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Ça sent le rance !
Catégorie: à Plaisir, dans les Yvelines, en France, Langue & idéologieAvant de poursuivre la série de billets sur les perspectives politiques entamée la semaine dernière, je ne résiste pas à la tentation de vous décrire la grande manifestation de la France rance dimanche à Paris, pas plus que je n’ai résisté à celle d’aller y jeter un coup d’œil sur les boulevards car ce n’est pas tous les jours qu’on peut voir un tel rassemblement de bouffis et de beaufs. Un vrai reportage donc, avec images et tout, mais garanti sans neutralité ni objectivité : j’y suis allé pour photographier des gueules de cons, et j’ai été servi… Aussi je ne vais pas raconter ce qu’ont répété en boucle toutes les télés, je vais me contenter de livrer quelques impressions saisies au vol.
11h59, gare de Plaisir-Les Clayes
Paris sera suffisamment pollué aujourd’hui par toute cette humanité douteuse qui va y défiler, aussi je renonce à la voiture pour le train. Devant moi, un petit groupe d’une trentaine de personnes, plutôt âgées, elles s’engagent une à une dans les tourniquets qui mènent aux quais. Devant eux, la jupe noire du berger : eh, oui, un curé en soutane ! dans notre ville, à Plaisir ! Ça me met d’emblée dans l’ambiance, d’autant que quelques corbeaux croassent dans le ciel blafard annonciateur de neige —quand la coïncidence se fait métaphore… Je laisse traîner une oreille pour saisir des bribes de conversations, je ne sais quelle réunion évoque un petit matamore, genre trapu à poil dur, et si fier de son exploit qu’il clame à la cantonade pour être entendu de tous : « …Alors, les barbus ont voulu prendre la parole, on a appelé les copains qui étaient dehors. Quand ils sont entrés, tu les aurais vu détaler, les barbus ! Ah, ils doivent courir encore. » et un autre de renchérir : « C’est comme ça qu’il faudrait faire chaque fois avec eux ». Et ce « avec eux » claquait comme un crachat. Bref, rien de plus que la connerie ordinaire. Dupont-la joie ne sait pas encore qu’aujourd’hui, il va justement défiler avec les « barbus »…
On monte dans le wagon ; je prends soin d’encombrer le siège voisin du mien avec mon sac-photo —il y a des proximités que je préfère éviter. Ça ne m’empêche pas d’entendre ce que dit dans mon dos un autre pontifiant au verbe haut qui, lui, parle du mariage homo :« Ils n’arrêtent pas de nous rabâcher à la télé que cela se fait partout ailleurs en Europe, mais, plutôt que ça, on ferait mieux de reprendre ce qui s’y fait de bien, comme la réduction des dépenses publiques et la rigueur budgétaire… ». Tiens, il n’a pas dû s’apercevoir qu’avec 30 milliards d’économies, Hollande s’est mis dans les pas se Sarkozy…
A chaque station, de nouveaux groupes montent, à Versailles, c’est la cohue, surtout composée de familles : jeunes filles sages et réservées, petits garçons rieurs — l’image très construite d’un bonheur familial stéréotypé qu’on donne en représentation, l’image de gens « comme il faut » qui, sous le semblant de ce ravissement permanent et sans aspérité, laissent parfois deviner dans la dureté figée d’un regard furtif toute l’arrogance bestiale d’une caste imbue d’elle-même. Je me cramponne à mon sac-photo en faisant mine d’y mettre de l’ordre pour ne pas voir la place voisine où je l’ai posé, occupée par cette dame, bon chic-bon-genre poudrée et parfumée qui lorgne dessus de façon pesante. Je ne suis pas quelqu’un « comme il faut », je suis un mufle : c’est ma petite vengeance sociale, mesquine et peu héroïque certes, mais qui me procure la secrète jubilation de voir cette élégante bourge pommadée, qui en ignore visiblement tout, goûter un peu du plaisir chahuté et comprimé des transports en commun aux heures de pointe.
13h. M6 Montparnasse Bienvenue-Corvisart
D’habitude, quand j’arrive à la gare Montparnasse et que je vois la foule qui se rend au travail, dans sa diversité et pourtant son unicité, progresser sur le quai, tel un fluide, s’écoulant du train vers les bouches du métro, somme de mille mouvements individuels dont la résultante pourtant ne forme qu’un grand flux collectif et régulier, l’image d’un puissant organisme s’impose à moi, Baal moderne, dévoreur de cette humanité lasse et soumise qui s’avance vers sa gueule béante. Aujourd’hui, l’imaginaire qui surgit, c’est plutôt celui d’un abcès qui crève dont la sanie élégante et maniérée va infecter la ville. Dans les couloirs du métro, je suis charrié par ce mouvement de vidange.
Ligne 6, direction Nation. Les wagons, bien sûr, sont bondés. Je réussis à me caler dans un coin et je regarde autour de moi. Je voudrais comprendre mon aversion spontanée à l’endroit de ces gens bien élevés, propres et disciplinés. Je sais par expérience que ce ne sont pas les seules circonstances particulières de cette journée qui me dictent ce sentiment —certes, elles doivent le rendre plus vif et aujourd’hui l’abondance de matière accroît le ressenti, mais j’éprouve souvent cette répulsion immédiate devant certains individus. Mes voisins les plus proches en font incontestablement partie ; c’est un couple accompagné de deux enfants. Ils ont une petite quarantaine et plutôt belle apparence : elle a des traits fins, visage assez délicat, sobrement mais savamment coiffée et maquillée, comme pour une soirée mondaine et elle est vêtue d’un petit tailleur rouge de la meilleure coupe qui demeure d’une élégance sobre, malgré la couleur vive qui fait d’elle le charmant point de mire de tout le wagon ; lui, grand, l’allure énergique, plutôt viril, cheveux courts, porte une veste sportive gris-clair. Une écharpe de laine, beige, aux extrémités frangées retombe négligemment sur son épaule gauche. Une harmonie vestimentaire qui met en valeur leur physique plutôt avenant à tous deux, et cela sans que quelque élément trop clinquant ne vienne la rompre par l’étalage vulgaire d’une réussite sociale de parvenu. Le bon goût, la classe, le « charme discret de la bourgeoisie »… Un couple sympathique et de beaux enfants, diriez-vous, rien qui ne puisse expliquer ma répulsion. Pourtant… le sentiment persiste. A mieux observer, je commence à percevoir la cause du malaise : leur visage impassible est sans expression véritable. Il sont en représentation : port de tête altier, front bien dégagé —vous remarquerez qu’il en est souvent ainsi dans ces milieux : cela prête une apparence d’intelligence et de franchise—, demi-sourire poli arboré en permanence, mais sans démonstration trop marquée et le regard… terrible regard clair qui ne voit pas —le bleu regard qui ment, a écrit Rimbaud. Tout finalement transpire en eux le sentiment qu’ils ont de leur supériorité, leur aimable mépris de ceux qu’ils considèrent comme inférieurs et surtout, leur insincérité totale. « Père, on arrive bientôt ? » demande l’un des enfants. L’homme lève la tête vers le plan de la ligne, compte les stations : « encore trois arrêts avant Corvisart » annonce-t-il. Visiblement, il ne prend pas souvent le métro.
13h20 Place d’Italie
Dès la sortie du métro, les consignes sont distribuées aux manifestants par des volontaires revêtus d’un tee-shirt jaune. Elles sont strictes : pas de ces pancartes ni de ces banderoles artisanales qui font le charme des vraies manifs populaires et sont l’expression de la créativité des participants, pas d’autres slogans ni autres chants que ceux lancés par les organisateurs, interdiction de distribuer des tracts autres que l’officiel de « la manif pour tous » —tout est contrôlé par peur du dérapage si commun à la beaufitude de droite, prompte au racisme et à l’homophobie. Pancartes et drapeaux sont remis à chaque participant avec la liste des slogans et chansons. Ils montrent ainsi combien ils se connaissent bien et savent à quelles extrémités peuvent les mener leur haine et leur intolérance si on ne les canalise pas !
Le résultat, c’est évidemment une démonstration certes massive —la place d’Italie a mis trois heures à se vider— mais sans relief, sans originalité et sur des slogans aussi creux que « oui, oui, au mariage homme-femme ! », « Un père, une mère, c’est élémentaire ! » ou encore, ce curieux barbarisme : « Mariageophiles, pas homophobes ! ». Les pancartes jouaient sur différents registres, depuis le clin d’œil un peu grivois, à la façon d’une audace de moniteur de patronage : « On veut du sexe, pas du genre ! », à la sentence pseudo-philosophique : « C’est la différence qui fait l’existence ! » ou la vulgarité manière Frigide Barjot : « y’a pas d’ovules dans les testicules ! ». Humour de droite ! Le défilé avance d’un bon pas vers le Champ de Mars, où il se fondra avec celui du Front National, venu de la Porte Maillot : la droite ne sait s’unir que pour le pire.
Assis par terre, au milieu de la chaussée, pour de malveillants portraits en contre-plongée, j’ai ainsi vu défiler tout le cortège principal, un curieux mélange composé de bourgeois arrogants et revanchards, de dames patronnesses blettes et béates, de beaufs homophobes semblant sortir d’un dessin de Cabu, d’enfants excités d’être autorisés à évoquer une sexualité censurée à la maison, et tout cela en se trémoussant dans une parodie pathétique de gangnam style, ponctué de temps à autre par le passage de longues soutanes ou de bigotes confites, chapelet à la main, alternant avec des femmes portant le hijab escortées de leur mari barbu. Je fais mien le cri d’André Gide : Familles, je vous hais !
Heureusement, depuis quelques fenêtres, où sont accrochées des banderoles pour le mariage gay, le cortège est salué par des gestes de dérision et sur le trottoir, le long du boulevard un couple homo a détourné le drapeau de la « manif pour tous » orné d’une petite ribambelle familiale, en ajoutant aux deux parents des appendices sexuels identiques… Un petit peu d’air pour chasser le vent malodorant des jupes noires, ça soulage !.
16h. Place Pinel
Oriflammes et cantiques, crânes rasés et rangers, fleurs de lys et nostalgiques de l’OAS ou de la chouannerie, c’est là le rendez-vous de ceux de l’extrême-droite avec qui même le FN ne souhaite pas s’afficher, publiquement en tout cas. Le petit cortège est mené par la bannière des intégristes de Civitas et s’achève sur les étendards rouges et blancs d’une ligue anti-IVG de Pologne, entre ces deux groupes, beaucoup de vieux, débris des pires moment de l’Histoire tel Roger Holeindre, cet ancien de l’OAS et ex-député FN qui a quitté ce parti en 2010, et est aujourd’hui président du Cercle National des Combattants. Il y a aussi Carl Lang, également dissident du FN suite à l’ascension de Marine Le Pen, un carnaval de zouaves pontificaux volontaires mêlés à des descendants des chouans brandissant de grandes bannières frappées du sacré cœur et suivis de quelques jeunes vêtus de noir de la tête aux pieds et masqués qui se détournent devant l’objectif de l’appareil photo. Pour le folklore, les robes rouges des Chevaliers du Christ-Roi de l’univers. Toute une parade grotesque de vieux pantins déchus et de jeunes brutes, de politiciens marginalisés et de militaires félons qui, tous, font semblant de croire qu’ils existent encore ailleurs que dans l’histoire qu’ils se racontent à eux-mêmes.
17h., je retourne prendre mon train.
JPR
P.S.: cliquer sur les photos pour les agrandir, utiliser les flèches de votre navigateur pour revenir en arrière (il faudra que j’améliore les diaporamas, mais ce sera une autre fois !)
- Place d’Italie
- En marge de la manif
- Pouce baissés
- Porte-drapeau
- Amour et bonté
- Gangnam Style
- Bourgeoise
- « L’immonde jupe noire de la charogne sacerdotale » comme l’écrivait Georges Bataille
- Jeunes mariés ou vieux c…
- Fraternité chrétienne
- Sourire de droite
- Bœuf ou Beauf ?
- Le doux regard de la tolérance
- Fou de Dieu ?
- Chevaliers du Christ-Roi de l’univers
- Plaignons ses enfants !
- Les royalistes du XXième siècle
- La bête est revenu !
- les identitaires
- Entre la fleur de lys et la croix gammée, voire l’alpha de la milice…
- Le Conseil National des Combattants, nostalgiques de l’OAS
- Roger Holeindre, président du Conseil National des Combattants
- Le Conseil National des Combattants, nostalgiques de l’OAS
- Carl Lang
- jupe noire et béret de milicien…
- « Les actes homosexuels sont intrinsèquement désordonnés » Catéchèse de l’Eglise catholique.
- Les Yvelines place Pinel








































Quel courage ! Je n’ai pas songé un quart de seconde à aller photographier ces gens. C’est toute le différence entre l’amateur et le pro…Toujours sur le front…de l’action !
Ce billet est un régal ! Quel style, quelle richesse, quelles descriptions, quelle maîtrise de la langue française !!!
Franchement, cela ne m’étonnerait pas qu’un jour, si ce n’est déjà fait, tu nous sortes de derrière les fagots, un roman : je l’attends avec impatience.
Chapeau l’ami
Cordialement
Michel
Bravo pour ce superbe article et ces photos!
Cette manif de bourgeois étriqués qui refusent les mêmes droits aux autres et prônent l’inégalité entre les individus en fonction de leur orientation sexuelle me choque et m’a donné la nausée.
Ne pas oublier d’aller par contre à la manif du 27 janvier pour le mariage homo !
Amicalement
Frédérique
Je comptais m’y rendre, évidemment en zoologiste, mais j’ai renoncé, craignant une dangereuse overdose (et y revoir de vieux ennemis!). Tu as su pour ta part surmonter: chapeau bas!
Restent quelques questions simples:
- Moi, athée, je m’interroge: comment appelle-t-on le système voulant intégrer des données uniquement « religieuses » dans un texte de droit commun? La charia…
Information à rappeler aux bas du front et mono-neuronaux du bloc identitaire, de civitas, et autres regroupements para-psychotiques… Qu’en pensent le Copé-pain-au-chocolat et ses affides par exemple ?
- Moi, athée, je me refuse à tolérer des discours qui m’excluent de fait! Qui sont-ils donc ceux qui veulent m’imposer leur supposée « vérité révélée », et non démontrée, bien entendu?
- Moi, athée, je considère que la papiste dénommée Frigide Barjot (que son propre mari, Basile de Koch, aurait déclaré « avoir reçu un coup sur la calebasse après avoir vu jean-paul i, i, sur son lit de mort »), a monté là une opération totalement homophobe, avec de louches complicités…. Elle ne s’en est pas excusé. Allez donc voir là: http://www.dailymotion.com/video/xwr03v_a-la-manif-pour-tous-ca-derape_news
- Moi, athée, je n’accepte pas qu’une minorité me refasse le coup de l’inquisition (elle a brulé sur le bûcher moults « déviants »), et aille chercher dans les slips et les culottes de ses contemporains, des « choses » qu’elle considère comme « pas normales ». A propos, les prêtres pédophiles défilaient-ils? Il y en a encore un de chopé aujourd’hui à Amiens….
- Moi, athée, je refuse tant la mention de « racines chrétiennes » dans la Constitution, que la référence à la loi de 1905, qui alors instituerait comme règle de Droit intangible le caractère spécifique de l’Alsace-Moselle…
- Moi, athée, j’aimerais aussi que les médias nous laissent la parole, plutôt que d’entendre, en boucle, les calotins de tout poil, les emperlousées à bagouses qui sentent si violemment le moisi, les cranes rasés à QI minimal, les monseigneurs et les curés… Examinons les temps de parole qui seront laissés à nos opinions avant la prochaine manif du 27, et comparons avec le bourrage de crâne subi avant celle de la manif rose/bleu!
Et je peux en rajouter, mais je ne veux pas (trop) faire dans l’anaphore: un autre y a joué avant moi!
Tous à la manif du 27!
Salut, fraternité, et mort aux c…!