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C’est parti !

Depuis ce matin, nous sommes officiellement en campagne pour les élections législatives. Le Front de Gauche aura des candidats dans toutes les circonscriptions, à très peu d’exceptions près, et je vais m’attacher à expliquer pourquoi il est capital que ceux-ci recueillent le plus de voix possible.  Mais d’abord, il faut dissiper l’enfumage de la majorité sortante (et bientôt sortie) qui voudrait faire croire qu’elle peut l’emporter à cette échéance électorale : c’est de bonne guerre pour éviter que ses troupes ne se démobilisent trop, mais c’est une totale utopie, que le PS —pour son propre intérêt, ce qu’on comprend bien— entretient à demi-mots, dans l’espoir de prolonger l’effet « vote utile ».

C’est une utopie, d’une part car l’inversion du calendrier, en plaçant les législatives après la présidentielle, a transformé celles-là en simple confirmation de celle-ci, ce qui a pour effet politique de renforcer encore le caractère présidentiel du régime et d’affaiblir le poids de la représentation démocratique ; Communistes et Verts avaient voté contre, alors que la majorité socialiste à l’Assemblée Nationale avait acclamé debout ce recul démocratique. Cet effet de vote légitimiste s’est vérifié depuis à chaque fois —même en 2002, quand Jospin était donné favori mais que le 21 avril l’avait écarté, aux législatives suivantes la majorité chiraquienne l’emportait avec près de 400 sièges sur les 577.  Il apparaît logique, en effet, même si l’influence locale de certaines personnalités peut nuancer le résultat, que les Français, à quelques semaines d’intervalle, ne démentent pas leur choix présidentiel, et donnent au nouvel élu une majorité qui lui permette d’agir.

C’est, d’autre part, une utopie aussi car les triangulaires avec le Front National feront mécaniquement perdre des sièges à la droite.  Selon les analyses bien divergentes entre elles, il y aurait de 50 à 100 circonscriptions où le FN pourraient se maintenir au second tour : la fourchette est large, et les considérations tactiques changent selon l’hypothèse retenue. Avec l’estimation haute, le PS a de forte chance d’obtenir seul la majorité absolue, dans l’autre cas, il devrait compter avec les autres formations de gauche.  La gauche sera donc logiquement majoritaire à l’issue du scrutin, c’est une nécessité, et à part ceux qui jouent à se faire peur —ou à faire peur à ceux qui hésitent sur leur choix à gauche— nul n’en doute vraiment. La vraie question est « quel doit être le visage de cette majorité de gauche » ?

On comprend peut-être mieux pourquoi la direction du PS a fait échouer hier les négociations sur des candidatures uniques à gauche contre le FN…  C’est pour cela que le Front de Gauche sera présent dans toutes les circonscriptions et c’est aussi une raison de plus de lui accorder votre suffrage : nous savons d’expérience —et on a payé le prix fort pour cela— qu’il faut un solide ancrage parlementaire à la gauche du parti socialiste pour l’empêcher d’emboiter le pas aux Tony Blair, Zapatero et autre Papandréou qui ont cédé devant les financiers et conduit leurs peuples à la misère.  Il faut aussi un solide ancrage de la gauche antilibérale pour s’opposer aux mesures d’austérité et à la ratification du traité européen sur la stabilité.

Pour cette première raison —avoir une vraie garantie à gauche—, il faut que le Front de Gauche ait le plus de députés possible. La bataille n’est pas gagnée : en choisissant cette stratégie, nous prenons un risque électoral, mais au moins, nous restons conformes à nos valeurs —la boussole plutôt que le radar— et nous sommes persuadés que ce risque, à terme, sera payant, car l’échec de toutes les formes de politiques libérales fera de nous un jour prochain —très prochain !— le seul recours, de même qu’aujourd’hui, nous sommes les seuls à combattre Front contre Front l’extrême-droite, quand d’autres spéculent sur le profit qu’ils peuvent retirer des triangulaires. Bref, il ne faut pas une majorité de godillots et ce choix passe par celui de notre bulletin de vote.

Une autre raison, plus terre-à-terre, mais vitale, tient au financement des partis politiques et des campagnes électorales : pour les premiers, ce financement est lié au nombre de voix obtenues au niveau national, pour les secondes, il faut atteindre 5% des suffrages pour être remboursé des frais de campagne.  Les projections du résultat de l’élection présidentielle sur les circonscriptions montrent que c’est possible partout dans notre département : il ne faut pas  rater cette opportunité qui nous donnera les moyens matériels d’être plus efficace dans le combat politique, de diffuser mieux et plus largement nos idées, sans avoir recours en permanence à la souscription.

D’autant que le Front de Gauche a une large marge de progression : nous avons tous rencontré des électeurs qui, au dernier moment, ont choisi le bulletin Hollande, le jugeant plus efficace pour virer Sarkozy, après avoir été de cœur avec nous pendant la campagne —certains l’ont même faite à nos côtés ou ont participé à nos assemblées citoyennes !  Maintenant que cette tâche a été menée à bien, il faut qu’ils se regroupent autour de nos candidats aux législatives.  Beaucoup de ceux qui ont été du côté du NON de gauche en 2005, ne se reconnaissent sûrement pas dans les orientations euro-libérales incarnées par  Pierre Moscovici, Jérôme Cahuzac, Manuel Valls, Nicole Bricq ou Saturnin Lurel, les trois derniers cités ayant voté OUI, en février 2008, au traité simplifié de Sarkozy (maintenant Traité de Lisbonne) qui rayait d’un trait de plume l’expression démocratique majoritaire des Français de 2005 ! N’attendons pas grand chose de femmes et d’hommes qui ont su montrer un tel mépris de la souveraineté populaire : pour aucun républicain, il ne peut y avoir d’excuse à cette forfaiture.

Alors, les 10 et 17 juin faites en sorte que le Front de Gauche obtienne le plus de députés possible, c’est le seul vote utile à une vraie politique de gauche, et dès le lendemain du suffrage, comme en juin 36, c’est le mouvement populaire et les luttes qui devront aider le nouveau gouvernement à s’inscrire dans la lignée des conquêtes sociales du front populaire et de la Libération.

 

JPR

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