Corvée dominicale…

Bon, c’était incontournable, il fallait bien que j’écoute ce qu’allait dire François Hollande à son premier grand meeting. Les perroquets ineptes de la médiacratie annonçaient qu’il allait « fendre la cuirasse » —un de ces clichés stupides qui traduisent à la fois leur pauvreté lexicale et le caractère monarchique d’un régime qui fait passer l’homme, son histoire et son caractère, avant ses idées et son programme. Bref, je me suis installé devant mon écran, bloc et stylo à côté de moi, et je me suis connecté —une fois n’est pas coutume— au site du parti socialiste en m’attendant au pire. Autant le dire tout de suite, sans cependant me faire pousser des cris de joie, ça a été moins pire que je ne croyais.

Bon ça ne veut pas dire que c’était enthousiasmant, mais les mots étaient de gauche « égalité », « république », « laïcité » et l’adversaire désigné : « le monde de la finance ». On était bien loin —au moins en apparence— de la danse nuptiale devant les centristes qu’on aurait pu redouter. Ce qu’attendent les Français, c’est un choix entre la gauche et la droite, a-t-il déclaré, c’est quand même mieux que la sérénade à Bayrou. Mais il n’a pas pour autant défini les contours de sa future majorité présumée, ce qui n’augure pas que du meilleur…

Pour se plier aux exigences de la merdonité, le candidat socialiste a commencé par l’épisode que je trouve toujours un peu grotesque, du story-telling  (comme disent les barbares). Le corps et l’âme du monarque doivent appartenir à la France, comme il doit incarner en sa personne le terroir, la Nation et son histoire ; Sarko nous fait le coup à chaque fois, et ce ne fut sûrement pas ce moment du discours de Hollande qui a été le meilleur. La référence normande —marquée du stéréotype « p’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non »— n’était pas de nature à camper l’image d’un caractère bien résolu, puisque c’est ce qui compte, paraît-il, pour gouverner… Heureusement l’épisode a été assez bref ; il y avait peut-être quelque indécence quasi sarkozyenne à se réclamer de Camus et des pendus de Tulle, mais le Limousin est à la fois la terre d’élection du candidat et celle où le Front de Gauche a frôlé les 20% au scrutin régional… Et le Front de Gauche explique certainement bien des aspects du gauchissement de la posture du socialiste, ainsi que les critiques, même au sein de son propre parti, sur son supposé « centrisme-mou »: il devait d’urgence donner des gages à son aile gauche, non encore convertie à la social-démocratie, et à un électorat qui risque d’être capté par Jean-Luc Mélenchon. Aussi, il a davantage mis l’accent sur le rêve —avec Shakespeare pour référence— que sur son habituel « réalisme » qui ressemble trop à du fatalisme et de la soumission au libéralisme.

On a donc entendu un discours qui sonnait bien à gauche, mais à y regarder de plus près, il faudrait s’assurer que les paroles correspondent bien à la musique. D’abord, certains couplets manquent à la chanson : celui des salaires, en particulier, ou celui de la crise de l’Euro ; ensuite, il nous faudra attendre des chiffres et des précisions : taxe sur les transactions financières, bien sûr, mais Sarkozy lui-même évoque une telle mesure… séparation entre l’activité de dépôt et celle d’investissement des banques, évidemment ! c’est même un point du programme du Front de gauche, mais quel type de séparation ? Une banque de dépôt se voit-elle interdire toute spéculation, ou ne s’agit-il que de filiariser certaines activités, sur le modèle britannique ? Voilà des points qui devront être clairement définis avant que ne soit décerné à ce programme le label « vraiment de gauche« .

Car, à côté de celles-ci, il y en a qui ne sont pas gauche du tout, même s’il fallait être très attentif pour les capter au milieu de la brillante rhétorique du tribun et de la mise en scène hollywoodienne. Qu’entendre par ce qu’il appelle modestement « le sérieux budgétaire » ou « la maîtrise des dépenses de l’Etat » sinon la poursuite des politiques de restrictions des budgets ?  Il a par ailleurs confirmé que les créations de postes dans l’Education Nationale se feraient sans augmentation globale du nombre de fonctionnaires, autrement dit par simple redéploiement, validant ainsi les régressions sarkozyennes : alors, combien d’infirmières en moins ? Quant à la retraite, il n’est pas question de revenir à 60 ans pour tous, mais seulement pour une infime partie des salariés. Bref, le compte n’y est pas et plus que jamais, seul le front de Gauche a une position et un programme clair sur tous ces points. Il fallait hier mettre en scène un homme de gauche et seulement cela, ça explique que la présentation détaillée du programme soit reportée à jeudi, car je crains qu’il le soit beaucoup moins —de gauche— que les envolées lyriques du candidat !

Le meeting s’est terminé par la Marseillaise —elle n’a été précédée ni suivie de l’Internationale : il fallait certainement éviter un accident cérébral aux Valls, Moscovici et consorts pour qui la coloration superficielle du discours devait déjà sembler un brûlot gauchiste.

JPR

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