Contrepoint » Quels enjeux ? 3) La pensée unique toujours à l’œuvre.

Quels enjeux ? 3) La pensée unique toujours à l’œuvre.

Compères

À la "une" de Paris-Match, en 2005

On a donc vu dans la note d’hier, que les modifications que Nicolas Sarkozy, par le traité de Lisbonne, avait apportées aux traités de Rome et de Maastricht* ne faisaient rien d’autre qu’y inclure les dispositions de la constitution rejetée en 2005 par référendum.  Nous pourrions ajouter que les rares mesures qui auraient pu être positives, comme la Charte des Droits Fondamentaux (même si celle-ci n’était pas contraignante, contrairement aux injonctions libérales) ont tout simplement été passées à la trappe… Pas la peine de s’embarrasser de l’emballage démagogique puisque les peuples ne seraient pas consultés !  

Par contre, les articles dont la fonction est d’instaurer le dumping social, eux, ils ont bien été maintenus et il ne saurait être question qu’un État puisse aider un secteur en difficulté : non, ce sont les licenciements, la précarité, la flexibilité qui doivent faire le ménage pour que règne l’ordre capitaliste; c’est le sens de l’article 107 du TFUE (reprise intégrale de l’article III-167 du TCE) : «  Sauf dérogations prévues par les traités, sont incompatibles avec le marché intérieur, dans la mesure où elles affectent les échanges entre États membres, les aides accordées par les États ou au moyen de ressources d’État sous quelque forme que ce soit qui faussent ou qui menacent de fausser la concurrence en favorisant certaines entreprises ou certaines productions. »  Tout est dit, et c’est donc toujours le moins disant social qui aura le dernier mot !

Manifestation du 4 février 2007 à Versailles

Manifestation du 4 février 2007 à Versailles

C’est le 4 février 2007 que la forfaiture consistant à adopter un tel texte fut accomplie : réunis en congrès à Versailles, les parlementaires, dans le complet déni de l’expression démocratique des Français, ont ratifié ou laissé ratifier le traité de Lisbonne. L’UMP (à trois exceptions près) commit cette indignité, avec, il faut bien le dire, la complicité, au moins passive, de 113 députés socialistes (sur 204) et de 60 sénateurs du même parti (sur 96) qui auraient pu empêcher que ce traité de droite ait la majorité qualifiée des 60% nécessaires à sa ratification ; aux yeux de tout démocrate, ceux-là porteront toujours une lourde responsabilité et ne mériteront plus la moindre confiance à l’avenir.  Il y eut quand même certains socialistes pour sauver l’honneur et s’opposer à cette hypocrisie, parmi eux Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez qui ont depuis fondé le Parti de Gauche et rejoint le Front pour les élections européennes, mais aussi Emmanuelli, Fabius ou Bartolone, pour ne citer que des noms connus.  Sans compter les nombreux militants de ce parti pour qui cette nouvelle couleuvre eut bien du mal à passer.

Mais aujourd’hui, le PS est signataire du « Manifesto » du PSE, texte qui appelle à une ratification rapide du traité de Lisbonne par tous les États, qui encourage les politiques de libéralisation :  « il faut parachever le marché intérieur européen – et réduire les formalités imposées aux entreprises » et s’aligne sur les positions atlantistes de Sarkozy  « La nouvelle initiative européenne de défense doit être développée en coordination avec l’Otan ».

La campagne officielle a commencé hier, et pour le premier grand débat télévisé, Yves Calvi a renoué avec le matraquage idéologique de 2005 en n’invitant sur son plateau que les les candidats des formations qui avaient soutenu le TCE et ont laissé s’accomplir la forfaiture de Versailles (Barnier, de Sarnez, Désir, Cohn-Bendit).  On peut supposer qu’il en sera de même avec les opposants à Lisbonne, créant ainsi d’ignobles amalgames et esquivant le vrai débat.  Bref, ce fut une discussion médiocre, où chacun ânonnait son refrain en ayant bien du mal à se distinguer de ses compères… Seul moment amusant, l’intervention en duplex de Dupont-Aignan ! Vous doutez bien que le souverainisme n’est pas ma tasse de thé, mais le moment était savoureux, car il a mis le nez des quatre mousquetaires de la pensée unique dans leur crotte : ça faisait plaisir de voir le regard fuyant de Barnier, le bec pincé de Marielle de Sarnez, la mine pour une fois pas du tout hilare d’un Cohn-Bendit et l’air accablé de Harlem Désir qui se réfugieait courageusement dans la consultation de ses notes.  Le plus drôle, c’est que tous semblaient à la fois conscients et honteux de cette complicité objective entre eux.  On sentait qu’ils avaient hâte que le mauvais moment soit passé… Je vous invite à regarder cet extrait, non pour les propositions européennes de Dupont-Aignant mais pour la tronche des déconfits de pensée unique pendant la critique pertinente et percutante du début du duplex.  Amusez-vous bien…

À demain pour le commentaire d’un autre article du traité de Lisbonne,
JPR

* 359 modifications aux anciens traités ainsi que 13 protocoles ajoutés

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