Bilan et perspectives

D’une semaine l’autre, force est de constater que l’abstention a encore marqué un point en passant de 42,77% à 43,71 % tandis que le caractère injuste de la représentation nationale s’est encore accru : si nous pouvions à juste titre dénoncer un système inégalitaire qui faisait qu’un député communiste de 2007 pesait 74 000 voix quand UMP et PS étaient entre 32 et 34 000, que dire aujourd’hui, quand un élu Front de Gauche a eu besoin de plus de 179 000 voix pour entrer à l’Assemblée, alors qu’un PS obtenait son siège avec moins de 24 000 !  Personne ne peut comprendre et accepter qu’une formation politique qui augmente son score électoral de 550 000 voix et de 2,34 %, qui est en progrès dans 90 % des circonscriptions, voit son nombre de députés diminuer à l’Assemblée Nationale. Il est évident que ce système est à bout de souffle —du souffle démocratique en tout cas— puisqu’il aboutit à une assemblée qui n’est pas à l’image du corps électoral, et encore moins de la Nation, du fait que presque un Français sur deux renonce à voter.  Les bonnes âmes qui s’insurgent, à juste titre, contre cette situation incrimineront le manque de civisme, proposeront des dispositions administratives (vote obligatoire ou élections simultanées), mais jamais n’iront à la racine démocratique du problème : les gens ne votent pas car ils ont le sentiment que ça ne sert à rien !

J’ai dit « les gens » mais c’est là une généralisation abusive et le taux d’abstention est très différent selon les strates sociales : on sait tous, par notre expérience locale, que les milieux populaires sont ceux qui votent le moins et les analyses détaillées montrent clairement que ce sont chez les précaires et chômeurs, le ouvriers et employés, les jeunes, les femmes et les moins diplômés que se recrutent les plus gros bataillons abstentionnistes. Plutôt que d’accuser d’incivisme ces derniers, il faudrait s’interroger sur le sens de leur démission démocratique : nous sommes revenus —conséquence du régime présidentiel— du suffrage universel à un suffrage censitaire de fait dont les pauvres sont exclus !  Et il faut constater que les partis dominants s’en accommodent fort bien puisque cela conforte le bipartisme qui assure à chacun l’hégémonie sur son camp et la garantie de l’alternance.

Si le PS qui aujourd’hui a tous les pouvoirs a vraiment la volonté de rétablir plus de démocratie, il devra donc profondément modifier les institutions et en finir avec ce régime présidentiel. Il est vrai qu’un parti qui fait campagne sur le thème « donner une majorité au président » et qui annonce comme seule feuille de route les 60 propositions de François Hollande, n’en prend pas vraiment le chemin…

Dans ces conditions, nous ne percevons pas de vraies perspectives pour faire gagner la gauche, non uniquement dans les urnes, mais surtout dans sa vocation d’amélioration réelle de la vie des hommes.  Nous considérons qu’en l’état actuel, le programme de François Hollande n’est pas en mesure d’y parvenir, donc que le Front de Gauche ne saurait participer au gouvernement et que seule l’intervention populaire, vigoureuse et massive, pourra infléchir sa politique pour :

• Réorienter l’Europe et le rôle de la BCE en écartant le risque d’un fédéralisme qui ne serait qu’une  gouvernance économique et monétaire masquée, exercée par la finance et nous privant de notre souveraineté démocratique nationale.

• Refuser que tout traité européen nouveau soit ratifié sans débat démocratique et consultation populaire par référendum.

• Créer un pôle public bancaire qui saura mobiliser les richesses actuellement détournées vers la financiarisation.

• Augmenter sensiblement les salaires, reconquérir et élargir les Services Publics —École, santé, logement, culture, en particulier.

• Changer profondément les institutions pour aller vers une sixième République.

C’est le sens du rapport de Pierre Laurent qui sera ce soir et demain soumis au vote des communistes et dont je ne doute pas qu’ils l’approuveront à une très large majorité car il est en parfaite résonance avec la volonté qui s’exprime à la base.  Retenons-en les point essentiels :

• Si notre parti a vocation à gouverner, il est évident que les conditions ne sont pas réunies pour que nous participions pas au gouvernement Ayrault (démentant ainsi toutes les campagnes médiatiques de désinformation menées à ce sujet, en particulier par Libé et le Monde).

• Nous poursuivons, dans sa forme originale et rassembleuse, la stratégie du Front de Gauche, et du Front des luttes avec les syndicalistes, en soutenant activement l’intervention populaire pour infléchir la politique gouvernementale.

Si la force que nous représentons n’existe pas suffisamment à l’Assemblée Nationale, nous savons que tous ceux qui se sont rassemblées à l’occasion des deux campagnes du Front de Gauche constituent une force réelle dans le pays, riche de femmes et d’hommes réunis par de solides convictions fondées sur une vraie réflexion : nous sommes une force consciente, originale par sa forme, qui va encore s’élargir et s’inscrire dans la durée pour animer les mobilisations populaires de demain, c’est pour cela que le moment venu —celui où le talon de fer de l’eurolibéralisme et des marchés financiers voudront imposer la rigueur à notre pays— nous serons le seul recours.

JPR

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