15
Les 100 jours…
Catégorie: en France, Europe
« CUIT CUIT CUIT » Le 14 juillet de François Hollande vu par la presse algérienne (el watan)
J’évoquais, en juin, la difficulté de notre positionnement politique, à nous les communistes, par rapport au gouvernement. Cette difficulté explique une relative prudence dans les commentaires sur l’action gouvernementale : notre rôle n’est pas de conforter les critiques des roquets de droite, tels Copé, Fillon et autre NKM qui cherchent à fédérer leur camp en faisant flèches de tout bois contre le gouvernement, mais de contribuer à la réussite d’une vraie politique de gauche dont je rappelais alors les grands principes. Quelques mesures, fiscales en particulier, sont allés en ce sens. Même si elles ne nous paraissent pas suffisantes, notre volonté n’est pas d’affaiblir le gouvernement qui les porte en insistant sur la critique, cependant, il reste que si l’ennemi est bien la droite politique —UMP, centristes, FN— qui représente clairement les intérêts de classe de la bourgeoisie, il arrive qu’une gauche, prisonnière de ses contradictions et compromissions, « oublie » les principes qui devraient la diriger et mène finalement la politique que la bourgeoisie souhaite. C’est alors ressenti comme, au mieux un abandon, au pire une trahison, et la déception, l’aigreur, la colère que cela suscite interdit toute indulgence et peut même conduire au rejet global « tous pourris » ou à l’amalgame UMPS qui est le terreau dont s’alimente l’extrême-droite.
Les jeux olympiques terminés, la presse, pour entretenir le faux suspense d’une grande compétition permanente, a besoin de jalons pour rythmer à coup de sondages une actualité politique estivale sans grand relief ; les cent-jours en sont un, celui d’un premier bilan qui n’a pas grand sens, mais qu’importe… et on repart dans l’intox sondagière ; ainsi, l’Ifop lance samedi dernier une alerte : 54 % des Français seraient « mécontents » de l’action de François Hollande ne croyant pas en sa capacité de réduire la dette publique (60 %) ou à sortir de la crise de la zone euro (51 %), les sempiternelles obsessions de la droite. Un baromètre CSA contredit cette enquête avec une cote de popularité plutôt stable à 54 % pour le président de la république. Quel crédit accorder à ces chiffres contradictoires sinon qu’ils ne reflètent aucune adhésion ou rejet massifs ? Car c’est bien là la problème : élu davantage sur le rejet de Nicolas Sarkozy que sur une dynamique populaire en sa faveur, François Hollande doit gagner cette adhésion s’il veut mener à bien son projet : point d’état de grâce, pour reprendre ce poncif médiatique, tout au plus, l’attente —sans malveillance, mais avec quelques inquiétudes— qu’il fasse ses preuves. Et d’abord, qu’il tienne ses promesses.
Et c’est la que le bât blesse, plus particulièrement avec la 11ème de ses 60 fameuses propositions :
Je renégocierai le traité européen issu de l’accord du 9 décembre 2011 en privilégiant la croissance et l’emploi, et en réorientant le rôle de la Banque centrale européenne dans cette direction. Je proposerai de créer des euro-obligations. Je défendrai une association pleine et entière des parlements nationaux et européen à ces décisions. Cinquante ans après le traité de l’Élysée, je proposerai à notre partenaire l’élaborationd’un nouveau traité franco-allemand.
Non seulement rien de tout cela n’a été accompli, mais il a entièrement souscrit à tous les termes du traité Sarkozy-Merkel, l’ajout purement cosmétique et nullement contraignant sur la croissance n’étant là que pour qu’il ne perde pas complètement la face ; le rôle de la banque centrale n’est pas profondément réorienté, et s’il l’est —à la marge— ce n’est dû qu’aux prises de position italienne et espagnole aiguillonnées par la crise ; il n’y aura pas, a déclaré Angela Merkel, d’euro-obligations « aussi longtemps que je vivrai » (et elle a été acclamée au cri de « longue vie !« ); les parlements seront totalement exclus des décisions budgétaires, y compris celles concernant la Sécurité Sociale, ce qui pourtant en démocratie devrait être leur prérogative principale, au profit de la Commission européenne, instance non élue… N’en jetons plus : les cents jours de 1815 s’étaient déjà terminés par une abdication. Mais c’était une fin de règne, pas un commencement.
François Hollande avait pourtant un atout puissant pour renégocier le pacte budgétaire : annoncer qu’il le ferait ratifier par référendum. C’est le seul argument qui aurait pu, par crainte d’une crise européenne majeure, faire fléchir la position allemande. Il s’en est bien gardé. Qu’en déduire, sinon qu’il en approuve les termes rédigés par son prédécesseur, ainsi que la fameuse « règle d’or » qui nous condamne à l’austérité sans limite ? D’autant qu’une bien opportune interprétation du Conseil Constitutionnel permet que ce pacte soit adopté par une simple loi organique, sans convocation du Parlement ni évidemment consultation populaire, autrement dit sans vrai débat, bien que ce texte soit contraire à l’esprit et à la lettre de la Constitution. En effet, celle-ci stipule clairement qu’elle ne permet la participation de la République à l’Union européenne qu’«en vertu du traité sur l’Union européenne et du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne tels qu’ils résultent du traité signé à Lisbonne le 13 décembre 2007». Comme l’avait dit François Mitterrand : «Les membres du Conseil ? On les dit serviles, mais ils ne sont qu’obéissants !». Et le mauvais coup doit être asséné le plus rapidement possible, avant la fin du mois dit-on, pour empêcher toute réaction de l’opinion, pour faire avorter tout débat et placer la Nation devant le fait accompli de l’abdication de sa souveraineté. Alors, disons-le clairement, cette basse cuisine politicienne est étrangère aux valeurs de la gauche et nous devons nous mobiliser pour la dénoncer, la combattre, forcer au débat populaire et imposer un référendum.
Pour cela, Le PCF et le journal l’Humanité ont lancé une vaste campagne de signatures que je vous invite à rejoindre en signant cette pétition ; mais au-delà de ce geste individuel, il faut dès maintenant la faire connaître autour de nous, la diffuser sur nos lieux de travail et de vie, sur la voie publique : c’est une grande campagne que le Front de Gauche doit entamer. Vous pouvez télécharger cette pétition sous sa forme mise en page, l’imprimer et la faire signer pour lancer le débat public étouffé par la droite sarkozyste comme par la gauche gouvernementale. Dès la rentrée, nous réunirons notre assemblée citoyenne, et la Fête de l’Humanité, les 14, 15 et 16 septembre devra être un moment fort de cette campagne.
L’enjeu est de taille : ne pas être capable de s’opposer vigoureusement à ce traité anti-social, c’est laisser le champ libre à la désinformation de l’extrême-droite qui aura beau jeu de rejeter d’un même mouvement la droite et la gauche confondues dans les mêmes politiques eurolibérales.
Alors, une seule consigne : n’attendez pas les consignes et faites vite revenir des liasses de pétitions signées !
JPR



