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La gauche du XXIème siècle ? (première partie)
Catégorie: Communisme, en France, EuropeUn cycle politique s’est achevé, non pas avec le XXème siècle, car il n’y a pas de correspondance magique entre les événements et les dates, mais avec l’échec du libéralisme dont la marche de conquérant triomphant et barbare avait durement meurtri les dernières années du siècle passé, marche qui a pris aujourd’hui, avec la crise, le visage d’une déroute économique et idéologique.
Cette dernière devrait ouvrir de nouvelles perspectives à une réelle alternative de gauche en ce début de XXIème siècle. Mais le conditionnel reste de rigueur, car la définition en terme de projet de cette alternative comme la construction politique qui devrait la porter sont bien en retard sur les aspirations populaires.
Deux dates
Deux événements majeurs marquent cette transformation récente de l’espace politique ; ces deux événements étroitement corrélés se cristallisent sur deux dates : 21 avril 2002, 29 mai 2005. Une fin et un commencement… Événements de fond, car le premier montre clairement l’impasse d’une gauche d’accompagnement social du libéralisme tandis que le second ouvre l’espoir d’un rassemblement majoritaire pour une transformation profonde de la société et fonde ce rassemblement sur le refus du modèle libéral, qu’il soit ultra ou se dise social, ce qui revient à rejeter tant les politiques menées par la droite que la position dominante au sein de la direction du Parti Socialiste.
La leçon non comprise du 21 avril
En effet, quelle leçon le PS a-t-il tiré du 21 avril ? A-t-il renoncé aux orientations sociales-libérales qui l’avaient mené là ? Eh! bien, non : son attitude lors du référendum de 2005 comme son dernier congrès en sont les preuves évidentes, congrès où les motions principales ne divergeaient en rien les unes des autres sur le fond politique, toujours social-libéral. De même, son alignement pour les élections européennes sur le manifeste du Parti Socialiste Européen qui réclame l’application rapide du traité de Lisbonne en est l’éloquent témoignage le plus récent…
Si le PS a cependant tiré une leçon de l’échec de 2002 (pourtant annoncé déjà par celui des municipales de 2001…), ce ne fut que celle d’un étroit raisonnement arithmétique pour lorgner à sa droite sur le Modem susceptible de lui fournir l’appoint de voix nécessaire afin de préserver ses élus. Ce calcul fut aussi un choix politique, à l’instar des parti sociaux-démocrates européens, qui s’inscrivaient déjà résolument dans la perspective d’une société de marché ouverte et s’allient aujourd’hui sans vergogne à des gouvernements de droite ; le PS français ne procède à aucune remise en cause des orientations qui étaient justement celles qui l’avaient conduit à l’échec de 2002… avant celui de 2007, échéance où les positions d’une Ségolène comme d’un DSK, voire d’un Delanoë ne divergeaient guère de celles d’un François Bayrou sur les points essentiels de la politique nationale et européenne…
Le schématisme des généralisations
Cela étant, l’erreur que certains commettent dans un rejet global trop hâtif de ce parti, c’est de concevoir le PS comme une entité homogène : il ne l’est pas à sa base militante, et moins encore dans son électorat. Il ne tient sa cohésion que de sa position hégémonique à gauche, des institutions de la Vème République qui induisent au bipartisme et des appareils idéologiques de la bourgeoisie qui le présente, même si c’est parfois de manière critique, comme la seule alternance crédible à la droite en écartant toute autre hypothèse du débat. Il est de surcroît l’enjeu de conflits internes très violents, conflits de personnes certes, mais aussi autour de la vieille tentation historique —avouée ou non— de l’alliance avec le centre-droit, et cela contre le déplacement à gauche du centre de gravité politique du pays qu’a constitué le vote de 2005, deuxième date-clé.
Sa direction nationale, tant par ses déchirements internes que par ses abandons de certains fondamentaux du socialisme désole nombre de militants sincères qui restent cependant attachés à leur parti, comme elle décourage l’électorat populaire qui ne voit plus l’intérêt du bulletin de vote si ce n’est pour céder dans l’aigreur ou la colère aux sirènes du populisme ou de la protestation stérile… Ce qui explique aussi la tentation de chercher d’autres ressources sociologiques pour remplir les urnes, et donc l’accentuation tactique du glissement à droite déjà amorcé par les positions eurolibérales.
C’est cette dérive du PS qui a conduit Jean-Luc Mélenchon et ses camarades à quitter un parti qu’ils jugent désormais impossible à amender de l’intérieur pour fonder le Parti de Gauche et rejoindre le Front pour les élections européennes.
C’est cette dérive du PS qui fait envisager à Jean-Pierre Chevènement de ne pas reconduire son alliance de 2004 et de rejoindre lui aussi le Front « pour réorienter à la fois l’Europe et la Gauche.»
Mais c’est aussi cette dérive du PS qui permet au NPA d’exercer un chantage aux alliances électorales sur le PCF et lui offre le prétexte ne pas participer au Front par le jeu d’une surenchère de préalables.
Le tabou du 29 mai
Mais le PS connaît, au-delà des querelles de personnes, une crise profonde, car rien n’a été réglé en son sein du clivage de 2005, le débat sur cette question n’est pas allé à son terme, comme l’a manifesté la dérobade de Versailles pour la ratification du traité de Lisbonne et la problématique du type de construction économique européenne à mener reste dans le domaine du non-dit, même s’il est emballé dans de belles phrases euphorisantes sur l’Europe sociale ou la Charte des droits fondamentaux… Surtout au moment où la crise du capitalisme, rend évidente aux yeux de plus en plus de personnes la faillite complète des politiques libérales dont il a été cogestionnaire au niveau européen.
Le 7 juin, chaque électeur devra, en effet, se rappeler que le traité de Maastricht est le produit de Jacques Delors, que le traité constitutionnel européen élaboré par Giscard a été approuvé par la direction du PS (mais non par la majorité de ses électeurs !), que 6 des 7 socialistes têtes de liste aux prochaines élections étaient partisans du «oui» (et que le 7ème, Vincent Peillon, s’est depuis amendé et rangé sous les jupons de Ségolène qui courtise le Modem) et qu’enfin par une inoubliable tartufferie, ces mêmes dirigeants du PS, Peillon compris, ont laissé bafouer la démocratie en permettant le passage sans référendum du traité de Lisbonne, copie-conforme de la défunte constitution rejetée par les Français en 2005.
En signant le manifeste du PSE, le Parti socialiste continue à faire l’impasse sur l’analyse de ce qui s’est passé en 2002 et en 2005. Il est vrai que cette analyse conduirait à des révisions déchirantes…
Errare humanum est, perseverare diabolicum… Le Parti socialiste se montre bien persévérant !
JPR




