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Les sondages et les choses

Le 23 avril, au lendemain du premier tour, j’ai donné —à chaud— mon sentiment sur son résultat. Je n’ai guère eu depuis le temps d’écrire de nouveaux billets, préparation des législatives oblige ! Même si, ensuite la réflexion m’a conduit à nuancer mon jugement, j’ai, comme tout le monde (de notre bord, bien sûr), éprouvé une déception à l’énoncé du score de Jean-Luc Mélenchon. Mais qu’en aurait-il été si les sondages n’avaient pas existé ? On a beau les décrier, dénoncer leur rôle dans le formatage des consciences,on ne peut s’empêcher de subir leur influence, surtout si tel le chant des sirènes, ils nous captent en nous faisant rêver, ce qui a probablement été notre cas en dépit de toutes nos critiques tant l’âme humaine est faible à ce qui la flatte ! Rappelons-nous seulement que le 18 mars, jour de l’inégalé meeting de la Bastille, on nous donnait 9% et qu’il y a un an, notre ambition —perçue alors par beaucoup comme illusoire— était un score à deux chiffres.

Alors, le premier constat à faire est qu’encore une fois, les sondages ont eu tout faux !  Ils ont certes désigné les deux premiers dans l’ordre d’arrivée, mais point n’était besoin d’autre chose qu’un peu de jugeote  et de salive au bout du doigt afin de sentir la fraîcheur du vent et délivrer le même pronostic.  Halte là ! me diront les sérieux sondeurs attitrés, un sondage ne donne pas un pronostic !  Et en effet, tout au plus n’en devient-il un qu’après coup, quand, par hasard, il est tombé juste, et alors là, nos sérieux sondeurs attitrés qui ne font pas de pronostics se mettent à entonner l’air du « on vous l’avait bien dit »…  sinon —c’est-à-dire, presque à chaque fois— ce que montre leur enquête n’est, affirment-ils, qu’une « photographie » de l’opinion, un instantané qui s’inscrit dans une tendance.  A cette différence, faut-il ajouter, que c’est l’instantané d’un objet qu’on ne verra jamais, ce qui rend impossible de le confronter au modèle et d’en connaître la fidélité, de plus, l’image présentée est différente d’un photographe-sondeur à l’autre !  Qu’importe, à les entendre, ils auront tous eu raison à la fin…

Cette photographie d’un modèle invisible, par contre, elle, est bien réelle et visible, jetée en pâture à tous par les médias comme un fait et elle s’inscrit dès lors dans la chaine des éléments qui alimentent la réflexion et « aident » au choix.  Comprenons par « aider » que consciemment ou non, elle le canalise, le dirige, lui désigne certaines voies comme des impasses, d’autres comme des recours tactiques, bref, elle intervient sur le réel sans qu’on ait la moindre certitude concernant sa véracité en tant que reflet de cette opinion ainsi affirmée sans vergogne par les médias. Ce faisant, ils détournent le débat politique de fond en pronostics de loto sportif.

Nos sondeurs retombent évidemment sur leur pieds, car dans la profusion d’enquêtes publiées, il en est toujours une qui —par chance— tombe juste sur un point, et, bien sûr, elle servira ensuite de caution et fera oublier toutes les autres. Et puis, si la photo est floue, ils se réfugient dans l’argument des tendances.  Que sont-elles censées traduire ? L’évolution supposée d’une opinion que par le phénomène des prophéties auto-réalisatrices ils ont contribué à former, rien d’autre : ils ont procédé, sur le mode du thriller, au récit d’un déroulement invérifiable, et ce qu’on retient de l’Histoire, c’est ce qu’on en a raconté, ce récit qui a été fait par les instituts et les médias de notre histoire présente et non transparente par elle-même. Mais n’oublions pas —et les historiens le savent bien— que l’événement réel n’est pas le récit qu’on en fait et qui porte l’empreinte idéologique de ses conditions socio-historiques de productions.

Alors, au bilan de nos sondeurs, que retenir ?  Ils ont sous-estimé l’effet Marine Le Pen et gonflé artificiellement le Front de Gauche au premier tour et ont prédit un écart parfois supérieur à 10 points au second. Bref, ils n’ont vu que l’évidence : les deux premiers, et sans vraiment révéler l’écart entre eux !  La seule vraie question est : en quoi ces annonces erronées ont-elles modifié l’exercice de la démocratie en influençant le choix des électeurs ?

Alors, en attendant, pour les législatives, défiez-vous des sondages et votez pour le Front de Gauche, seul garant d’une politique qui refusera le pacte austéritaire Merkozy, en passe de devenir Merkhollande selon le Canard Enchaîné.

JPR

 

1 Commentaire sur

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  • laird |

    Bien le nouveau « chauffeur » et sa co-pilote !

    sauf qu’ils ne roulent pas forcément « pour nous ».

    Il faut mettre les barrières nécessaires sur leur route. Et même leur mettre des bâtons dans les roues.

    Le Front de GAUCHE aux législatives, déjà !

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