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Autonomie constructive ?

C’est ainsi que Pierre Laurent a défini la ligne politique de notre parti vis-à-vis du gouvernement, après avoir, dans une allocution à la fête de l’Huma, plaisamment invité le président Hollande à un peu mieux écouter le candidat François qui n’avait qu’un adversaire : la finance… Nous serions donc en autonomie constructive par rapport à la majorité présidentielle. Ce n’est pas tout à fait un oxymore, mais ça y ressemble fichtrement !

Si notre autonomie paraît une chose acquise —et chèrement acquise, puisque notre choix de l’indépendance par rapport au PS nous a coûté pas mal de sièges— elle ne peut être constructive que dans la mesure où nos propositions sont entendues et prises en compte, sinon, nous sommes bien dans l’aimable conceptualisation quelque peu doucereuse d’une âpre contradiction du réel, que seul un rapport de force pourra, sinon résoudre —car il n’est point de synthèse ou de compromis en la matière—, au moins dépasser.

La première arène de ce rapport de force est bien sûr la ratification —ou non— du TSCG (Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance, mieux connu comme pacte budgétaire ou traité Merkozy), et l’intérêt de la gauche entière —c’est peut-être là l’aspect « constructif » de notre position— est d’exiger que ce dépassement de la contradiction se fasse démocratiquement, c’est-à-dire en en référant au choix du peuple souverain. Sinon, gare au gouvernement qui commettrait le déni de démocratie de le faire avaliser par voie parlementaire contre une opinion publique largement hostile, car elle a compris que ce choix austéritaire ne peut que conduire à des reculs sociaux sévères et le refus de la voie référendaire mener à l’aigreur et la colère d’un peuple dont quelque 64 % aujourd’hui dirait NON à Maastricht si c’était à refaire, nous révèle un récent sondage… Hier, une enquête CSA révélait que seulement 39 % (droite et gauche confondues) souhaitaient une ratification parlementaire, alors que 49 % voulaient un référendum. Il serait inconcevable qu’un gouvernement de gauche ne tienne pas compte de cette réalité et passe outre la volonté populaire pour ratifier ce pacte voulu par les droites française et allemande.  C’est pourtant le chemin que semble prendre l’adjudant Ayrault dont la mission principale paraît être de faire défiler les godillots en bon ordre et en silence devant l’urne parlementaire.

Au-delà des couplets moralisateurs (et mensongers !) sur la dette que nous ne devons pas laisser à nos enfants, sur le budget nécessairement équilibré d’un bon chef de famille, et toutes ces fadaises avec lesquelles on nous endort en nous considérant comme des imbéciles, il importe de bien comprendre la logique politique de ce traité. Et déjà commencer par dire qu’il n’obéit en rien à une seule logique de saine économie mais avant tout à une logique politique ; la plupart des économistes s’accordent en effet à dénoncer les risques de récession et de ralentissement (traduisez donc par pauvreté et chômage) qu’implique l’austérité (même quand on refuse de l’appeler par son nom). Le traité de Maastricht limitait le déficit budgétaire à 3% et aucun Etat n’a pu le respecter ; le traité Merkozy-Hollande prétend le limiter à 0,5% ce qui est évidemment intenable : c’est donc que la finalité voulue est ailleurs. Ce traité est une nouvelle étape politique de la la contre-réforme libérale. La question qu’on ne pose jamais est : pourquoi ces principes prétendus si impérieux pour les finances publiques sont-ils totalement ignorés de l’économie privée ? Une société s’endette pour investir, un ménage pour se loger ou simplement acheter une voiture et il ne leur est évidemment nullement demandé de présenter chaque année un budget sans déficit : l’amortissement se fait à long terme.  La réalité de ce traité est qu’en freinant l’investissement public, en coupant dans les budgets de pratiquement tous les services publics et des territoires —n’oublions pas que 76 % de l’investissement public est le fait des collectivités territoriales—, il ménage ainsi la place à l’investissement et aux services privés et par conséquent marchands. C’est un traité dont la finalité première est l’achèvement de la privatisation de notre société, au profit de ceux qui ont creusé la dette, en n’alimentant pas les recettes de l’Etat grâce aux cadeaux fiscaux que leur firent des gouvernements au service de leurs intérêts de classe. Ce sont les mêmes qui ont aggravé la crise en spéculant à travers les fonds d’investissement avec l’argent ainsi détourné contre les dettes des Etats les plus faibles ; toujours les mêmes qui imposent aux travailleurs efforts et sacrifices injustes pour obtenir une toujours meilleure rente de leur capital placé dans les LBO… Et c’est ceux-là même qui veulent aujourd’hui que l’Etat réduise ses dépenses, abandonnant ainsi à leur cupidité sans limite les services publics —ces horreurs crypto-communistes qui font que l’argent public sert à l’intérêt général alors qu’ils pourraient être de si juteux services marchands—, abandonnant dans le même mouvement la protection sociale aux assurances privées —pensez donc, la sécu, c’est un budget d’environ 330 milliards d’euros, soit environ un cinquième du PIB qui échappe de façon intolérable à la goinfrerie des actionnaires de l’assurance privée. Et j’en passe, car c’est dans tous les compartiments de notre vie que le capital veut ainsi asseoir son pouvoir. Voilà le but, le seul but politique de cette nouvelle étape libérale que constitue le traité Merkozy-Hollande : étrangler les finances publiques pour que l’Etat achève d’abandonner au capital tout ce qui peut se vendre jusqu’à, un jour prochain l’Education et la Santé.  C’est pourquoi aucun homme de gauche qui se respecte ne peut approuver sa ratification et c’est pourquoi, à l’appel des partis politiques et des syndicats —même la CES qui avait pourtant approuvé le traité de Lisbonne—  nous manifesterons tous dimanche. Et plus tard, jusqu’au retrait de la signature de la France.

Fort heureusement, la mobilisation s’étend bien au-delà du seul Front de Gauche1, et dans la majorité présidentielle, certains ruent dans les brancards. À commencer par les Verts qui ont par une large majorité de leur conseil fédéral (77%) voté contre la ratification du traité, à la grande fureur de l’histrion Cohn-Bendit qui les traite, lui, le pseudo-rebelle insolent de mai 68 de… gauchistes —quelle pitoyable dérive personnelle !  Mais la grogne se fait aussi entendre à la gauche du parti socialiste… Bref il ne restera plus pour imposer cette nouvelle étape de la contre-révolution libérale aux Français que la droite alliée aux sociaux-libéraux et soutenue, bon gré  mal gré, par les hommes ou femmes d’appareil dont la seule conviction forte est qu’ils doivent ménager justement ledit appareil qui assure leur carrière personnelle et leurs prébendes dans les instances, les territoires, les administrations qu’il gère et où il les place.  Voilà comment, à tous les niveaux, se forme une caste politique coupée du peuple et de ses réalités vécues mais qui s’imagine cependant les connaître à travers leurs petits caporaux de ce qu’ils appellent la société civile. Le plus pathétique, c’est que cette caste trouve encore le ressort pour s’étonner du désamour populaire que l’abstention et les sondages exhibent un peu plus chaque jour, telle cette chute de popularité de François Hollande : 11 points en un mois…

JPR

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