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Jeu, set et match !

Une de Charle-Hebdo du 4 avril

Après le premier tour de la législative partielle de notre circonscription, David Douillet avait avait finement déclaré : « Si la demi-finale s’est bien passée, ce n’est pas la fin du combat », et Frédérik Bernard, son adversaire social-démocrate, y était allé lui aussi de sa métaphore sportive: « Nous allons essayer de mettre David Douillet « ippon » [prise, au judo, qui permet de conclure le combat]. Autrement dit, avec ou sans humour, la confrontation politique était assimilée à un tournoi de judo.

Et il n’y a pas que notre brillant parlementaire yvelinois ou son challenger strauss-kahnien dont la pensée vole au ras des tatamis, pelouses, gazons et autres cendrées : la métaphore sportive est l’angle préféré des médias afin de mettre en scène le débat politique. L’analogie permet de réduire l’analyse complexe qu’exige la confrontation des idées à une expérience partagée par le commun des mortels : celle d’un match de foot ou d’une course d’endurance, d’une partie de tennis ou d’un assaut d’escrime, avec suspense entretenu et rebondissements programmés.  On peut ainsi lire dans 20 minutes : « Un sondage relance le match entre François Hollande et Nicolas Sarkozy », tandis que les dernières nouvelles d’Alsace titre plutôt : « match à gauche » et que le Parisien s’interroge « Hollande a-t-il plié le match ? ».  Même Le Monde cède à cette facilité avec son titre « le match des apparences », sans évoquer, bien sûr, les commentateurs télé : « course à l’Elysée », « Présidentielle : la course 2012″, « le duel du second tour » entre « les finalistes » (des primaires ou du 1er tour). Je pourrais multiplier les citations, il en est de nouvelles chaque jour, nous en avons tous fait le constat.  Mais au-delà de ce simple constat, il faut s’interroger sur l’image que cela laisse dans les consciences à la fois du débat politique et de ses enjeux. Le sport, en effet, est étymologiquement ce qui nous amuse, nous distrait, nous tire hors de nos préoccupations (déporter, en ancien français, desport d’où sport), bref, ce qui porte notre attention ailleurs, loin des soucis du moment : autrement dit l’exact contraire de ce que devrait être la politique soucieuse des réalités humaines !

Il n’est sûrement pas idéologiquement gratuit de réduire ainsi la politique à un jeu. Le sport se fonde avant tout sur la performance personnelle et la stratégie individuelle ou collective, au sein de règles bien établies ; s’il y a par l’affrontement, par le talent plus ou moins grand des personnes et le déroulement temporel de l’action, une analogie formelle avec la politique, la métaphore sportive occulte complètement que le conflit essentiel est celui des idées, elle ne met en valeur que celui des personnes et de leurs petites combinaisons de communication ; ce faisant elle masque la nature même de l’enjeu qui n’est pas le podium d’un champion, mais d’améliorer la vie des gens. Le choix d’une telle approche procède de deux attitudes de pensée à la fois concomitantes et contradictoires : méfiance du peuple et mépris du peuple. Il ne faut surtout pas —et c’est là la méfiance— que le peuple s’empare des vrais enjeux et du coup comprenne qu’il faut tout changer ; pour cela le mieux est de se conforter soi-même —et surtout de le minorer— dans l’idée que c’est beaucoup trop complexe pour lui et qu’il ne peut donc pas comprendre : c’est réservé aux experts —vous savez, ces petits majordomes de la pensée unique qui se sont toujours trompés sur tout, mais qu’importe !—  ça c’est le mépris. On a déjà vu jouer ce scénario en 2005, et on sait qu’ils peuvent aller dans ce mépris jusqu’à bafouer la démocratie des artifices et apparences, dont ils ont pourtant fait leur étendard, et ce bien plus que ne le font tous les Chavez de la planète !  Mépris en action d’un Sarkozy qui signe les traités et du libéral Bayrou qui les approuve, mépris par omission des sociaux-démocrates qui les ont laissé faire au Parlement de Versailles pour le traité de Lisbonne ou au Sénat avec le MES

Dans ce contexte, le Front de Gauche a pris tout le monde à contre-pied (pour oser moi aussi un cliché sportif !): il a axé sa campagne sur le fond et l’explication de notions réputées difficiles ! Et voilà que les petits marquis enrubannés qui agitaient des miroirs aux alouettes devant le bon peuple tombent des nues : le bon peuple comprend, s’approprie les idées et les porte désormais vers d’autres dans une dynamique inédite depuis bien longtemps.  Ainsi se vérifie la phrase de Marx : quand une idée s’empare des masses, elle devient une force !  Et voilà cette force décuplée aujourd’hui projetée contre la pensée unique eurolibérale dont les tenants stupéfiés ne savent plus que rester muets, impuissants à argumenter et baissant la tête en se disant que la tempête idéologique passera bien et qu’ils pourront reprendre leurs médiocres gesticulations ensuite. En cela, disons-le clairement, ils se trompent : le mouvement lancé ne s’arrêtera pas le 6 mai, ne trouvera pas une issue dans un quelconque accord électoral pour les législatives, ni dans l’indignité d’un reniement en échange de quelques portefeuilles ministériels. Le mouvement lancé n’appartient plus à aucun appareil politique et ne se donne pas l’élection d’un homme pour seul but, mais l’avènement d’une véritable politique de transformation sociale ; quel que soit le président élu, il devra en tenir compte, sans rien n’avoir à attendre d’arrangements au sommet d’appareils politiques !

De cela, la droite, comme la gauche sociale-démocrate ou écologiste commence à prendre conscience. Madame Parisot, est montée au créneau, la voix chevrotante pour dénoncer le retour de la terreur avec des têtes (la sienne si possible…) au bout de piques, ce pauvre (d’esprit) Gérard Collomb a comparé le programme L’Humain d’abord à celui des Khmers rouges et, amers, Cécile Duflot ou Jean-Vincent Placé vitupèrent ce qu’ils appellent la politique « dans le rétroviseur », la « nostalgie » ou les discours « simplistes et démagos » du candidat du Front de Gauche. Tout cela ne mérite guère de réponse, mais traduit bien l’affolement devant cette percée qui bouleverse tous les petits arrangements tranquilles qui étaient prévus pour que rien de fondamental ne change dans l’ordre eurolibéral, austéritaire et atlantiste. Raté !

Les médias y vont aussi de leur fiel voyant tantôt en Mélenchon, « l’idiot utile de Sarkozy » alors que tout montre qu’il élargit l’audience de la gauche, ou tantôt voulant instiller le poison de la division en insinuant que les communistes seraient prêt à participer à un gouvernement social-démocrate.  Ces supputations, si elles ne sont pas de l’enfumage pur et simple, montrent qu’ils n’ont rien compris à ce qui se passe : Front de gauche, Front du Peuple sont le choix d’une ligne politique nouvelle et durable, souhaitée de longue date après les dérives opportunistes de l’époque Robert Hue, construite —avec de grands espoirs et des déceptions— par les militants depuis 2005 et avalisée par nos congrès. Ce n’est donc pas un accident conjoncturel, un épisode transitoire après lequel tout rentrerait dans l’ordre du compromis et de la vassalité à un parti hégémonique. Il faut maintenant que tout le monde prenne acte de notre poids nouveau dans ce rapport de force, à cette seule condition un rassemblement efficace et victorieux prendra corps au deuxième tour derrière le vainqueur à gauche du premier. Mais je ne sais pas encore quel  sera son nom.

A suivre sous peu, sur le vote « utile »

JPR

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