Contrepoint » Unité(S) ? La gauche du XXIème siècle – 2ème partie :

Unité(S) ? La gauche du XXIème siècle – 2ème partie :

Le référendum de 2005, en plus de la rupture politique qu’il a constitué au sein même des formations nationales, a créé l’immense espoir d’une victoire unitaire de la gauche anticapitaliste. Fracture de l’existant et autre rassemblement, c’est le processus même d’une recomposition politique. Mais, hélas ! le temps des impatiences populaires n’est pas celui de la mise en branle des appareils et l’existant résiste à la dynamique nouvelle.

Impatiences et résistances

J’ai écrit «hélas», mais est-ce vraiment un mal ? Probablement par rapport à ma propre impatience, mais sûrement pas au regard du risque toujours réel d’une aventure qui fait lâcher la proie pour l’ombre — il suffit de voir ce qu’est devenue la gauche italienne… mais l’espoir fort mais non réalisé d’une unité engendre une déception, demeure une source de regret et d’amertume avec les corollaires empoisonnés de la suspicion de trahison ou de volonté de domination et celui des procès en imputation des torts. Sans compter l’éveil de nouveaux appétits et l’exacerbation des ambitions personnelles…

Inutile de revenir sur la lente désaffection des collectifs antilibéraux issus du 29 mai, d’abord délaissés par l’aile du gauche du PS, puis par les amis d’Olivier Besancenot pour finalement rester dans une confrontation, mortifére parce que trop déséquilibrée, entre le PCF, lui-même divisé, et de petites organisations animées des ambitions individuelles de quelques egos isolées.

Unité(S)

Cette “autre gauche”, explosée en diverses factions et sous-factions n’en présente pas moins une caractéristique commune à toutes : se proclamer “unitaire” ! Avec, c’est vrai, des “unités” à géométrie très variable, aux contours bien flous et aux objectifs différents. Seule LO, fidèle à sa tradition sectaire et en quête de promotion pour sa nouvelle porte-parole, ne se réclame pas de cette volonté unitaire. Mais c’est plutôt habituel de sa part…

Si la formation d’Arlette Laguiller s’est contentée du rajeunissement de sa figure de proue, la transformation a été plus avancée pour d’autres organisations…

le PRS de Jean-Luc Mélenchon, de simple association politique d’éducation populaire s’est mué en quittant le PS, en une véritable formation à part entière, le Parti de Gauche, composante du Front de Gauche pour les élections européennes, donc bien associé à une démarche unitaire, celle qui engage les adhérents à ce front, à savoir : le refus du traité de Lisbonne, la réorientation de la construction européenne à partir de l’intérêt général et de la souveraineté populaire, la lutte contre Sarkozy et la droite et la volonté de changer la donne à gauche contre les tenants du social-libéralisme. Ce n’est certes pas le “grand soir”, mais une plate-forme sur laquelle toutes les forces anticapitalistes auraient pu s’entendre et ainsi faire progresser l’union. Pour des raisons diverses et pour une part inavouées, certains ont préféré, au prétexte de surenchères, ne pas se rallier à cette dynamique, faisant perdre ainsi au Front le rôle moteur qu’il aurait pu avoir en vue de l’unité… Il faut croire qu’ils souhaitent s’emparer eux-mêmes et pour leur propre profit de ce rôle en sacrifiant ainsi la construction pas à pas d’une unité réelle à leur intérêts de boutique. Le tout étant, bien sûr, de donner toujours à croire que le diviseur, c’est l’autre…

Ainsi, la LCR, portée par la popularité d’Olivier Besancenot s’est relookée en NPA, abandonnant au passage la référence, non seulement au trotskysme, mais même au communisme, dans l’espoir d’agréger, sur un discours radical mais bien vague, tous les mécontentements autour de lui. Ce NPA se proclame, bien sûr, unitaire, mais pour une “unité durable”, c’est-à-dire qu’il impose à ses alliés le préalable qu’en aucune circonstance, ils ne fassent alliance avec le PS —alors qu’aucune majorité à gauche n’est possible aujourd’hui sans lui, ce qui signifie que le PCF doit renoncer à ses élus ! Si l’on y ajoute l’autre préalable : sortir du nucléaire, on comprend bien que ceux-ci n’ont qu’une fonction : empêcher un rapprochement avec le Front de Gauche, et plus spécialement avec le Parti communiste que le NPA aimerait supplanter… tout en s’affichant pour l’unité. Ce parti, tout neuf, compte toucher seul les dividendes de la popularité de Besancenot et profiter de cette dynamique pour se renforcer; il reste donc, malgré ses protestations unitaires, sur la logique sectaire qui fut toujours celle de la ligue. Fort heureusement en son sein, des voix se sont élevées, et Christian Picquet a créé le mouvement « Gauche Unitaire » qui a rejoint le Front.

Ce qui restait en 2008 après l’effondrement des collectifs antilibéraux issus du 29 mai, s’est constitué en une “Fédération pour une alternative sociale et écologique” (FASE) regroupant autour des Alternatifs et et des communistes dits “unitaires” (ACU : membres ou ex-membres du PCF ; ceux, entre autres, qui ont soutenu -et avec quelle clairvoyance- la candidature de Jose Bové à l’élection présidentielle), de petites organisations qu’il est vain d’énumérer tant elles ne représentent que quelques individualités, telles ADS, Alterékolo, écologie solidaire, Le Mai ou Utopia… Cette fédération, qui semble avant tout animée de la volonté d’une partie de ses dirigeants d’imposer au PCF les profondes transformations que les communistes dits unitaires avaient échoué à faire triompher par la voie statutaire du congrès, a finalement choisi de… ne pas choisir, même si une de ses composantes (ADS : Alternative Démocratie Socialisme) présente un candidat sur une liste du Front de Gauche (Centre-Massif Central) ! Que d’incohérences et de chances gâchées !

De même, après être presque parvenu à un accord, le MRC a fait le même non-choix, se réservant, lui, pour… 2012 ! Et cela au prétexte que la plate-forme du Front, base sur laquelle il n’y avait pas de désaccords, n’allait cependant pas assez loin sur la question de la souveraineté nationale, puisqu’elle ne définit pas le type de construction européenne, le texte n’évoquant que la souveraineté populaire… Oubliant qu’un front est une entente sur des objectifs précis et limités, Chevènement voulait imposer la vision souverainiste de l’Europe, ce qui rendait l’accord impossible, au regard, par exemple des positions du PG (qui semble pour une assemblée constituante européenne).

Il y a ainsi des cas où, à exiger toujours plus, on ne fait que faire moins : à accumuler, en vue de la mise en commun des forces, préalables et surenchères, on ne parvient qu’à diviser et affaiblir, avec quelque part l’arrière-pensée de se renforcer soi-même au détriments des petits copains… S’il y a un point commun à bien des démarches dans cette “gauche de gauche”, c’est certainement d’essayer de se nourrir de la dépouille du PCF, soit pour le remplacer, comme le souhaiterait le NPA qui n’est fort que du charisme de Besancenot et de la bienveillance des médias bourgeois, soit comme la “Fédération” qui voudrait, en conservant le maillage territorial et les élus, transformer le Parti en autre chose que lui-même, contre la volonté des militants.

Reste une conséquence dramatique : la gauche, des socialistes au NPA, faute de projet et de stratégie partagés, s’avère incapable de proposer l’alternative politique crédible qui devrait offrir un débouché aux impatiences populaires dans l’actuelle crise économique et sociale.

Vous avez une opinion? Laissez un commentaire:

Nom *
E-Mail *
Site Web