Un DOB bien mal visé !

Désolé pour ce titre tout en finesse, je n’ai pas pu me retenir… Il faut bien se détendre un peu après la punition !

Jeudi 22, se tenait le conseil municipal : c’était le premier sous la présidence de Mme K., et pas n’importe quel conseil, mais celui qui est en majeure partie consacré au DOB (débat d’orientation budgétaire) où, dans un discours-fleuve, le maire refait le monde, l’Europe et la France, avec une telle mauvaise foi qu’il m’en venait presque des envies de défendre ce pauvre François Hollande, c’est dire !  Mais ce n’est pas de cela que je vous entretiendrai aujourd’hui, car ce conseil a été l’occasion de revenir sur la question du prêt des salles que j’avais exposée dans les billets du 20 octobre et du 8 novembre.

Je rappelle brièvement de quoi il s’agit. J’étais intervenu lors du dernier conseil pour m’étonner que la ville de Plaisir ne mette jamais de salles à disposition de débats citoyens en dehors des périodes électorales. La réponse de JR avait été claire : c’était NON !  Elle apparaissait cependant beaucoup moins claire dans le procès-verbal de la réunion que nous avions à approuver…  Il faut rappeler qu’entre temps, le maire s’était généreusement octroyé la salle des Gâtines pour y réunir ses séides, et, par chance, une de ses invitations m’avait été remise, dans des conditions que j’ai déjà racontées.

Comme j’y avais invité par plaisanterie les lecteurs de ce blog, je me suis donc rendu, le lundi 12 novembre, accompagné d’un ami, car il vaut toujours mieux avoir un témoin avec soi pour ne pouvoir être démenti ensuite.  On ne m’a évidemment pas laissé pénétrer dans la salle, ce qui n’a pas été une vraie surprise —et l’eussent-il fait que j’aurais été bien embêté, seul au milieu de cette bande de réactionnaires !  Le directeur de cabinet du maire, qui est d’une compagnie plutôt agréable, car il ne manque ni d’intelligence ni d’humour —eh oui, ça arrive parfois même chez les gens de droite— se chargea pendant une bonne heure de me barrer la porte. J’ai pu ainsi constater de visu quels étaient les invités de JR à cette soirée « privée » —comme il me l’a dit lui-même en me voyant— mais dont la lettre qui les avait conviés émanait du cabinet du maire et avait été rédigée sur papier à en-tête de la municipalité. Les enveloppes quant à elles étaient affranchies sur la machine à timbrer de la mairie. Ils étaient pris les doigts dans le pot de confiture, comme l’a écrit un commentateur de ce blog  !

Aussi, je ne fus pas autrement surpris quand, lisant le procès-verbal de la réunion du conseil précédent j’observai de petites anomalies, qui ne me parurent pas innocentes du tout, dans la transcription. Je fis donc cette mise au point quand le texte fut soumis au vote du conseil :

Au point n°8 concernant la mise à disposition des salles, p.15, en bas, dans la réponse faite par M. Regnault, je lis dans le PV  : «monsieur le maire ne pense pas que ce sont les réunions de partis politiques qui donneront aux gens l’envie de voter. »

La phrase exacte prononcée était : «Maintenant si vous croyez que c’est des réunions du parti communiste qui donneront aux gens l’envie de voter, je vous laisse rêver Monsieur Romani. » il ne s’agissait cette fois pas d’un lapsus et je pense que Monsieur Regnault doit assumer son humour si particulier jusque dans la rédaction de P.V. officiels.

Un peu plus loin, je lis toujours dans le compte rendu : « il rappelle avoir toujours octroyé des locations de salles à tous les partis politiques lorsque ceux-ci en faisaient la demande, notamment lors des élections. » Cette phrase n’a pas été dite et ne retranscrit pas le sens de la réponse de Monsieur Regnault. Le prononcé exact est le suivant : « Décision et vous le savez que j’y fais très attention sur les salles municipales qui s’applique à tous les partis politiques sans exception : j’ai toujours répondu à vos demandes quand il y avait des élections, en dehors vous faites comme moi quand j’étais dans l’opposition, on se bat, on se débrouille…»

Le compte-rendu officiel trahit donc le sens de la réponse de M. Regnault. Je demande donc d’une part sa rectification et d’autre part je m’interroge sur les conditions de la mise à disposition de la salle des fêtes des Gâtines à une formation politique le 12 novembre dernier. Je voudrais en particulier savoir si cette mise à disposition était à titre gracieux et si les frais postaux d’invitation et le buffet campagnard ont été couverts par de l’argent public. Est-ce que la formule employée par Monsieur Regnault : « quand j’étais dans l’opposition » indique que maintenant qu’il est dans la majorité, il n’aurait plus à se débrouiller puisqu’il dispose des moyens municipaux ?

En tout état de cause je déposerai dès demain une demande de mise à disposition gracieuse de salle à Madame le maire et je suis bien convaincu —autres temps et espérons-le autres mœurs— qu’elle y apportera une réponse positive.

[…] Merci, Madame le maire, de veiller à toutes ces rectifications.

La réaction fut à la hauteur de mes espérances : des explications confuses et embarrassées sur la nature de cette réunion, des dénégations peu crédibles concernant l’utilisation de l’argent public—chacun appréciera, en particulier en ce qui concerne les frais de courrier— le tout amalgamé d’invectives, de remarques hors-sujet, voire de tentatives d’intimidation.  C’est toujours une vraie jubilation quand la droite perd son sang froid et laisse paraître sa hargne hideuse.

Cette réunion n’était, selon JR, pas une réunion politique, mais de remerciement des Plaisirois qui l’avaient accompagné dans ses campagnes et ses actions —chez moi, on appelle ça des militants et des sympathisants— et, bien sûr, pas un centime public n’a été engagé dans cette affaire.  Peut-être aurais-je été invité si, comme tous ces braves gens, je l’avais aidé moi aussi dans ses actions, mais, bien entendu, la gauche ne fait rien pour la ville et se contente de dénigrer.  A noter quand même, une insinuation fielleuse concernant les critiques que je porte, sur ce blog —merci de la publicité faite en le citant— à l’endroit du gouvernement socialiste ; l’occasion était trop belle pour lui d’essayer de créer la division dans le groupe de gauche. Mais ce que l’esprit borné de droite n’est pas capable de comprendre, c’est que chez nous, il y a une culture du débat démocratique. Certes, il y a plusieurs orientations à gauche et l’opposition entre elles peut être vive, nous n’avons rien à cacher.  Il est certain que de telles notions sont peu accessibles aux nuques raides et aux bas du front qui vivent dans l’obéissance et le culte du chef, le goût permanent de la combinaison politicienne et  pour qui le putsch tient lieu de mode de sélection du dirigeant de leur parti.  La gauche connaît ses divisions : elles ne sont pas récentes, même si Monsieur Regnault ne les découvre qu’aujourd’hui, elles datent du congrès de Tours en 1920 ! Ce sont des choix politiques différents et nous n’hésitons pas à les mettre en débat publiquement ; par contre, à droite, la division actuelle tourne au combat de roquets enragés sans qu’on ne perçoive vraiment de différences idéologiques profondes entre les deux bêtes hargneuses qui s’affrontent.

Puis vint l’intimidation. L’un des des membres les plus réactionnaires du conseil posa cette question empreinte de fausse naïveté : «Pour être aussi précis, est-ce que Monsieur Romani n’enregistrerait pas les débats ? »  Mais bien sûr que si ! me suis-je récrié, là où ils pensait probablement me tendre un piège… Alors vinrent les menaces : c’était interdit… ils allaient saisir les instances… (mais lesquelles ?). Visiblement, il n’aiment pas qu’on exerce un contrôle sur leurs propos. L’ennui pour eux, c’est que si j’ai pratiqué cet enregistrement et que je l’ai reconnu sans hésitation, c’est que je savais bien qu’il était parfaitement légal. En effet le principe posé à l’article L2121-18 du Code Général des Collectivités Territoriales est clair : « Les séances des conseils municipaux sont publiques » . Par voie de conséquence, la loi admet que ces séances puissent « être retransmises par les moyens de communication audiovisuelle », aussi bien à l’initiative d’un membre de l’assistance que d’un conseiller municipal. Et il y a foison de jurisprudences sur cette question, un seul exemple : quel était donc le ministre de l’intérieur qui en juillet 2005 répondait ainsi à une question de Mme Marie-Jo Zimmermann (UMP) ?

En vertu des pouvoirs de police de l’assemblée qu’il tient des dispositions de l’article L. 2121-16 du code général des collectivités territoriales, il appartient au maire de prendre les mesures propres à assurer le déroulement normal des séances du conseil municipal. Le principe de publicité des séances posé par l’article L. 2121-18 du même code, qui a conduit le législateur à prévoir la retransmission des séances par les moyens de communication audiovisuelle, fonde le droit des conseillers municipaux comme des membres de l’assistance à enregistrer les débats. Ce droit reconnu par la jurisprudence administrative a conduit les juges à considérer comme illégale l’interdiction par le maire de procéder à un tel enregistrement dès lors que les modalités de l’enregistrement ne sont pas de nature à troubler le bon ordre des travaux de l’assemblée communale (CAA de Bordeaux, 24 juin 2003 n° 99BX01857 ; CE, 2 octobre 1992, commune de Donneville ; CE, 25 juillet 1980, M. Sandre).

J’attends avec impatience le verdict des fameuses instances !

En attendant, JR a bien été contraint de reconnaître le bien-fondé de mes rectifications au PV et par une formule alambiquée Mme K. a laissé entendre que les formations politiques pouvaient bénéficier d’une salle une fois par an. On n’en avait jamais entendu parlé auparavant et c’est contradictoire avec ce qu’avait dit JR au conseil précédent, mais, nous lui en donnons acte et de toute façon, nous aurons bientôt l’occasion de le vérifier puisque, comme annoncé, j’ai dès le lendemain transmis ce courrier à Mme K. :

Madame le Maire,

J’ai l’honneur de solliciter, conformément à ma demande verbale lors de la réunion du conseil municipal, le prêt gracieux d’une salle en vue d’une réunion de l’assemblée citoyenne du front de gauche.

La salle du restaurant du château conviendrait à une telle assemblée, mais une autre pourrait faire l’affaire.

Nous envisageons la tenue de cette réunion entre le 10 et le 15 décembre, à une date que vous voudrez bien nous communiquer en fonction de la disponibilité des salles.

En vous remerciant par avance, je vous prie, Madame le Maire, d’agréer nos meilleures salutations.

Je pense avoir laissé assez de possibilités quant à la date et au lieu pour qu’il soit difficile d’objecter qu’aucune n’est libre, alors préparez-vous pour cette réunion, et en tout état de cause nous vous tiendrons informés des suites.

JPR


 

3 Commentaires sur

Un DOB bien mal visé !

  • Grippeminaud |

    Je voulais mettre mes grosses pattes de chat dans le plat depuis ce matin, mais le rire spasmodique inextinguible que me provoque la situation de l’UMP ne m’a pas quitté, et ce n’est que maintenant que j’ai enfin réussi à calmer la bête…
    A propos, vous ne trouvez pas un peu effrayant (à rebours) qu’un ancien ministre des affaires étrangères soit convoqué pour calmer les pantalonnades de la droââââte, que lui-même affirme très difficiles à régler, alors même que la sécurité de la France lui fut autrefois confiée ?
    Ca fait peur : les luttes d’ego (d’intérêts…) au sein de cette faction seraient donc plus diplomatiquement difficiles que tous les conflits mondiaux !
    C’est dire l’unité de cette caste, la sincérité des discours qui nous ont été assénés, et ceux qu’à notre petit niveau communal, nous allons sans doute voir émerger !
    Car nul doute là-dessus, les petits dignitaires locaux vont aussi vouloir être à la hauteur de leurs maitres, et vont se chicailler en douce, histoire de se faire croire à eux-mêmes qu’ils sont indispensables…
    Quand l’UMP va éclater, qui ira à l’UDI, au FN, ou ailleurs ?
    C’est un grand jeu auquel chacun peut participer dans son coin, c’est moins cher que les jeux à gratter, et largement plus rigolo !
    Revenons à cette daube (DOB).
    J’aime d’abord énormément le frontispice qui débute le billet !
    Quelle détermination dans les 16 yeux de ce regard, quelle volonté de puissance, quelle surdité au monde qui bouge, quelle absence d’expression humaine, quel menton volontairement volontaire ! Un tel document ne déparerait pas en Corée du Nord…
    Si c’est ce que les prochains mois nous promettent, alors qu’on le sache bien, Grippeminaud (et ses amis) n’est pas masochiste, et déteste les maitresses-femmes à fouet : il peut même griffer, et ses griffes ne sont pas stériles !
    Passons…
    Le reste du billet est une vraie leçon de démocratie locale : un ex-maire (tiens, vu sur le site de la mairie, il est désormais chargé du « marketing de la ville », ça ne vous dit rien ?) qui ment effrontément (ça on savait), une droâââte qui croââsse en essayant de faire croire que la gauche passe son temps à se battre contre elle-même (alors qu’en français, ça s’appelle le débat démocratique…), l’utlisation, jusqu’ici, de moyens à son seul profit (les fameuses salles !), etc.
    A propos du débat démocratique, chez eux ça se règle à coup de « mafieux ! », « déserteur ! », et autres noms d’oiseaux, sans aucune référence à des données programmatiques : preuve s’il en est que la bassesse du front et la nuque raide sont incontestablement des symptômes de déficience cérébrale. Faudrait vérifier ça dans le DSM4, la bible des psychiatres qui codifie (mal, très mal, très, très mal…) les pathologies mentales.
    Et là où j’ai eu un autre spasme de rigolade, c’est quand j’ai découvert que certains de nos conseillers municipaux de droââte ignorent jusqu’au « b-a/ba » du Code Général des collectivités territoriales (au secours, combien d’autres anomalies se sont-elles glissées par le passé ???) et pire, ce que leur empereur-nain, alors seulement sinistre de la police, avait répondu à une députée de son propre camp (donc du leur !)…
    C’est pitoyable, et cela montre l’état de déliquescence intellectuelle de ce groupe !
    On va voir jusqu’où va leur honnêteté, en suivant de près la réponse au courrier de JPR…
    Mais bon sang, qu’il est urgent de virer ces gens !
    On compte le temps nous séparant de la démocratie locale ?
    Plus que 18 mois…
    A nous de montrer ce dont nous sommes capables, et ce sera simple : chez nous, ça ne sent pas le rance, et les idées pleuvent…
    Vive la sociale !
    Salut et fraternité !

  • MOI |

    BRAVO !! merci pour vos commentaire !! un plaisirois dégouté

  • Grippeminaud |

    A tout instant, il se passe quelque chose aux galeries farfouillettes de l’UMP!
    Notons avec intérêt qu’il est plus facile de virer Gbagbo (Juppé avait dit à l’époque que « la force Licorne est en éveil pour protéger nos ressortissants dont certains ont été regroupés ») que de mettre de l’ordre dans ce ramassis de la droââte! Juppé y a donc renoncé ce soir, sans même avoir la possibilité d’envoyer le cheval cornu…
    C’est bien la preuve d’une implosion de la droââte, qui toute décomplexée qu’elle puisse s’affirmer, est décidément très conforme à ce qu’on en attendait: un ramassis d’égos, dont certains dangereux, et défendant uniquement des intérêts partisans et économiquement ciblés.
    Il ne nous reste plus qu’à la virer de Plaisir, avec plaisir!
    Salut et fraternité!

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