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Les chiens de garde…
Catégorie: élections, en France, Langue & idéologieComme prévu, l’offensive contre Jean-Luc Mélenchon se fait de plus en plus violente, de la part de la droite —extrême ou non—, ce qui est assez dans l’ordre des choses, ordre que nous voulons justement bouleverser, mais aussi d’une partie de la gauche qui, soit joue de l’argument du vote utile, ce que dénonçait le précédent billet, soit formule insidieusement que le Front de Gauche s’apprête à se rallier à la candidature Hollande, voire à participer à un gouvernement, après avoir cultivé l’utopie et la nostalgie, soit encore insinue le sous-entendu de conflits internes entre la PCF et Jean-Luc Mélenchon… Les uns et les autres, s’ils sont honnêtes, se trompent lourdement, sinon —et c’est ce qui est le plus probable— ils mentent effrontément en faisant un procès d’intention de nature à jeter le discrédit sur la sincérité de nos propositions, la solidité de notre rassemblement ou la pureté de nos intentions. Bref, on serait comme les autres, faisant juste de la surenchère pour avoir des « postes ».
Passons le sujet du vote utile ou efficace puisque la preuve n’est plus à faire qu’il n’y a ni risque que la gauche ne soit pas au second tour, ni avantage réel à finir en tête du premier, surtout si les procédés mis en œuvre dans ce but peuvent être considérés —à juste de titre— comme de nature à diviser et donc être un obstacle au rassemblement du second tour. La clé de la victoire est la mobilisation de nouveaux électeurs —ce que seul le Front de Gauche réussit actuellement— et le rassemblement au second tour —ce que les propos d’un Collomb, d’un Placé ou d’une Duflot compliquent un tant soit peu !
Du côté des médias, les commentateurs, cire-pompes, lèche-culs et autres chiens de garde de l’ordre eurolibéral ont devant eux une semaine pour clabauder et montrer les dents afin de tenter de reconduire à l’enclos où ils aimeraient les contenir, les électeurs qui souhaitent un vrai changement : celui du système, et non celui qui « change tout pour que rien ne change« . Le Nouvel Obs a, semble-t-il, pris la tête de ce combat réactionnaire, avec des billets particulièrement fielleux d’une pseudo-gauche qui s’est bien mise à l’aise dans la défroque libérale, tel Dany le jaune, qui aimerait réduire le phénomène Front de Gauche à la seule « équation personnelle » d’un Jean-Luc Mélenchon, se posant « en maître d’école » pour revigorer un « PCF moribond » avec des recettes « nostalgiques », issues de « la vieille tradition étatiste » ! Une accumulation de les poncifs surannés qui, plus encore que l’anticommunisme, trahissent la méfiance, voire la haine du peuple souverain. Et pour conclure, bien sûr, sur Chavez, Castro ou le régime de Pékin, comme tous les pires réactionnaires le faisaient naguère avec l’œil de Moscou. A le lire, on n’a aucun doute sur celui qui —à l’anticommunisme viscéral— pense le regard rivé sur le rétroviseur de la guerre froide, jusque dans les mots qu’il choisit : Mélenchon, dans la courte concession qu’il fait à son incontestable percée, ne rassemble pas, il coagule une partie de la gauche ; les mots en disent souvent long sur la haine nauséabonde de ceux qui les emploient ! Autre fielleux de service, Michel Onfray, sous couleur d’anarchisme mondain, il poursuit sa trajectoire de l’Université populaire vers les salons parisiens et fustige « l’ancien trotskiste qui a fait carrière dans le socialisme libéral mitterrandien », dans un salmigondis inacceptable, où il utilise contre Jean-Luc Mélenchon, en tronquant les propos et amalgamant les contextes, à la fois le Vénézuela, le Nicaragua, Cuba et le Tibet, Robespierre et Saint-Just, Mitterrand et Maastricht, pour voir finalement le Front de Gauche « participer à la course de Pédalo libérale ». Et tout cela pour aboutir à son choix du bulletin blanc ; bref, du n’importe quoi, juste pour donner à contempler sa singularité personnelle, éclatante de fatuité comme une chemise échancrée de BHL, dont il apparaît de plus en plus comme le continuateur germanopratin.
Même le vieux cacique Jean Daniel, qui ne prend la plume, dans une posture intello-humaniste que pour s’essayer à une critique du seul article (selon le principe d’équilibre, une alouette, un cheval) non totalement hostile à Jean-Luc Mélenchon, celui de Jean-Claude Guillebaud, lequel moque gentiment « ceux qui se disent aujourd’hui « surpris » par l’envolée spectaculaire du Front de Gauche [et] devraient interroger leur propre myopie ». Mais, ce n’est pas une simple question de manque d’acuité visuelle, c’en est plutôt une de déni, celui que professent Jean Daniel et les habituels docteurs en résignation : le déni des vrais valeurs fondamentales de la gauche, celles de l’égalité, le déni de la souveraineté populaire qui a dit non en 2005, le déni de l’échec planétaire de la sociale-démocratie, tout cela au nom d’un prétendu réalisme qui n’est, en réalité, que la soumission idéologique au discours de la classe dominante. C’est ce que d’une autre façon dit Guillebaud dans sa conclusion :
le rétablissement d’un pays dépend plus de « ce qui compte » que de « ce qui se compte ». C’est même ainsi qu’on définit la politique. Etonnez-vous après cela que Jean-Luc Mélenchon se soit engagé, avec un succès mérité, sur ce boulevard, comme préparé à son intention. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises…
Quant au bien nommé Laurent Mouchard (alias Joffrin), il convoque lui aussi tout le vocabulaire polémique des années 50, dans un déferlement d’anticommunisme digne de l’extrême-droite et cela pour vanter les mérites d’une sociale-démocratie qui pourtant n’a jamais rien fait d’utile sans la baïonnette d’une vraie gauche forte dans les reins, ni en 36, ni en 45, ni en 68, ni en 81. Qu’importe la vérité historique, ce qui compte, pour ce médiacrate, apôtre d’une formation démocrate de centre-gauche et qui a côtoyé l’oligarchie aux diners du Siècle, c’est de bien remplir sa mission pour que, au bout du compte, rien ne change vraiment !
Cette agitation médiatique traduit le désarroi des chroniqueurs à œillières comme des politiciens qui les inspirent, lesquels, depuis 2005, n’ont rien vu venir de la grande cristallisation du rejet populaire des politiques libérales —de toutes les politiques libérales— et ont toujours été dans le déni d’une possible alternative réelle au modèle économique inopérant et non démocratique de l’Europe des marchés et de la libre concurrence. Et les voilà aujourd’hui, placés devant le fait accompli d’une force neuve avec laquelle il faudra durablement compter. Ils ne peuvent même pas se leurrer sur la nature d’une éventuelle victoire François Hollande qui traduirait bien davantage la nécessité urgente et impérieuse d’évacuer le sarkozysme qu’une véritable adhésion à un projet ; il sont tous contraints, par le dynamisme de la campagne du Front de Gauche et son audience populaire, de bricoler des propositions reprenant les nôtres (traités européens, rôle de la BCE, imposition des expatriés, tranche supérieure des impôts, etc.), de s’inspirer de notre démarche en organisant des meeting en plein air, avec un succès mitigé et sans cet enthousiasme spontané qui a caractérisé la Bastille, le Capitole et le Prado. Le match des meetings, comme se complaisent à le nommer les journalistes, a opposé d’un côté la grande mise en scène, trop bien ordonnée, des légions de droite, drapeaux au vent, charriées jusqu’à la Concorde en bétaillères-TGV à dix euros pour écouter un président-candidat appelant au secours la France silencieuse, tandis que de l’autre, à Vincennes, « Une foule amenée en cars, des dizaines de cars, et qui s’ennuie ferme […] écoute patiemment un discours décousu et sans élan » (Daniel Schneidermann, @si). Comme si d’un côté, comme de l’autre, on était sans illusion face à l’avenir d’une bataille bientôt perdue, pour le premier ou d’un dilemme insoluble pour le social-démocrate qui sait qu’il faudra trancher entre le peuple et les marchés, sans consensus possible cette fois. A la veille de l’échéance, il proclame —reprenant au passage la formule de Sarkozy 2007 : « je serai le président qui… »— sa volonté que République soit plus fort que les marchés. S’il est élu le 6 mai, qu’il compte bien, dès le lendemain, sur le Front du Peuple, animé par le Front de Gauche pour le lui rappeler.
JPR





