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Courage, abstenons-nous !
Catégorie: élections, en France, Europe
Sondage après sondage, les commentateurs se plaisent à alimenter un faux suspense. « Se plaisent » n’est pas le mot exact : je ne crois pas qu’ils s’amusent, ils ne savent pas faire autrement ! Il leur faut de l’info à sensation, du rebondissement, du nouveau… et quand il n’y en a pas, ils font comme si… Parce qu’il n’y en a pas : Sarko se maintient toujours à grosso-modo 70 % de rejet, c’est du jamais vu : un président sortant ravalé au rang de challenger, que dis-je d’outsider ! Mais peuvent-ils titrer « C’est fini, jeté, plié, foutu… »? Évidemment non, alors ils entretiennent ce faux suspense, scrutent le plus petit frémissement de sondages ineptes dont ils torturent les chiffres, parlent de posture et de cuisine plutôt que de fond et de programme : il leur faut bien alimenter la machine médiatique, mais ils le savent tous : Sarko ne peut pas gagner.
Maintenant, il faut ajouter tout de suite que, par contre, les socialistes peuvent perdre : ils n’ont en fait, dans ce contexte de rejet massif du sortant, qu’un adversaire, mais il est redoutable : eux-mêmes ! Quelle balle dans le pied pourraient-ils se tirer pour échouer une fois de plus ? C’est bien simple : il leur suffit de se montrer incapables de trancher les vraies questions, comme celle de se positionner clairement sur la crise européenne actuelle, sur le MES, ce mécanisme européen de stabilité voulu par Merkel, par rapport à la règle d’or et l’austérité —même rebaptisée « sérieux », et même si on le prétend « juste »— ou au fameux traité Merkozy qu’il faut rejeter en bloc et sans discussion. C’est évidemment plus difficile que de parler de cellules souches et de bioéthique, cela exige avec lucidité et courage d’entendre un peuple qui gronde, cela exige d’être capable de remettre en cause ses propres dogmes, y compris celui d’une Union Européenne qu’il suffirait de construire de force et n’importe comment pour que miraculeusement elle se mette au service des peuples et non de la finance qui la domine.
Car c’est bien là, dans cette Union Européenne, cheval de Troie de la mondialisation libérale, que se noue la contradiction essentielle de l’époque pour notre continent : on est arrivé au moment où l’intérêt des peuples est devenu irrémédiablement incompatible avec les orientations économiques de l’Union. Exit, le grand rêve mystificateur de paix et d’amitié entre les peuples : on voit à travers le continent entier resurgir ultra-nationalisme et fascisme ; exit, la supposée progression solidaire vers une vie meilleure : il n’est question partout que de sacrifices et de régression sociale sous le talon de fer de la finance capitaliste… Je veux bien croire à la sincérité des dirigeants socialistes quand ils ont accepté que l’Europe se fasse d’abord par la monnaie et le marché : il nourrissaient l’espoir —bien naïf— que le reste, la paix, le progrès social, la fraternité… suivraient. Mais voilà, il n’en fut pas ainsi ; pire, les acquis sociaux régressent. Et cela, même quand la majorité des pays de l’Union fut sous gouvernement socialiste… Qui croient-ils donc pouvoir encore faire rêver aujourd’hui avec cet idéal de pacotille qui n’a jamais été en fait qu’un miroir aux alouettes, le leurre aveuglant qui a livré les peuples aux prédateurs de la finance ? Le moment est venu de trancher.
L’objet de ce billet n’est pas de rappeler la mauvaise fable de la construction européenne ni de refaire sa toujours pertinente critique (d’autres billets y ont été consacrés), mais de comprendre pourquoi si Sarkozy ne peut pas en toute logique gagner, François Hollande, lui, peut encore perdre. Voyons sur quel terrain se déroule l’intense bataille idéologique actuelle pour conquérir les suffrages. Celui des idées ? Assurément non. Quand a-t-on seulement entrevu une confrontation sur le fond, en dehors des efforts de Jean-Luc Mélenchon pour y ramener le débat ? jamais : les journalistes préfèrent les coups, les postures, les petites phrases, bref, la cuisine politique. C’est ainsi que s’entretient la paresse intellectuelle, bien utile à ceux qui veulent que rien ne change. Pourtant le lent et sérieux travail d’explication et d’argumentation du Front de gauche est payant, une réelle dynamique se crée que même les commentateurs les plus méprisants sont contraints de constater, nos meetings attirent comme jamais les foules, le succès de nos assemblées citoyennes locales traduit bien le besoin populaire de renouvellement, l’intense activité sur internet rend manifeste l’active mobilisation de nos réseaux… mais un cap reste à franchir : atteindre dans l’opinion la masse critique qui ferait qu’une majorité se cristallise autour de l’idée qu’un changement profond de la nature de l’Union Européenne est possible. Cela nous ne pouvons pas —ou pas encore— le faire seuls : la gauche entière doit y concourir, car tout le discours de la droite, de la plupart des médias, mais aussi d’une partie de cette gauche est : « on ne peut pas faire autrement ». Et justement si, on peut faire autrement ! Encore faut-il le vouloir, et le vouloir c’est être capable de rompre, sortir du traité de Lisbonne, refuser le MES, annoncer que si on gagne on ne signera pas le nouveau traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance de l’Union (TSCG) qui établirait un véritable libéralisme institutionnel en Europe. Il ne saurait suffire de dire qu’on demandera à le renégocier, en bon garçon sage : la renégociation ne peut qu’être imposée par le refus catégorique de s’y soumettre. Vingt-trois députés socialistes —dernier carré de l’honneur— ont répondu à l’appel de J.-L. Mélenchon et eu le courage de voter « non » au MES, les autres se sont abstenus sans même débattre, suivant la consigne du candidat à la présidentielle ! Et puisque tout est ramené dans cette élection à une chronique des postures et des coups, quelle puissante image livre-t-il ainsi de son impuissance personnelle à trancher le nœud gordien de la question des traités européens ! De surcroît, cette indécision laisse le champ libre à Marine Le Pen qui parvient, sur des bases purement démagogiques, à capter et mystifier une part non négligeable du rejet populaire de l’eurolibéralisme.
Et cette lâcheté politique du candidat Hollande intervient dans le contexte de son refus de débattre des programmes de gauche avec J.-L. Mélenchon et de sa lamentable déclaration au Guardian, où, non seulement il affiche son mépris des communistes, mais y ajoute, comme pour s’excuser de son discours du Bourget, sa soumission à la « City » en expliquant que la finance capitaliste n’a rien à craindre de lui ! Voilà qui déclenche une telle colère chez les militants du Front de Gauche que ce sont ses dirigeants eux-mêmes qui tentent de calmer le jeu et d’atténuer la portée de cette déclaration où la maladresse le dispute à l’indignité de la part d’un homme supposé de gauche.
Le rassemblement de toute la gauche est nécessaire pour mettre Sarkozy hors-jeu, mais l’abstention sur le MES et ces palinodies sur la « finance », ça fait déjà deux balles dans le pied, il risque donc d’être bien boîteux, ce rassemblement. La question maintenant est : combien de munitions reste-t-il dans le chargeur ?
JPR





Je reçois par courriel ce commentaire (de M.-F. G.-T.) que mon filtre à spams a dû éliminer ; je le retranscris donc :
« »le succès de nos assemblées citoyennes locales » écivez-vous, est assez loin d’être évident, quant à « l’intense activité sur internet (qui) rend manifeste l’active mobilisation de nos réseaux » hum hum : le site de campagne est mal fichu comme tout et si c’est certes pas le désert c’est loin d’être la cohue, pour euphémiser. Alors reste le blog ? Oui, sauf qu’un certain modérateur (à mon avis ils sont deux, et si l’un est correct et courtois l’autre est un apache) n’a de cesse de le saboter, et y parvient.
D’autre part ce ne sont pas « Vingt-trois députés socialistes —dernier carré de l’honneur— (qui)ont répondu à l’appel de J.-L. Mélenchon et eu le courage de voter « non » au MES » mais 16. Oui, relisez bien le compte rendu du vote. 16 sur quasi 200…
Enfin, à propos de Hollande à la City « qui déclenche une telle colère chez les militants du Front de Gauche que ce sont ses dirigeants eux-mêmes qui tentent de calmer le jeu et d’atténuer la portée de cette déclaration » je trouve assez suspect, moi, ce zèle des « dirigeants » à « calmer le jeu », comme vous dites… Comme s’il y avait un non-dit, comme s’il était urgent de calmer le PS, comme si, en quelque sorte, il fallait préserver l’avenir… législatif. Par exemple, et au hasard. »
Et maintenant, j’y répond…
Je ne sais pas ce qu’il en est dans votre région en ce qui concerne les assemblées, mais chez moi (idf, Yvelines, en particulier) ça marche plutôt bien, y compris dans ma ville (qui n’est pas le fer de lance de la Révolution) où on a eu la bonne surprise de voir venir des nouvelles têtes, on a même fait des adhésions. Par ailleurs, nos tracts sont très bien accueillis, les gens discutent avec nous bien mieux qu’habituellement, quant aux meeting, l’afflux est est sans précédent et renouvelé à chacun… L’activité internet, c’est surtout le blog de Mélenchon qui est extraordinairement suivi et commenté, mais aussi les listes de diffusion qui se mettent en place dans les assemblées et font circuler l’information. Bref, ce n’est pas le grand soir, mais il y a plus qu’un frémissement. Je n’avais pas eu ce sentiment depuis la campagne de 2005.
Pour les 23, je m’étais effectivement trompé (et pourtant je n’ai pas l’habitude de les surestimer!), il n’y en avait que seize avec quatre écolos, et même pas Montebourg le démondialisateur qui veut vraiment être ministre ! La véritable épreuve sera le sénat, mais on connaît le résultat d’avance. Elle rendra quand même flagrant qu’ils laissent le MES passer quand ils pourraient effectivement le mettre en minorité.
Je ne pense pas qu’il y ait de non-dit dans l’attitude de Pierre Laurent et JLM. Celui-ci a clairement déclaré qu’il ne serait pas d’un gouvernement d’une nouvelle gauche plurielle et celui-là —sûrement plus embarrassé par l’échéance des législatives— a d’une part clairement indiqué que les conditions n’étaient pas réunies pour une telle participation et d’autre part, cela sera l’objet d’un vote des militants de façon statutaire, et là je ne suis pas inquiet de la réponse (même si un certain légitimisme existe toujours au PCF). L’embarras, c’est qu’il serait impossible, incompréhensible et contre-productif de ne pas appeler à battre Sarkozy, malgré qu’on en ait…
Merci de votre réponse
Peu à commenter, si ce n’est appuyer le début sur le rôle des médias. A voir sur les rapports Mélenchon-médias, ce petit montage :
http://www.youtube.com/watch?v=UmecoE5hdCY
http://www.youtube.com/watch?v=-dy8CgT4O-Y
voilà…
Merci de cette sélection de morceaux choisis qui rend bien compte du terrorisme intellectuel qu’exercent les journalistes dès que l’on ose sortir de l’idéologie dominante. Heureusement que JLM est de taille à se défendre !