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Imaginons…
Catégorie: en France, international
Imaginons, oui, imaginons que Chavez ait été battu : quelle aurait été l’information qui aurait fait l’ouverture des JT ? Poser la question, comme d’habitude, c’est y répondre… Je regarde mon JT, donc et j’attends. Ouf ! On ne parle pas tout de suite du Vénézuela, ça signifie certainement que les bolivariens ont gagné et que la révolution citoyenne va pouvoir continuer. Le sujet arrive, vite traité dans une fausse symétrie qui voudrait se faire passer pour de l’objectivité : feu d’artifice d’un côté, casserolade de l’autre, dans les fiefs de la rupinaille de Caracas et la « une » d’un quotidien qui regrette « 6 années de plus ». Le présentateur du JT —je me garde bien d’écrire « journaliste »— ajoute quand même qu’il s’agit d’un journal « réputé anti-chaviste »… Tiens, tiens, moi, ce que je retiens, ce n’est pas tant le surprenant choix éditorial de citer ce quotidien-là, mais le fait que, puisqu’il y existe des journaux d’opposition, la presse serait plus libre qu’on ne le dit habituellement sous ce régime que d’aucuns présentent comme une dictature….
Le consternant correspondant du Monde en Amérique Latine, Paulo Paranagua, dépité de la défaite du candidat libéral cache bien mal son amertume et après avoir, en toute humanité, spéculé sur la maladie du président pour l’empêcher de terminer son mandat, il clôt ainsi, en bon idéologue social-libéral conformément à la ligne éditoriale du journal, sa chronique : « Hugo Chavez a le choix entre rester lui-même, et organiser ainsi la prochaine défaite et disparition du chavisme, ou bien recadrer sa politique vers le centre gauche »… Ce qui l’a amené à cette brillante conclusion, c’est ce qu’il appelle « l’érosion » de l’électorat bolivarien : après 14 ans de présidence, ne se retrouver qu’avec 54,5 % des suffrages alors que 8 Vénézueliens sur 10 se sont rendus aux urnes serait sûrement une érosion bien enviable au regard de nos politiciens bien labellisés démocrates qui peinent à réunir 51 % et sont en chute libre dans les sondages six mois après !
Imaginons, imaginons aussi —puisque la comparaison nous ramène chez nous—un président de la République française dont l’ennemi serait la finance… n’aurait-on pas appris, au même JT qu’il refusait de mettre le budget national sous la tutelle de celle-ci incarnée par la troïka FMI-BCE-Commission européenne, instance sans aucune légitimité démocratique et dont la seule fonction est de garantir la rente du capital. Il aurait déclaré solennellement qu’il ouvrait un grand débat national sur la ratification —ou non— par le peuple souverain du pacte budgétaire européen et son premier ministre aurait porté fortement le message devant le parlement. Il n’aurait pas été ridiculisé par Jean-Louis Borloo qui a déclaré à l’adresse Jean-Marc Ayrault : « Vous allez avec ardeur défendre ce traité paraphé par le président Nicolas Sarkozy. Je rappellerai tout de même ce que vous écriviez le 22 février sur votre blog, où vous dénonciez « le carcan budgétaire concocté par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel et qui étend l’austérité infligée à la Grèce à toute la zone euro ». Ni par Christian Jacob, président du groupe UMP, qui a ainsi ironisé. « Monsieur le Premier ministre, vous pouvez, sur ce sujet, compter sur le vote du groupe UMP, favorable au traité lui-même et favorable à la règle d’or. Nous le ferons car nous assumons les choix de Nicolas Sarkozy et les choix de la majorité d’hier ».
Imaginons toujours —il faut bien rêver un peu— que, fidèle à son discours du Bourget et à ses 60 propositions, François Hollande taxe les plus-values du capital à même hauteur que le travail : jamais dans ce cas on ne verrait un piètre ministre de l’économie battre sa coulpe et sonner la retraite devant quelques « pigeons » —entrepreneurs qui, eux, n’ont pas peur d’engager leur force dans la lutte des classes— au point que même le très gouvernemental Libération en arrive à écrire au sujet de cette capitulation gouvernementale « Ce n’est plus un «ajustement», c’est un recul sur toute la ligne » ! Car c’est bien d’une affaire de lutte des classes qu’il s’agit et jamais, non plus, un adversaire de la finance ne cèderait au Medef sur la diminution des cotisations sociales des entreprises —indûment appelées charges— pour en imputer le coût aux ménages à travers la CSG. Et sûrement avant d’infliger au monde du travail quelques prochaines horreurs sur la flexibilité ce que la Parisot et les maîtres-chanteurs du Medef exigent à cor et à cri et que dans la lancée actuelle ils devraient vite obtenir d’un gouvernement sans idées ni courage.
Alors tant qu’à faire arrêtons d’imaginer qu’on peut espérer quoi que ce soit de celui-ci ; cela vaut mieux car la désillusion fera trop mal à ceux qui voudraient encore y croire.
Et demain, tous dans la rue avec la CGT pour une vraie défense de l’emploi. Sans oublier jeudi, pour l’augmentation des retraites. Il n’y a plus que là qu’on puisse espérer obtenir… un changement.
JPR




