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La loi du marché…

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Les prétendus experts qui agitent vainement leur petites bouches prétentieuses au long des causeries médiatiques censées nous faire comprendre le monde, me corrigeraient sûrement, avec la docte condescendance de ceux qui savent mieux que les autres, pour préciser « on dit : les lois du marché». Eh bien, non, ceux qui emploient cette expression ne sont jamais que des idéologues qui aimeraient à faire croire que l’économie est une science et qu’elle obéit à des règles, à l’instar des lois naturelles ; moi, je maintiens «la loi du marché», comme on dit la loi du Milieu. Le code de l’honneur en moins. Les banques privées, les fonds spéculatifs d’investissement (hedge funds) et leurs flics, les agences de notation, agissent-ils différemment des proxénètes quand ils mettent à l’amende une nation qui ne rapporte pas assez aux rentiers, ou quand, pour le punir d’avoir failli à leur loi, ils stigmatisent un État de la croix des vaches en dégradant sa note ?

Ce n’est pas d’aujourd’hui, me dira-t-on, que l’argent mène le monde, et que les maîtres des forges inspirent leurs décisions aux gouvernants, voire les achètent pour servir leurs intérêts privés contre l’intérêt général. Certes, mais il y avait des apparences démocratiques, on combinait, magouillait, tripatouillait pour que les politiciens qui représentaient les intérêts de la classe dominante, tiennent les rênes du pouvoir politique ; la grande nouveauté de notre époque, c’est qu’ils ne veulent même plus de ces politiciens fantoches car la démocratie, même bourgeoise et formelle, les embarrasse !  Comment pourraient-ils faire confiance à un élu qui, tôt ou tard, a des comptes à rendre à ses mandants ?  Il n’aura jamais la main assez ferme pour écraser ceux dont il a besoin des suffrages… Et comment pourraient-ils faire confiance à un peuple de plus en plus éduqué, et à même, malgré qu’ils en aient, de comprendre où on cherche à le mener ?  Ce peuple a montré, presque partout où il a été consulté en Europe, qu’il n’était plus dupe des fables libérales et a rejeté, contre toute prévision, le traité constitutionnel européen de 2005. Alors, la démocratie, ce leitmotive du discours bien pensant quand il s’agit de combattre une nation qui n’accepte pas le talon de fer libéral, devient suspecte dès lors que son expression remet en cause son fondement économique, car, n’est-ce pas, on ne peut pas faire autrement !  C’est la traduction actuelle du fameux TINA (there is no alternative) de la mère Thatcher, et Fillon l’a encore répété hier pour justifier la cure d’austérité que les marchés veulent nous imposer au mépris de toute démocratie réelle.

L’attaque —délibérée et méthodique— contre la démocratie se fait selon deux axes, qu’on pourrait résumer dans la formule attaque globale et locale : au plan global, elle réside dans l’abandon des souverainetés nationales issues du suffrage universel et de l’expression de la volonté des peuples, au profit d’une prétendue gestion d’experts ; ce sont par exemple, les fameux gouvernements Goldman-Sachs dont les hommes, co-responsables directs de la crise des subprimes et de la falsification des comptes de la Grèce, sont maintenant au pouvoir, en tant qu’experts supposés, dans des gouvernements qui vont parfois de l’extrême-droite à la social-démocratie, au nom d’une union nationale qui n’est jamais que celle de la pensée unique et de la soumission aux marchés financiers ; c’est aussi le contenu des accords Merkozy et du sens dans lequel le tandem franco-allemand voudrait orienter encore davantage la construction européenne en ôtant aux peuples la maîtrise de leurs budgets nationaux ; c’est enfin, au plan idéologique, ce que traduit le glissement sémantique du concept de gouvernement (plein exercice du pouvoir de décider et d’agir) à celui de gouvernance (gestion des affaires au service d’intérêts externes, les rentiers, en l’occurrence). Le nouveau traité européen que Merkel et Sarkozy veulent élaborer va en ce sens.  En finir avec le traité de Lisbonne, oui, c’est urgent, mais certainement pas pour aller plus avant dans l’eurolibéralisme en perdant la maîtrise de nos choix budgétaires et en dérivant subrepticement vers le fédéralisme sous férule germanique, avec à la clef, sanctions quasi-automatiques pour ceux qui ne respecteraient pas la discipline budgétaire dont l’unique but est de permettre aux cannibales de s’engraisser un peu plus de la misère des peuples.

Le second axe de ce grand bond en arrière procède des mêmes visées et se traduit par l’abaissement de la démocratie locale. La réforme territoriale en cours, en éloignant l’élu local de ses mandants (diminution du nombre des élus locaux, réduction de leurs compétences au profit des échelons supérieurs) le soustrait d’autant à la pression des électeurs et en le privant de ressources (suppression de la taxe professionnelle, gel des dotations, perte de l’autonomie fiscale des communes) lui interdit de satisfaire, à travers le service public local et les investissements dans des équipements collectifs, les besoins de la population.  Comme par hasard, cela s’inscrit dans le cadre de la réduction des dépenses publiques et dans un réaménagement des instances territoriales qui tend à substituer la communauté de communes, ou d’agglomération à la commune, la région ou la métropole, au département et, au bout du compte, à transférer de plus en plus de souveraineté nationale aux technocrates européens en court-circuitant l’Etat ; et on le voit, on retombe par ce biais-là aussi dans le grand projet libéral européen, qui faute d’être avalisé par les peuples leur sera imposé au prétexte de la dette.  Il n’est pas inutile de rappeler que jamais de son histoire, je dis bien jamais, les avancées vers l’eurofédéralisme se sont faites démocratiquement, sur la base d’une adhésion populaire à un projet explicite : la démocratie n’est résolument pas dans les gènes politique de l’Europe libérale, et ce depuis sa fondation (voir le billet très explicite du 1er juin 2009)!

Car, bien sûr, la dette, c’est le knout avec lequel on fait marcher les moujiks, et au nom duquel ils devraient accepter tous les sacrifices.  Mais pourquoi subit-on cette dette, et surtout, pour qui ?  Mais parce que vous vivez au-dessus de vos moyens ! nous déclinent doctement tous les professeurs-profiteurs-experts du système, qui eux ne manquent pas de moyens…  C’est quand même curieux qu’un État qui vit au-dessus de ses moyens puisse se priver de ressources comme l’impôt sur la fortune, ou renonce à taxer la rente du capital au même taux que la rémunération du travail, curieux aussi qu’il exonère de cotisations sociales nombre d’entreprises aux prétextes les plus variés, curieux toujours qu’il maintienne en ces temps de «sacrifices partagés» la fameuse «niche Copé» (défiscalisation des reventes de titres) qui permet aux entreprises et actionnaires du CAC 40 de payer bien moins d’impôts qu’une PME et au sujet de laquelle la Cour des comptes a estimé que ce superbe cadeau aux riches avait coûté 10 milliards d’euros aux caisses de l’Etat sans apporter la moindre retombée en matière d’emplois ou d’investissements. Voilà pourquoi nous subissons cette dette. Reste à préciser pour qui, et là, un audit précis des dettes souveraines serait bien éclairant et il nous paraîtrait évident que nous devons refuser les dix ou vingt ans d’austérité qu’on nous annonce comme nécessaires pour ne pas faire défaut auprès de Madame Bettencourt et consorts.  Les spéculateurs se définissent comme preneurs de risque, pour justifier leurs gigantesques profits ; eh bien, cette fois, qu’ils prennent leurs pertes !  Mais en tout cas, quiconque se dit de gauche n’acceptera aucune politique de rigueur, fût-elle prétendue «juste».

Vous trouverez ci-dessous une proposition de résolution européenne émanant du PCF, du PG et de Die Linke dont l’adoption constituerait un premier —petit— pas vers une Europe plus juste et tendrait à la sortir des griffes de la finance. Je suis bien curieux de voir si les différents partis européens qui se prétendent de gauche la soutiendront ou non…

JPR

P.S.: À peine ai-je terminé ce billet que je découvre sur mon écran de télé le visage rubicond de J.R. qui met toute son éloquence que nous connaissons si bien… au service d’un grotesque cirage de pompes de la politique européenne de Sarkozy. Essayez de revoir cet approximatif exercice de rhétorique réactionnaire  sur les rediffusions internet de la 3 ou de Public Sénat. Voici le lien, l’intervention de JR commence à 30:50.

 

Proposition de résolution européenne

Article unique

L’Assemblée nationale,

Vu l’article 88-4 de la Constitution,

Vu l’article 151-5 du Règlement de l’Assemblée nationale,

Vu le projet de programme de stabilité européen transmis par le gouvernement français à la commission européenne,

Vu la résolution du Parlement européen du 8 mars 2011 sur les financements innovants à l’échelon mondial et à l’échelon européen,

Vu la proposition de règlement modifiant le règlement (CE) n° 1467/97 du Conseil visant à accélérer et à clarifier la mise en œuvre de la procédure concernant les déficits excessifs,

Vu la proposition de directive du Conseil sur les exigences applicables aux cadres budgétaires des États membres COM (2010) 523,

Vu la proposition de règlement sur la mise en œuvre efficace de la surveillance budgétaire dans la zone euro COM (2010) 524,

Vu la proposition de règlement établissant des mesures d’exécution en vue de remédier aux déséquilibres macroéconomiques excessifs dans la zone euro COM (2010) 525,

Vu la proposition de règlement modifiant le règlement CE n° 1466/97 relatif au renforcement de la surveillance des positions budgétaires ainsi que la surveillance et la coordination des politiques économiques COM (2010) 526,

Vu la proposition de règlement sur la prévention et la correction des déséquilibres macro-économiques COM (2010) 527,

Recommande au gouvernement d’engager, conjointement avec le gouvernement allemand, au plus tard lors du prochain Conseil européen, des négociations avec nos partenaires européens visant à :

  • L’instauration d’un Fonds européen de développement social, solidaire et écologique afin de financer des projets publics de création et de sécurisation des emplois, de développement de la formation et de la recherche, de protection de l’environnement.
  • La prise de participation majoritaire des États membres au capital des banques européennes exposées à un risque de défaut de la Grèce, de l’Irlande ou du Portugal, afin de réorienter l’activité de ces établissements vers leur cœur de métier, c’est à dire le financement de l’économie.
  • L’instauration d’une taxe sur les transaction financières sur tous les instruments financiers à des taux d’imposition très faibles de 0,1 % pour les actions et obligations et 0,05 % pour toutes les autres transactions, y compris les opérations sur devises.
  • L’instauration d’une taxe exceptionnelle sur le patrimoine des personnes physiques dont le stock de patrimoine excède un million d’euros. Une taxe que serait perçue au taux de 5 % dans les 27 pays de l’Union européenne.
  • L’interdiction des ventes à découvert, qui permettent de spéculer sur la vente d’un titre dont on ne dispose pas, des CDS (Credit default swaps), instruments privilégiés de la spéculation sur les dettes publiques et du « trading » haute fréquence.
  • La fermeture des marchés de gré à gré qui échappent à toute surveillance et ont pourtant été encouragés par la directive sur les marchés d’instruments financiers et l’interdiction pour les agences de notation de noter les dettes souveraines.

 

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