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Quelle dynamique !

Nul ne peut plus le contester, l’émergence du Front de Gauche marque aujourd’hui de son empreinte tout le champ politique national : les autres candidats en sont maintenant, à droite comme à gauche, à courir derrière ses propositions et l’on s’apprête, après-demain, dimanche 18 mars, à vivre une de ces journées qui marquent l’Histoire de la Gauche.  Combien serons-nous à la Bastille ? 10 000 ? 50 000 ? Davantage ? Nul ne peut le dire encore, mais on est certain que ce sera un grand moment que ce meeting du jour anniversaire du début de la Commune de Paris. Ce matin même, j’ai été obligé de commander un car supplémentaire devant l’affluence : il y a donc encore quelques places pour ceux qui n’ont pas déjà réservé (nous contacter).

Cette dynamique, ce ne sont pas seulement les récents sondages flatteurs qui la traduisent ; certes, ils contribuent à crédibiliser nos propositions par la caution qu’apporte le grand nombre, mais ils sont tellement manipulatoires que chacun s’en défie, comme d’ailleurs des médias. Non, ce qui traduit le mieux cet élan du Front de Gauche, c’est que ce sont ses propositions qui donnent le tempo de la campagne.  On a vu François Hollande d’abord placer son discours du Bourget plutôt dans un registre de gauche, puis reprendre l’idée de taxer les très hauts revenus (même si hélas, ce fut dans les deux cas pour atténuer ensuite la portée de son propos à la City ou par un plafonnement…) et maintenant, il pose à la fermeté sur les traités européens et annonce la fiscalisation des expatriés, reprenant en partie nos propositions.  En cela, il ne faisait d’ailleurs qu’emboîter le pas à Nicolas Sarkozy !  Car lui aussi a senti qu’il ne pouvait abandonner ces thèmes qui ont immédiatement recueilli un fort assentiment populaire quand nous les avons exposés.  Bref, ils sont tous « candidats du Peuple »! Bien évidemment, l’un et l’autre, tout comme la démagogie de Marine Le Pen, s’emparent de la thématique et du vocabulaire pour déformer ou atténuer l’idée, mais, ce faisant, ils concèdent du terrain idéologique à nos thèses et donc les confortent en essayant de retenir les électeurs que nous pourrions séduire.

Comment expliquer cette influence ?

Il faut d’abord se souvenir que la gauche révolutionnaire a historiquement toujours eu un poids électoral en France ; il a longtemps été concrétisé par le Parti Communiste. Cette influence s’est diluée avec les déceptions consécutives à nos participations gouvernementales où nous avons laissé des politiques social-démocrates d’accompagnement du capitalisme eurolibéral prendre le pas et où nous avons eu la sottise de les suivre croyant pouvoir peser sur les choix. Nous y avons laissé le crédit que nous détenions auprès du peuple et si justes que fussent nos analyses ultérieures, nous étions devenus inaudibles. Ce temps est passé.

Comment cela s’est-il produit ? Trois raisons se sont conjuguées : d’abord, nous avons eu une analyse juste tant de nos erreurs que de la situation historique que nous traversions, ensuite, nous avons décliné cette analyse en un projet politique et une stratégie de rassemblement, et enfin nous avons choisi un candidat —Jean-Luc Mélenchon— dont chacun reconnaît le grand talent et la force de conviction. Cela ne signifie pas que les autres soient dépourvus de talents : on a tous constaté l’habileté de Sarkozy, Hollande est connu comme un fin stratège politique et la démagogie de Marine Le Pen est, hélas ! toujours efficace.  Mais ce qui leur manque, c’est d’être en mesure de développer une vraie campagne qui aillent —au-delà des slogans— sur les contenus politiques que nous imposons au débat public. Ils connaissent cette impuissance car ils sont englués dans leurs contradictions.  En effet, s’ils disent vouloir s’en prendre à la domination des marchés financiers et aux traités européens, c’est pour le moins paradoxal de la part du sortant qui a toujours servi les premiers avec zèle pendant son mandat et tout récemment encore concoctait avec Merkel un pacte pour imposer l’austérité. Peu crédible également de la part du candidat socialiste, connu pour ses positions « deloristes », c’est-à-dire adepte d’une économie libérale pondérée de quelques mesures sociales et d’un fédéralisme européen social-libéral—bref, de l’eau tiède qui n’est guère en phase avec la rigueur du temps que nous vivons ni avec les aspirations au (vrai) changement de notre peuple. Quant à la Marine ses propos ouvriéristes sont une mystification qui dévoie la colère populaire vers les immigrés pour ne pas s’en prendre aux banquiers, actionnaires (dont elle fait sûrement partie du fait de la fortune familiale…) et patrons.

Si nous réussissons à imposer ces thèmes au débat, c’est, comme je le disais précédemment, car notre projet repose sur une analyse juste des contradictions de l’époque.  Celles-ci se cristallisent selon deux axes essentiels : la domination des marchés financiers et l’absence de démocratie dans une Europe qui ne s’est construite que par la monnaie et le marché, selon le dogme de la concurrence. Pour s’y attaquer, ne peuvent plus être crédibles dans la conscience populaire ceux qui en 2005 ont soutenu le « oui » au Traité Constitutionnel Européen, ceux qui ont trahi la souveraineté populaire en 2008 à Versailles et aujourd’hui s’apprête, sous une apparence ou une autre, à imposer ou accepter la « règle d’or ».  C’est dans la campagne du « non » au référendum de 2005 qu’il faut chercher les prémices du Front de Gauche, c’est là que les contacts se sont noués, c’est là que la démarche pédagogique de patiente explication de notions ardues a pris corps et c’est là que s’est forgée la seule opposition cohérente aux politiques libérales si dures aux classe populaires.

A dimanche, donc, pour vivre ensemble une de ces journées qui resteront gravées dans les mémoires de gauche.

JPR

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