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Ça ne marche pas ? Eh bien, on continue !
Catégorie: élections, en France, Europe, Langue & idéologieVoilà à peu près la leçon qu’on pourrait retirer de la déclaration de Fillon, ce matin, suite à la dégradation de la France par l’agence Standard & Poor’s. Après avoir dramatisé des semaines durant le risque de perdre ce fameux triple A, il s’est employé, après Baroin hier, à minimiser cette sanction, sans bien sûr, remettre en cause les politiques qui l’ont déterminée. Car, et c’est bien là le paradoxe que le Front de Gauche dénonce depuis longtemps, les politiques d’austérité menées pour réduire les déficits publics n’apportent que risque de perte de croissance, et donc d’augmentation desdits déficits, c’est ce risque que sanctionne aujourd’hui l’agence américaine…
C’est ainsi que se sont déjà enclenchées les spirales infernales qui ont entrainé au fond du gouffre la Grèce, le Portugal, l’Italie et l’Espagne, avec accroissement du chômage et régression sociale généralisée, sans que la moindre issue à la crise ne se profile pour ces nations. Qu’importe, il ne faut surtout pas arrêter chez nous ce qui a si bien marché ailleurs ! Mais, promis-juré, nous, nous n’aurons pas de troisième plan de rigueur, tout au plus quelques «mesures d’ajustement ciblées», car, n’est-ce pas, «ce ne sont pas les agences de notation qui font la politique du pays». Après cette fière rodomontade, le premier ministre a, au détour d’une phrase, laissé entrevoir ce qui pourrait être concerné par ces « mesures d’ajustement » : il faudrait, a-t-il dit en substance se pencher sur le rôle des collectivités locales dans le déficit budgétaire… Quand on sait que 70% des investissements publics sont justement le fait de ces collectivités et constituent donc un ressort puissant de la croissance, on est en droit de s’alarmer du risque de nouvelles restrictions touchant leurs ressources. Cela d’autant plus qu’elles ont déjà été bien éprouvées par la suppression de la taxe professionnelle et le gel des dotations d’Etat, avec tout ce que cela implique comme réduction du service à la population. Pourquoi tout cela, alors qu’on sait que c’est inefficace ? Eh bien, écoutons toujours Fillon : «…pour restaurer notre crédibilité au regard des investisseurs». Au fait, qui sont ces investisseurs ? Ceux qui ne cherchent que la rente à deux chiffres, autrement dit, les spéculateurs qu’il faudrait précisément combattre pour sortir du cercle vicieux…
Encore une fois, il n’y a qu’une alternative : ou on cède devant les marchés financiers, ou on tord le cou à la spéculation. Et pour cela, une seule voie : que la BCE prête directement aux Etats, au même taux qu’aux banques ; les autres propositions ne sont que des attrape-nigauds. Bruxelles ne voudra jamais, me direz-vous ! Eh bien, que la France —et elle en a le pouvoir— cesse immédiatement de contribuer au budget de l’Union européenne, c’est une guerre économique qui est engagée et il faut savoir aussi frapper. Et puis savoir également bien choisir son camp : l’intérêt des peuples ou celui des « marchés », sachant bien que, malgré qu’en aient les prosélytes du perpétuel compromis, ils sont définitivement inconciliables. L’heure est maintenant aux vraies décisions, c’est à l’aune de celles-ci qu’il faudra choisir son bulletin de vote en mai.
Encore un mot, dans le billet précédent, j’évoquais le goût prononcé de nos élites pour la «pédagogie», avec cette dégradation de la note française, la métaphore scolaire est de plus en plus florissante : Baroin n’évoquait-il pas l’élève qui passe de 20/20 à 19/20 pour minimiser l’évènement qui nous concerne ? L’élève ? oui, vous savez, comme disent les commentateurs au sujet de tel ou tel pays, bon ou mauvais élève de la classe européenne… Mais au fait qui est le maître d’école ?
Vivement le retour du peuple souverain, seul maître en démocratie.
JPR




