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Trois raisons impératives de voter Mélenchon le 22 avril
Catégorie: élections, en FranceÀ quatre jours du scrutin, Nicolas Sarkozy est en chute libre dans les sondages et tout donne à penser qu’il sera largement battu. Sans vendre la peau de l’ours, il ne faut pas céder à une peur quasi superstitieuse de dire les choses telles qu’elles apparaissent, c’est ce que nous annoncions déjà le 24 février dernier : c’est plié. Pour la première fois un candidat sortant est durablement relégué à la deuxième place, n’a plus de réserve de voix dans son camp et l’écart annoncé par les sondages au second tour dépasse les dix points ! Il est bien compréhensible que les deux favoris ne tiennent pas à faire état de cette situation : pour l’un, ce serait admettre sa défaite quasi certaine et le rejet brutal de son bilan, pour l’autre, cela reviendrait à libérer l’électeur de la crainte que le sarkozysme perdure et du coup, l’affranchir du vote contraint pour lui-même…
Restent deux obstacles à surmonter pour que le vote représente réellement notre société : l’abstention et le vote dit « utile ». Pour se libérer de ces deux maladies de la démocratie qui nient ou amputent notre libre choix, je voudrais exposer ce qui me semble être les trois raisons premières de se déplacer le 22 avril et de voter pour le candidat du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon.
1° Ne pas s’autocensurer
L’écart prévu entre le candidat favori des sondages et Marine Le Pen est tel que, quelle que soit la fiabilité des enquêtes d’opinion, tout risque de voir se reproduire la situation du 21 avril 2002 est exclu : de 10 à 15 points de différence, c’est-à-dire que dans la meilleure hypothèse possible, François Hollande pourrait réunir deux fois plus de voix que la candidate d’extrême-droite ! La première conséquence de cet état de fait est que l’électeur est affranchi de toute considération tactique amenant au « vote utile » pour interdire la présence du Front National au second tour, ou plutôt —on le verra au second point— la stratégie du « no pasaran » prend une tout autre dimension.
L’électeur de gauche peut donc choisir de voter —sans contrainte a priori ni risque réel— pour le programme avec lequel il se sent le plus en accord, la gauche sera bien au second tour. Alors qui choisir ?
Deux candidats —Philippe Poutou et Nathalie Arthaud— déclarent eux-mêmes n’être présents que pour témoigner et je serai bien le dernier à dire que leur témoignage n’est pas digne d’intérêt ; je partage avec eux la conviction que l’élection n’est pas un but en soi et que les luttes sociales de demain, quel que soit l’élu, seront nécessaires pour imposer une vraie politique qui change la société en profondeur. Cela est acquis et nous saurons nous retrouver dans ces luttes, je n’appelle évidemment pas leurs électeurs à s’autocensurer —ce serait un comble !— mais à réfléchir à la meilleure stratégie pour parvenir à cette transformation sociale.
Lutte Ouvrière participe à l’élection présidentielle depuis 1974, et sa porte-parole d’alors, Arlette Laguiller, première femme candidate à ce scrutin, par sa simplicité, sa sincérité et sa persévérance, a su forcer l’estime d’une fraction non négligeable de l’opinion ; elle a certainement contribué, en particulier auprès des femmes, à faire avancer les idées du communisme, et je lui en sais gré, mais qu’a-t-elle fait des suffrages recueillis ? Depuis sa création en 1947, qu’est-ce que LO a réellement obtenu pour améliorer la condition des travailleuses, travailleurs ? Cette question est bien cruelle et montre que cette voie politique minoritaire est une impasse, quelque louables que fussent les intentions initiales.
Conscient de cette impasse du sectarisme trotzkyste, le NPA, de son côté, à choisi une autre voie : celle du rassemblement de toute la gauche antilibérale que la campagne du référendum de 2005 avait fait émerger. L’idée était séduisante, mais les contradictions internes à ce mouvement n’ont pas permis ce rassemblement et désormais celui-ci se fait ailleurs —et avec succès—; c’est le Front de Gauche, avec le Parti communiste, qui aujourd’hui le porte, et par vagues successives dirigeants historiques de la LCR comme nouveaux du NPA le rejoignent. Je le dis aux autres, que tente un retour au sectarisme : il reste de la place ! Aujourd’hui, ce Front du Peuple que nous avons voulu contre le traité constitutionnel européen, que nous avons raté en 2007 à travers les collectifs, puis construit patiemment avec les assemblées citoyennes et cette campagne, prend enfin corps et animera demain tout le mouvement social où forcément nous nous retrouverons côte-à-côte. L’alternative à gauche n’a maintenant plus qu’un nom —Front de Gauche—, ce n’est rien renier que contribuer à son succès, bien au contraire.
Reste le cas de la candidate écologiste, qui, avec un courage exemplaire, persévère dans une campagne difficile entre les ambitions personnelles de ses amis, tel Dany le Jaune ou Noël Mamère, qui lui « savonnent la planche », les accords entre EELV et le PS qui liquident les ambitions réelles de l’écologie politique pour un plat de brouet électoral (dont François Hollande ne garantit même pas qu’il sera effectivement servi !) et les contradictions non résolues entre les antilibéraux et les eurolibéraux… À eux de voir qui porte le mieux les intérêts de l’écologie politique.
Alors, ne pas s’autocensurer, c’est s’affranchir des blocages, qu’ils soient supposés à tort utilitaires ou qu’ils procèdent de la loyauté à une formation, estimable mais qui n’est pas en phase avec la dynamique actuelle dont le Front de Gauche est le vecteur. Voilà la première raison qui devrait conduire tout électeur condamnant les politiques libérales —dites sociales ou non— à voter pour Jean-Luc Mélenchon le 22 avril.
2° Combattre l’extrême-droite
Si Marine Le Pen fanfaronne encore sur sa présence au second tour, il n’est pas d’observateur sérieux qui retienne cette hypothèse. Le Front de Gauche n’est pas pour rien dans cette relégation ; il a été le seul à mener une campagne forte et argumentée contre, non pas les seules valeurs nauséabondes du Front national, mais aussi sur son programme. Cette campagne a porté : elle a révélé les faiblesses, les contradictions et les mensonges de la candidate du FN, elle a affaibli sa crédibilité et restreint le recours à ce vote comme simple attitude protestataire. Personne d’autre à gauche n’a entrepris cette critique systématique, et c’est dommage, car il faut la reléguer encore plus loin et, par là, affaiblir la portée de son discours à la fois ignoble et démagogique. Pour cela, il n’y a qu’un choix possible : faire passer le candidat du Front de Gauche le plus loin possible devant elle. Et quel choc ce serait de voir parmi les trois premiers deux représentants de la gauche ! S’il me fallait avoir moi aussi recours à l’argument spécieux du vote utile, je dirais à tous les électeurs de gauche que le seul bulletin efficace, celui qui renvoie Mme Le Pen en quatrième position, derrière la gauche, c’est le bulletin Jean-Luc Mélenchon.
Au meeting du Prado, à Marseille, le jour anniversaire de la République espagnole, c’est au cri de « No pasaran » que fut acclamé le discours de Jean-Luc Mélenchon. Choisir son bulletin le 22 avril est la seule façon de le prolonger jusque dans les urnes et de faire reculer les idées fascistes.
3° Se rappeler le 29 mai 2005
Certes, le souvenir n’est pas agréable pour tous, mais tout ce qui comptait vraiment à gauche, en France et dans l’Europe entière, ce jour-là, s’était réjoui du choix du peuple français. C’est cette victoire —même si elle fut trahie ensuite— qui refonde la gauche aujourd’hui, et seuls ceux qui ne veulent pas voir la réalité peuvent prétendre que ce chapitre est clos. Il n’y a peut-être qu’une gauche, je n’en suis pas toujours sûr, ou plutôt, je ne suis pas sûr que tous ceux qui s’en réclament en soient vraiment, mais il y a une véritable contradiction interne à cette gauche supposée être une, entre ceux qui s’accommodent du système capitaliste et veulent faire croire qu’on peut composer avec lui et ceux qui veulent changer la société en profondeur. Les premiers ont approuvé le traité de Lisbonne —ou ont laissé faire—, ils s’apprêtent, après avoir laissé passer le Mécanisme Européen de Stabilité, à accepter, sous une forme ou une autre, le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance de l’Union (TSCG) qui établirait la fameuse règle d’or et nous condamnerait à l’austérité perpétuelle au nom de la dette publique et des déficits budgétaires ; les seconds veulent un audit de cette dette pour n’en payer que ce qui est légitime, veulent rétablir la souveraineté populaire sur la monnaie et changer le statut de la BCE pour interdire la spéculation contre les dettes nationales, pour ne prendre que ces exemples.
Si l’on pose qu’il n’y a bien qu’une gauche, et que c’est unie qu’elle gagnera, on sait néanmoins que cette contradiction la traverse et que ce serait pur déni de réalité que vouloir l’occulter. Et elle ne saurait connaître de résolution consensuelle —ni bique, ni bouc—, c’est une claire ligne de démarcation : on accepte ou non le libre marché, avec ce qu’il comporte, par sa nature même, de liquidation du service public, de moins-disant social et de régression démocratique. Ajoutons qu’aucun pinaillage sur la place d’une virgule dans un traité ne suffira à faire disparaître cette frontière ; seule une forte dynamique populaire peut amener à la dépasser et la France détient à la fois la puissance suffisante en Europe et la ressource populaire consciente et organisée pour mener l’entreprise à bien et ouvrir la voie aux autres nations.
C’est par rapport à leur place d’un côté ou de l’autre de cette frontière idéologique que le 22 avril les électeurs de gauche devront se positionner : chacun est libre de son choix, mais doit aussi l’assumer complètement puisque cette fois, il n’y a aucun risque à voter pour ses idées.
C’est donc pour une gauche qui, après avoir chassé Sarkozy, transformera profondément la société, continuera à faire reculer l’extrême-droite et émancipera l’Europe du joug libéral que je me prononcerai en votant pour Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de Gauche.
En attendant, à demain, au meeting de la porte de Versailles.
JPR





