précipiter de la sorte ?

Ensuite, posons une vraie question : la société a-t-elle les moyens de financer collectivement ces retraites plus longues ? rappelons simplement qu’une hausse de seulement 1% de la masse salariale équivaut à 2,5 milliards d’euros de cotisations sociales, l’augmentation des salaires serait donc un autre levier mais le dogme libéral de la baisse du “coût du travail” l’interdit pour préserver les profits financiers, qui rappelons-le ne cotisent pas, eux, à la protection sociale, de même que les stock-options, l’intéressement ou autre participation. La Cour des Comptes a établi que la taxation de l’ensemble des éléments de rémunération exonérés actuellement rapporterait près de 15 milliards d’euros alors que le déficit du régime général de retraite ne représente que quelque 5 milliards.

De plus, les prévisions annoncent un doublement du PIB d’ici à 2040, n’y a-t-il pas, dans cette richesse créée par le travail largement de quoi subvenir à tous les besoins de la protection sociale ?

diaporama de la manifestation

Vous avez une opinion? Laissez un commentaire:

Nom *
E-Mail *
Site Web