Faire réussir la gauche…

Sans surprise pour ceux qui connaissent la vie politique, le PCF a statutairement décidé hier de ne pas participer au gouvernement.  Les rumeurs médiatiques, alimentées tant par la droite que par le PS, voulaient insinuer le contraire afin d’enfoncer un coin dans l’unité du Front de Gauche, puisqu’on sait depuis longtemps que le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon refusait cette participation.  Si Ayrault veut créer l’illusion d’une caution un peu plus à gauche, il devra se consoler avec Robert Hue, président du groupuscule familial MUP et qui est un peu notre « Besson »

Mais cherche-t-il une telle caution ? Sûrement pas : d’une part, le PS détenant la majorité absolue, il n’en a pas besoin, d’autre part, eût-il voulu des ministres communistes qu’il n’aurait pas décrétée non négociable la feuille de route social-démocrate de François Hollande. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes politiciens : les socialistes n’avaient pas envie de s’embarrasser de ministres qui les auraient empêchés de social-libéraliser en rond, quant aux communistes, échaudés par les expériences passées qui les ont discrédités auprès des milieux populaires, ils ne voulaient pas en entendre parler. Seuls, les médias, pour leur plus grande irritation, en parlaient, en parlaient, en parlaient…

Les communistes ont aussi réaffirmé leur attachement au Front de Gauche, car ce n’est pas ce choix qui explique le relatif revers électoral en nombre d’élus : nous progressons sensiblement en voix, en pourcentage, et surtout en poids idéologique ce qui s’est traduit par les thèmes que nous avons imposés dans le débat public. Reste que cette progression n’a pas été suffisante pour limiter l’effet dévastateur pour la démocratie du « vote utile ».  Notre prochaine étape est donc d’amplifier la mobilisation populaire, à commencer par l’exigence urgente de vrais moyens pour l’école —la rentrée approche…— et bien sûr celle d’un référendum pour le nouveau traité européen pétendûment renégocié (ce qui ne se concrétise guère) avec le refus absolu du pacte budgétaire, quels que soient les codiciles qui l’accompagnent. La prochaine étape devrait donc être le lancement de grandes campagnes nationales du Front de Gauche sur ces thèmes. En attendant, vous pouvez toujours signer la lettre ouverte à François Hollande contre le pacte budgétaire et la pétition demandant un collectif budgétaire pour l’Education Nationale.

Nous sommes, du point de vue du positionnement politique, disons-le sans langue de bois, dans une situation difficile par rapport à l’appartenance à la majorité.  D’abord, une chose est certaine, nous ne sommes pas de l’opposition et il n’est pas question de voter la censure, par exemple, sauf si le gouvernement s’alliait à une partie de la droite, ce que les sociaux-démocrates ont fait dans d’autres pays, voire chez nous dans le passé. Ensuite, nous ne sommes pas dans le ni-ni : droite et gauche, ce n’est pas la même chose, et nous sommes résolument (et même plus que d’autres !) de gauche. Nous sommes donc dans une majorité de gauche, ce qui ne signifie pas, une majorité de godillots, ni une solidarité parlementaire, par exemple, pour le vote du budget s’il s’inscrit dans la ligne eurolibérale. Enfin, sommes-nous dans une majorité présidentielle ?  Tout dépend de ce qu’on entend par là : si elle est constituée de ceux qui, par défaut, ont appelé à voter Hollande au second tour, nous en sommes évidemment partie prenante ; si, par contre, il s’agit de ceux qui se rangent derrière ses 60 propositions et acceptent d’appliquer sa feuille de route, il est clair que nous n’en sommes pas.  Nous restons dans la majorité de gauche, mais autonomes et nous comptons bien nous appuyer sur les mobilisations populaires pour aider la gauche à réussir un vrai programme de gauche, là où celui des sociaux-démocrates est insuffisant.

Car le but est bien de faire réussir la Gauche, mais dans ces conditions, que signifie concrètement « faire réussir la gauche » ?  Pour répondre à cette question, il ne faut pas énumérer un catalogue, mais revenir à l’essentiel de ce qui définit la gauche, à savoir que tous les hommes se valent, qu’il sont égaux, non seulement en droits formels, mais aussi face à la satisfaction de tous les besoins vitaux (santé, logement, éducation, énergie, loisirs, culture…), égaux « en jouissance » comme disaient les vrais républicains de 1792. A partir de là, il est simple de discerner ce qui doit réussir : tout ce qui renforce cette égalité par nature que l’organisation capitaliste de la société, l’exploitation de l’homme, la volonté de domination ont occulté.  Cela se décline en deux axes majeurs : égalité économique et égalité politique et se traduit par, d’une part, la lutte contre l’injustice sociale, d’autre part, la conquête de droits démocratiques nouveaux. La première implique une autre répartition de la richesse dans notre société, le retour au travail des 10 points de PIB que le capital a spoliés, mais aussi les transformations structurelles (élargissement des services publics —réellement publics—, socialisation et réorientation de l’économie, nationalisations, frein à la concurrence…) qui font que le moteur de l’activité est la satisfaction des besoins humains et non le profit. La seconde impose la création de droits démocratiques nouveaux dans la société (référendums sur les décisions importantes —Europe, nucléaire, retraites, par exemple—, représentation proportionnelle, vraie démocratie participative…), mais aussi dans l’entreprise, avec l’intervention des salariés à tous les niveaux de décision, y compris dans les choix stratégiques, et avec l’interdiction immédiate des licenciements boursiers.

Voilà quelques pistes de ce qu’on peut appeler « réussir à gauche ».  D’aucuns, je sais, diront que ce n’est pas réaliste ; leurs prédécesseurs de 1788 le disaient bien de la République…

JPR

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