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Un petit air d’opérette…
Catégorie: à Plaisir, dans les YvelinesVous avez tous pu voir sur les panneaux publicitaires de la ville, en double page du bulletin municipal ou sur la carte de vœux de la Mairie pour ceux qui l’ont reçue, cette aimable troupe souriante vous souhaitant la bonne année. Malgré quelques décolletés avantageux et gambettes haut croisées, je vous rassure, notre JR n’a pas mandaté la troupe des Folies Bergère, mais invité les membres du Conseil Municipal à poser « en tenue de sortie » pour cette consensuelle mise en scène de sa personnelle splendeur décontractée…
Ne me cherchez pas sur la photo, je ne m’y suis pas prêté ; non par rejet de la convivialité républicaine que je peux aussi apprécier, ni par animosité personnelle ou quelconque mépris contre les élus de tout bord, ni encore moins parce que je refuserais de présenter mes vœux aux Plaisirois, mais par franche détestation des simagrées endimanchées et mondanités hypocrites. Je note d’ailleurs que l’autre élue apparentée communiste et celle des Verts ne figurent pas non plus, sans qu’il y ait eu concertation entre nous, dans ce bouquet humain sur fond dégradé et encadré d’arabesques florales du plus élégant et discret effet… Au vu du résultat, je n’ai aucun regret de ne pas m’être prêté à cette séance.
En dehors des raisons esthétiques qui font de ce chromo le fruit du croisement inattendu d’un calendrier des pompiers avec le tableau final d’une opérette, pourquoi donc désapprouvé-je cette initiative ? J’aurais envie de répondre, à l’instar d’un magazine bien connu, pour le choc des images et le poids des mots.
Le choc de l’image, d’abord. La composition en demi-cercle, les visages souriants, donnent le sentiment d’une équipe unie au service des Plaisirois et où régnerait ce consensus que je dénonçais récemment comme un des artifices idéologiques de la représentation néolibérale de la société. On est bien loin de la réalité que traduisent infiniment mieux les tribunes de Norbert Rampolla, tels ces extraits de la dernière, celle précisément du numéro de l’Essentiel orné de cette photo :
On savait déjà que l’opposition socialiste de Plaisir ne connaît pas sa ville et ne suit pas ses dossiers […] s’il est bien un sujet sur lequel il convient de se serrer les coudes et de faire bloc c’est celui de l’emploi. Et tout le monde en convient.
Tout le monde ou presque car notre opposition a attaqué violemment la politique municipale et reproché une soit [sic] disant envolée du chômage à Plaisir. […]
Alors puisque l’époque est aux voeux, je souhaite que le chômage continue de reculer au profit des familles mais aussi, que l’opposition se décide enfin à s’intéresser à la réalité de ce qui se passe à Plaisir…
Bon, il ne dit pas socialo-communiste, c’est déjà ça, mais vous comprenez mieux ce que j’entendais en parlant de « mondanités hypocrites« : je ne vois pas pourquoi j’irais me répandre en sourires mielleux avec des gens qui insultent aussi bassement le groupe auquel j’appartiens.
Mais, maintenant que le contexte réel —et non rêvé— est rétabli, revenons-en à l’image : donc d’abord, elle est mensongère en ce qu’elle offre une représentation bien lissée du conseil municipal et substitue une impression de consensus au débat de fond qui nous oppose, nous la gauche, à la gestion de droite de la ville, ensuite et surtout, il faut se demander quelle est sa finalité, sinon par sa composition de mettre en valeur notre JR. En effet, il se détache nettement du groupe par la double opposition de sa chemise claire dans un ensemble dominé par les teintes sombres et sa tenue décontractée au milieu des pingouins endimanchés : l’œil attirée par le vêtement clair, entre par celui-ci dans l’image et reconnaît immédiatement dans la décontraction de JR, qui ne respecte pas la convention vestimentaire du groupe, le leader simple et bienveillant de celui-ci qui, l’entourant, valide par sa présence collective son autorité personnelle. On n’est pas dans l’iconographie hagiographique nord coréenne, mais presque ! Bref cette photo n’était qu’une opération de promotion personnelle du maire… Euh, pardon, du député-maire, opération qui, une année électorale, ne saurait être mauvaise… J’ai bien eu raison de ne pas m’y prêter.
Vient ensuite, le poids des mots. Au verso de la photo, on découvre cette intéressante énumération :
Elle appelle immédiatement une remarque : le choix des prénoms. En français, la forme non marquée de la communication orale est le vouvoiement et l’emploi de madame-monsieur, suivi ou non du patronyme ; le passage au tutoiement et au prénom procède d’un consentement réciproque ou d’un usage social particulier bien établi (collègues de travail, rapport asymétrique adulte-enfant, etc.). Nous sommes donc là devant le choix délibéré de présenter dans un registre familier les élus de la ville —familiarité que justifierait le lien communautaire d’être plaisirois, un peu comme si on formait une grande famille. Cela ne correspond évidemment à aucune réalité dans les rapports sociaux de nos concitoyens, ni même des conseillers municipaux entre eux, mais renforce l’image consensuelle que voulait déjà induire la photo.
Ajoutons l’intéressante hiérarchisation de cette liste. Il ne s’agit évidemment pas de la légende de la photo —de gauche à droite, de haut en bas—, ni de l’ordre alphabétique : il fallait bien que là aussi JR occupe la place d’honneur, mais de l’ordre —légèrement aménagé— de l’élection au Conseil Municipal, la liste majoritaire d’abord en respectant le rang de présentation de chaque candidat, puis la liste seconde, etc. Enfin, presque… En effet, monsieur Tabary (Bruno, de son prénom) en bonne logique, seul élu du Modem, troisième liste par le score, devrait clore l’énumération (tout comme d’ailleurs il devrait siéger en dernière position au conseil pour respecter l’article R. 2121-4 du CGCT). Ce n’est étrangement pas le cas. Cela n’a évidemment aucune importance, et on se moque bien de ces préséances convenues, sinon que cela traduit quand même que la géographie politique inconsciente de JR prévaut sur les conventions républicaines et qu’il place le Modem dans la continuité de ses propres élus, ce qui est, somme toute, assez conforme à la réalité politique sinon aux textes législatifs.
La question maintenant est : « que nous réserve-t-on pour les vœux de l’an prochain ? » Gageons que nous aurons droit à un lip dub diffusé sur les réseaux sociaux, avec Joël dans le rôle du chanteur de Mexico, pour rester dans le domaine de l’opérette !
JPR





