Basta !

Aujourd’hui, un billet pour annoncer notre prochaine assemblée citoyenne à Plaisir, avec en splendide frontispice, les profils superposés des quatre maires successifs de notre ville depuis 1973. Sous la forme de cette filiation iconographique, genre qui eut son heure de gloire sur les bannières et médailles de l’ère stalinienne, vous reconnaissez Jean Mouton, Jacky Lecourtiller, Joël Regnault et notre nouvelle édile Joséphine Kollmannsberger. C’est à dessein que j’ai employé le mot « filiation », car droite ou gauche mélangée, c’est bien de cela qu’il s’agit, et de façon très, très politicienne au sens le plus indigne du mot. Revenons un peu sur cette époque pour les oublieux ou les nouveaux venus qui ne connaissent pas bien le passé de notre ville… Mais d’abord, un rendez-vous capital pour tous ceux qui assurément ne se reconnaissent pas dans les magouilles que nous allons décrire, mais se sont, par contre, reconnus dans le programme du Front de Gauche et son candidat Jean-Luc Mélenchon en mai-juin derniers :

Réunion publique de l’Assemblée citoyenne du Front de Gauche,

Jeudi 13 décembre, 20h30 à la salle du restaurant du Château, à Plaisir

(rue de la Brétéchelle, face parking théâtre Robert Manuel)

Revenons donc à notre frontispice. De gauche (si on peut dire) à droite (ça, oui), le premier de cette frise est Jean Mouton, maire socialiste de 1973 à 1993, date à laquelle il mit en place son adjoint aux finances, Jacky Lecourtiller, lui aussi socialiste. Le moins qu’on puisse dire est qu’il règne alors dans l’équipe municipale, marquée de plusieurs démissions une bien cordiale mésentente dont les péripéties sont ainsi résumées dans un de ces tracts anonymes, spécialité de la droite plaisiroise :

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Jean Mouton, en effet, maire socialiste pendant 20 ans, n’a pas choisi de soutenir une liste de gauche lors de l’élection municipale de 2001, mais celle conduite par  Joël Regnault, et il le fit en rendant publique une étonnante lettre où, se prétendant homme de gauche, il lui paraissait évident de faire confiance au candidat de la droite ! (télécharger la lettre au format PDF).  Ce ne sont pas les rumeurs qui ont manqué pour expliquer cette pitoyable trahison (un exemple de tract ici), jusqu’aux frères ennemis de Regnault dans son propre camp, tels certains élus sortants UDF-RPR, qui étaient outrés, après avoir combattu Mouton pendant 20 ans de le voir solliciter son soutien. Le même Regnault qui aujourd’hui dénonce l’opposition de gauche comme politicienne… On croit rêver !  On a ainsi pu lire, dans un tract signé de Jane Duval (Conseillère municipale UDF-DL-RPR) et de deux autres responsables politiques locaux de droite, Bruno Lacamp et Franck Pissochet :

Voilà M. Regnault l’homme honnête, transparent, rigoureux, soutenu par M. Mouton le maire qui a eu sa société commerciale privée (2S2I) avec son siège social en mairie, M. Mouton qui facturait pour des sommes considérables l’obtention de permis de construire qu’il délivrait comme maire. […]

Voilà donc que M. Regnault partageant les délires de M. Mouton, folie ou provocation que les plaisirois payaient à coup de millions !! C’est tellement gros qu’en relisant ces dossiers nous nous demandons encore comment tout cela a été possible !

Que de millions engloutis… Quel bouleversante tromperie ! Les plaisirois peuvent encore en avoir la nausée…

Monsieur Mouton et Monsieur Regnault ont  bien caché leur jeu. Ils se sont critiqués, opposés, vilipendés pendant 20 ans autour de la table du Conseil Municipal et comme vous certainement nous avons cru Monsieur Regnault sincère… et le voilà associés, le temps d’une élection pour une nouvelle manœuvre politicienne.

Il faut dire que JR avait bien mené sa barque pour éliminer les rivaux de son propre bord,  notamment son concurrent UDF Dominique Paumier (qu’on retrouvera quelques années plus tard devant les juges lui aussi), allant jusqu’à se faire exclure temporairement du RPR en 1998, ce qui explique cette animosité de ses propres amis politiques qui le voyaient ainsi manœuvrer en quête du pouvoir municipal… Du Copé-Fillon avant la lettre à Clochemerles-lès-Plaisir !  Ne nous étonnons pas que nos concitoyens soient de plus en plus dégoûtés de leurs politiciens…

Mais si la droite connaissait une petite guerre interne, c’était encore pire au sein de la gauche. Dès 1995, des voix s’étaient élevées dans le PS contre la gestion de Jacky Lecourtiller, en particulier celle de Christian Bonnal, lequel obtint l’investiture officielle de son parti en 2001, en raison de la mise en accusation conjointe du maire sortant et de son prédécesseur par le tribunal de Versailles pour « délit d’ingérence et faillite frauduleuse », prédécesseur qui avait déjà été condamné à six mois de prison avec sursis en 1988. Le PCF, de son côté, connaissait une grave crise liée à l’orientation de Robert Hue qui le transformait progressivement en simple force d’appoint du PS, politiquement de moins en moins audible ; un grand nombre de militants de Plaisir l’avaient quitté. C’est donc une gauche désunie qui se présentait à cette élection à travers la liste du maire sortant (ex-socialiste, étiqueté « divers gauche ») et celle de la « gauche plurielle » (PS-PCF-PRG-Verts) menée par Christian Bonnal, ainsi qu’une liste des communistes dissidents.  Toute désunie qu’elle fût, elle n’en réalisa pas moins globalement 57,4% des voix le 11 mars 2001 lors du premier tour. L’unique liste de la droite rassemblée, celle de JR, ne rassemblait alors qu’à peine plus de 42 % des voix… Comment fut-il possible que dans une telle conjoncture elle l’emportât avec 52 % au second tour ?

D’autant que Jacky Lecourtiller avait solennellement déclaré :

« Si le 11 mars le choix des électeurs me place devant Christian Bonnal là je serai présent au second tour. Dans le cas contraire, je me retirerai sans aucune condition ni aucun marchandage. Notre République mérite mieux que des combines et des comportements hypocrites entre les deux tours d’une élection… je tenais à vous faire connaître les règles de conduite que je me suis fixées. »

C’est du moins ce qu’il déclarait quand il avait la conviction de l’emporter, même de justesse, comme en 1995, et « les règles de conduite qu’il s’était fixées » s’évaporèrent bien vite quand il se vit largement devancé (31% vs. 22%) par Christian Bonnal ! Le journal Le Parisien en date du 13 mars 2001 rapporte ainsi les faits :

« Je ne m’attendais pas à ça », lâchait, tendu, l’élu installé dans son fauteuil de cuir, un œil sur l’écran de la chaîne de télévision locale. Mais l’abattement a été de courte durée. En urgence, chaque colistier a été rappelé à la mairie. Un par un, ils ont franchi la lourde porte d’entrée, certains les yeux rougis par l’émotion, pour s’engouffrer immédiatement dans le bureau du maire où s’est tenu le conclave de la dernière chance.

C’est là que s’est jouée la deuxième secousse sismique de la soirée. Jacky Lecourtiller ne laissera pas à Christian Bonnal le plaisir de savourer sa victoire. À 22 heures, devant ses troupes rassemblées dans le hall de l’hôtel de ville, Jacky Lecourtiller lâche sa bombe. « j’avais déclaré que je voulais me retirer en cas d’échec, mais mon équipe veut le maintien, je m’y rallie, déclare le maire sortant sous une salve d’applaudissements. Je me maintiens au second tour… »

À l’autre bout de la salle, Joël Regnault, toujours selon le quotidien, s’est dit « ravi ». Qui s’en étonnerait ? C’est donc Lecourtiller et ses colistiers  qui, in fine, furent les fiers artisans de la défaite de la gauche en 2001.  C’est à eux que les Plaisirois sont redevables, non seulement d’une gestion catastrophique qui amena la Cour des Comptes à menacer la Ville de mise sous tutelle, mais également des 10 ans qui suivirent où JR et son équipe livrèrent les finances municipales aux emprunts toxiques.  Voici le tract indigne (PDF) par lequel les colistiers de Jacky Lecourtiller (photo de la liste ci-dessous) expliquent leur maintien au second tour.

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 Qu’est-ce qui a donc pu conduire tant Mouton que son successeur à faire la courte échelle à leur adversaire de 20 ans au Conseil Municipal ? Daniel Pers, qui avait été en 1973 le premier adjoint communiste de Mouton, en fin observateur de la vie municipale, écrivait en avril 2001 dans notre bulletin « les leçons d’un scrutin »1 :

Mais pourquoi donc cette conjuration contre la gauche plurielle ? Il ne peut y avoir d’autres motivations à ces manœuvres innommables que le dépit pour les uns2 d’être marginalisés, la rage des autres d’être battus sans appel dès le premier tour, et l’espoir peut-être —nous n’osons pas dire la promesse— pour un roitelet déchu que les comptes et affaires de la Ville ne soient pas examinés avec autant d’attention que si la liste de Christian Bonnal avait été élue. Les Plaisirois ont été trompés, à eux de juger.

Oui, aux Plaisirois de juger, et surtout en 2014 de ne pas retomber dans les errements du passé, car, « celui qui ne connaît pas l’Histoire est condamné à la revivre » disait Karl Marx.  Il est temps de rendre Plaisir aux Plaisirois, et pour le Front de Gauche, ce n’est pas une formule creuse et démagogique, mais la marque de fabrique de nos assemblées citoyennes : ne pas compter sur les états-majors politiques ni les alliances électorales conjoncturelles, ne jamais abdiquer de sa propre pensée ni se laisser impressionner par le verbe facile des professionnels de la parole politique et surtout se constituer en force consciente et agissante pour devenir incontournables. Une assemblée citoyenne, c’est cela, et cette force consciente existe à Plaisir : 1590 voix se sont portées sur Jean-Luc Mélenchon, c’est un choix clairement exprimé d’une politique résolument à gauche qui refuse les compromissions social-démocrates dont on commence vraiment à mesurer toute la nocivité, du Pacte budgétaire européen à la trahison des Mittal, en passant par le retour de la TVA sociale et l’alignement sur le Medef et sa compétitivité par l’offre, et j’en passe…Au-delà de ces 1590 voix, beaucoup d’autres, qui reconnaissaient leurs propres valeurs dans le programme « l’Humain d’abord », ont cédé au vote utile pour assurer la mise à l’écart de Sarkozy mais se sentent aujourd’hui plus proche de nous que d’un gouvernement qui n’essaie même pas de résister face à la finance ; alors tous ceux-là constituent une vraie force de gauche consciente sur laquelle il faut bâtir l’avenir de Plaisir. Mais pour y parvenir, il faut aussi qu’elle devienne force agissante. Si vous vous y reconnaissez venez en débattre —et agir— avec nous :

Réunion publique de l’Assemblée citoyenne du Front de Gauche,

Jeudi 13 décembre, 20h30, à la salle du restaurant du Château, à Plaisir

(rue de la Brétéchelle, face parking théâtre Robert Manuel)

Pour toute information, n’hésitez pas à nous contacter et si vous souhaitez recevoir nos bulletins, entrez une adresse électronique valide ci dessous.

 


 

JPR

1. L’ensemble des bulletins publiés par le PCF depuis 2001 peut être téléchargé en PDF

2. Référence à la liste dissidente communiste.

1 Commentaire sur

Basta !

  • FANTOMAS |

    la note !! pas celle du restaurant mais celle des agents territoriaux !! oh lalalala travaillez plus pour moins gagné et moins être reconnu !! l’absence des différents syndicats devant notre chère salle Pollet !! des agents non notés, des avertissements, des agents notés a leur convenance, des bilans d’évaluations qui dure entre 5mn et 4HOO !!!! cela s’appelle FAITES CE QUE JE DIT !!!!! dommage mais cette année encore aucune reconnaissance du personnel !!

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